27.01.2012

l'AMG reste aux mains des proches de Tareq Oubrou

La cour d'appel de Bordeaux a tranché. Ce sera l'équipe dite « historique », proche de l'imam Tareq Oubrou, qui prendra la présidence de l'Association des musulmans de Gironde (AMG).

La plainte venait de l'ancien président, Jawad Rhaouti, reconduit dans ses fonctions lors d'une assemblée générale, le 27 novembre 2010. Plusieurs membres de l’association, dont El-Mohltar Nouri et Charafeddine Mouslim, pointaient alors des irrégularités, au cours de l'assemblée, et convoquent une assemblée générale extraordinaire. C'est au cours de cette deuxième réunion que M. Nouri prend la tête de l'organisation.

Alors que M. Rhaouti porte plainte, M. Nouri et M. Mouslim dénoncent une tentative d'OPA de M. Rhaouti, sur l'association. Ils lui reprochent «un manque d'ouverture vers la société civile » mais aussi d'avoir « laissé le projet de la grande mosquée en sommeil ».

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23.01.2012

Ce que Pierre Poujade et Jean Marie Le Pen proposait en 56-58

  • Projet de loi demandant la convocation d'États Généraux en avril 1956 afin de redonner la parole au peuple, déclaré irrecevable par le bureau de l'Assemblée et par conséquent pas soumis au vote des députés. Son but: ajouter au Parlement des États Généraux, dans un but de proposition et de consultation. C'est-à-dire ajouter une représentation sociologique à une représentation géographique afin d'éviter une surreprésentation d'une classe sociale au détriment d'une autre, ainsi que le risque que le Parlement soit majoritairement formé d'une élite sociale et intellectuelle et s'éloigne ainsi des préoccupations des citoyens.
  • Vote contre le gouvernement socialiste de Guy Mollet qui demandait, avec l'aide des Britanniques, l'expédition militaire en Égypte pour le canal de Suez, en 1956.
  • Projet de loi demandant le lancement de l'agro-carburant (bio-carburant) afin de réduire la dépendance de la France en pétrole et d'apporter des ressources directes et renouvelables à l'agriculture et à tout le monde rural, en mai 1958.

Contre le monde postmoderne

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L’unipolarité est mauvaise

Le monde actuel est unipolaire avec l’Occident globalisé en son centre et les États-Unis en son cœur.

Cette unipolarité a des aspects géopolitiques et idéologiques. Géopolitiquement, c’est la domination stratégique de la Terre par l’hyper-puissance nord-américaine et l’effort de Washington pour organiser l’équilibre des forces sur la planète dans un sens qui lui donne la capacité d’imposer des règles au monde entier selon ses propres intérêts nationaux (impériaux). Cela est mauvais parce que cela prive les autres États et nations de leur vraie souveraineté.

Quand seule une instance décide de qui est bon et qui est mauvais et qui devrait être puni, nous avons à faire à une sorte de dictature globale. Je suis convaincu que ce n’est pas acceptable. Nous devrions lutter contre cela. Si quelqu’un nous prive de notre liberté, nous devons réagir. Et nous le ferons. L’Empire américain devrait être détruit. Et sur un point, il le sera.

Idéologiquement, l’unipolarité est basée sur les valeurs Modernes et Postmodernes, qui sont ouvertement anti-traditionnelles. Je partage la vision de René Guénon et Julius Evola qui ont considéré la Modernité et ses bases idéologiques (l’individualisme, la démocratie libérale, le capitalisme, le consumérisme, etc.) comme les causes de la catastrophe à venir de l’humanité, et d’autre part la domination globale du style occidental comme la raison de la dégradation finale de la Terre. L’Occident approche de sa fin et nous ne devrions pas le laisser entraîner tout le reste dans l’abime.

Spirituellement, la mondialisation est la création de la Grande Parodie, le royaume de l’Antéchrist. Et les États-Unis sont au centre de son expansion. Les valeurs américaines prétendent à être les valeurs « universelles ». Il s’agit d’une nouvelle forme d’agression idéologique contre la multiplicité des cultures et des traditions qui existent encore dans les autres parties du monde. Je suis résolument contre les valeurs occidentales qui sont essentiellement modernes et postmodernes, et qui sont promues par les États-Unis essentiellement par la force ou par intrusion (Afghanistan, Irak, maintenant Libye, demain Syrie et Iran).

Ainsi, tous les traditionalistes devraient être contre l’Occident et la globalisation, autant que contre la politique impérialiste des États-Unis. C’est la seule position logique et conséquente. Ainsi, les traditionalistes et les partisans des principes et des valeurs traditionnels devraient s’opposer à l’Occident et défendre le monde restant (si le monde restant montre les signes de la Tradition – en partie ou entièrement).

Il peut y avoir, et il y a bien, des hommes en Occident et aux États-Unis d’Amérique qui n’acceptent pas l’état présent des choses, qui n’approuvent pas la Modernité et la Postmodernité, et qui sont les défenseurs de la tradition spirituelle de l’Occident pré-moderne. Ils devraient être avec nous dans notre combat commun. Ils devraient prendre part à notre révolte contre le monde moderne et postmoderne. Et nous devrions nous battre ensemble contre un ennemi commun.

L’autre question porte sur la structure du possible front anti-globaliste et anti-impérialiste et de ses participants. Je pense que nous devrions inclure en lui toutes les forces qui luttent contre l’Occident, les États-Unis, contre la démocratie libérale, contre la Modernité et la Postmodernité. L’ennemi commun est l’instance nécessaire pour toutes les sortes d’alliances politiques. Les Musulmans, les Chrétiens, les Russes et les Chinois, les gauchistes et les droitistes, les Hindous ou les Juifs qui défient l’état présent des choses, la globalisation et l’impérialisme américain sont virtuellement amis et alliés. Nos idéaux peuvent être différents mais nous avons en commun une chose très forte : la réalité présente que nous haïssons. Nos divergences d’idéaux sont potentielles (in potentia). Mais le défi auquel nous sommes confrontés est actuel (en acte). C’est donc la base pour une nouvelle alliance. Tous ceux qui partagent l’analyse négative de la globalisation, de l’occidentalisation et de la post-modernisation devraient coordonner leur effort dans la création d’une nouvelle stratégie de résistance à l’omniprésence du Mal. Et nous pouvons trouver « les nôtres » aux États-Unis également – parmi ceux qui choisissent la Tradition contre la décadence présente.

Vers la Quatrième Théorie Politique

À ce point de notre réflexion, nous pourrions soulever une très importante question : quel genre d’idéologie devrions-nous utiliser dans notre opposition à la globalisation et à ses principes libéraux démocratiques capitalistes et modernistes (postmodernistes) ? Je pense que toutes les idéologies antilibérales (le communisme, le socialisme aussi bien que le fascisme) ne sont plus pertinentes. Elles ont essayé de combattre le libéral-capitalisme et elles ont échoué. En partie parce qu’à la fin des temps, c’est le Mal qui prévaut ; en partie à cause de leurs contradictions et limitations internes. Il est donc temps d’accomplir une révision profonde des idéologies antilibérales du passé. Quel est leur côté positif ? – Le fait indéniable qu’elles étaient anticapitalistes et antilibérales, aussi bien qu’anti-cosmopolites et anti-individualistes. Ces caractéristiques devraient être acceptées et intégrées dans la future idéologie. Mais la doctrine communiste est moderniste, athéiste, matérialiste et cosmopolite. Cela devrait être rejeté. À l’opposé, la solidarité sociale, la justice sociale, le socialisme et l’attitude holistique générale envers la société sont bonnes en elles-mêmes. Nous avons donc besoin de séparer les aspects matérialistes et modernistes et de les rejeter.

D’autre part, dans les théories de la Troisième voie (chères jusqu’à un certain point à des traditionnalistes comme Julius Evola), se trouvent des éléments inacceptables – à commencer par le racisme, la xénophobie et le chauvinisme. Ce ne sont pas que des travers moraux, mais encore des attitudes théoriquement et anthropologiquement inconsistantes. La différence entre les ethnies ne signifie pas supériorité ou infériorité. La différence devrait être acceptée et affirmée sans aucune appréciation raciste. Il n’y a aucune commune mesure entre les différents groupes ethniques. Quand une société tente d’en juger une autre, elle applique ses propres critères et commet ainsi une violence intellectuelle. Cette même attitude est précisément le crime de la globalisation et de l’Occidentalisation, autant que de l’impérialisme américain.

Si nous libérons le socialisme de ses aspects matérialistes, athéistes et modernistes, et si nous rejetons les aspects racistes et étroitement nationalistes des doctrines de la Troisième voie, nous arrivons à un genre complètement neuf d’idéologie politique. Nous l’appelons Quatrième Théorie Politique (la première étant le libéralisme, que nous défions avant tout, la deuxième la forme classique du communisme, la troisième le national-socialisme et le fascisme). Son élaboration commence au point d’intersection entre différentes théories politiques du passé (le communisme et les théories de la Troisième voie). Et nous arrivons au national-bolchevisme qui représente le socialisme sans matérialisme, athéisme, progressisme et modernisme, et les théories de la Troisième voie sans racisme ni nationalisme. Mais c’est seulement le premier pas. L’addition mécanique des versions profondément révisées des théories antilibérales du passé ne nous donne pas le résultat final. C’est seulement une première approximation, une approche préliminaire. Nous devrions aller plus loin et faire appel à la Tradition et aux sources d’inspiration pré-modernes. Là, nous avons l’État idéal de Platon, la société médiévale hiérarchique et la vision théologique du système social et politique normatif (chrétien, islamique, bouddhiste, juif ou hindou). Cette source pré-moderne est un développement très important de la synthèse national-bolchevique. Nous avons donc besoin de trouver un nouveau nom pour ce genre d’idéologie et « Quatrième Théorie Politique » est assez approprié pour cela. Cela ne nous dit pas ce que cette Théorie est, mais plutôt ce qu’elle n’est pas. C’est donc un genre d’invitation et d’appel plutôt qu’un dogme. 

Politiquement, nous disposons d’une base intéressante pour la coopération consciente de la Gauche et de la Droite, comme avec les religieux or d’autres mouvements antimodernes (les écologistes, par exemple). La seule chose sur laquelle nous insistons en créant une telle coopération est de laisser de côté les préjugés anticommunistes comme antifascistes. Ces préjugés sont les instruments dans les mains des libéraux et des globalistes au moyen desquels ils maintiennent leurs ennemis divisés. Nous devrions rejeter fermement l’anticommunisme autant que l’antifascisme. L’un comme l’autre sont des instruments contre-révolutionnaires dans les mains de l’élite libérale globalisée. En même temps, nous devons nous opposer fermement à toute confrontation entre les religions – Musulmans contre Chrétiens, Juifs contre Musulmans, Musulmans contre Hindous, etc. Les guerres interconfessionnelles et les haines travaillent pour le compte du royaume de l’Antéchrist qui essaie de diviser toutes les religions traditionnelles dans le but d’imposer sa propre pseudo-religion, la parodie eschatologique.

Nous avons donc besoin d’unir la Droite, la Gauche et les religions dans le combat commun contre l’ennemi commun. La justice sociale, la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles sont les trois principes d’une telle idéologie. Ce n’est pas facile de mettre tout cela ensemble. Mais nous devons essayer si nous voulons surpasser l’adversaire.

En français, il y a un slogan : « La Droite des valeurs et la Gauche du travail » (Alain Soral). En italien, cela donne : « La Destra sociale e la Sinistra identitaria ». Comment cela devrait sonner en anglais, nous le verrons plus tard.

Nous pouvons aller plus loin et essayer de définir le sujet, l’acteur de la Quatrième Théorie Politique. Dans le cas du communisme, au centre il y avait la classe. Dans le cas des mouvements de la Troisième voie, au centre il y avait la race ou la nation. Dans le cas des religions – c’est la communauté des croyants. Comment la Quatrième Théorie Politique peut-elle négocier avec cette diversité et la divergence des sujets ? Nous proposons, comme suggestion, que le sujet de la Quatrième Théorie Politique soit représenté par le concept heideggerien de Dasein (être-là). C’est une instance concrète et extrêmement profonde qui pourrait être le commun dénominateur pour le développement ontologique à venir. Ce qui est crucial ici – l’authenticité ou la non-authenticité de l’existence du Dasein. La Quatrième Théorie Politique insiste sur l’authenticité de l’existence. Il s’agit donc de l’antithèse de n’importe quel type d’aliénation – sociale, économique, nationale, religieuse ou métaphysique.

Le Dasein est une instance concrète. N’importe quel homme et n’importe quelle culture possède sont propre Dasein. Ils diffèrent entre chacun mais sont toujours présents. Acceptons de progresser ensemble vers l’élaboration d’une stratégie commune dans la création d’un avenir qui conviendra à nos aspirations et à nos visions. De telles valeurs comme la justice sociale, la souveraineté nationale et la spiritualité traditionnelle peuvent nous servir d’indices.

Je crois sincèrement que la Quatrième Théorie Politique, le national-bolchevisme et l’eurasisme peuvent être d’un grand secours pour nos peuples, nos pays et nos civilisations. Le mot clé est « multipolarité » dans tous les sens – géopolitique, culturel, axiologique, économique, etc.

La vision du Nous (νους, l’Intellect) du philosophe grec Plotin correspond à notre idéal. L’Intellect est un et multiple en même temps, parce qu’il recèle toutes les sortes de différences en lui-même – non uniformisées ou mélangées, mais prises comme telles avec toutes leurs particularités. Le monde futur devrait être noétique en un sens – la multiplicité et la diversité devrait être considérées comme des richesses et des trésors, et non comme des raisons de conflit inévitable : plusieurs civilisations, plusieurs pôles, plusieurs centres, plusieurs systèmes de valeurs sur une planète et dans une humanité.

Mais il y en a certains qui pensent autrement. Qui est contre un tel projet ? Ceux qui veulent imposer l’uniformité, la pensée unique, un seul mode de vie (américain), un seul monde. Et ils le font par la force et la persuasion. Ils sont contre la multipolarité. Ils sont donc contre nous.

Vladimir Poutine dénonce les identitaires russes

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Dans une tribune pour la présidentielle de mars, le Premier ministre russe s'en est pris aux identitaires russes, des "provocateurs" qui professent un "nationalisme russe". 

Vladimir Poutine, a dénoncé lundi 23 janvier la mouvance identitaire russe qui cherche à détruire la base multiethnique du pays, faisant un parallèle avec les nationalismes qui ont abouti en 1991 à l'implosion de l'URSS.

"Je suis profondément convaincu que les tentatives de professer un 'nationalisme russe' dans un Etat multiethnique sont en contradiction avec notre histoire millénaire", souligne-t-il dans une longue tribune publiée sur le site de sa campagne pour la présidentielle de mars et dans le journal Nezavissimaïa Gazeta.

"Des provocateurs de toutes sortes et nos adversaires cherchent à arracher à la Russie cette base (multiethnique) avançant des arguments entièrement faux comme le droit des Russes à l'autodétermination, la 'pureté de la race'". 

Vladimir Poutine, qui a récemment affirmé que l'URSS, un empire composé de 15 républiques incluant aussi bien les pays baltes que le Caucase et l'Asie centrale, était pour lui "la grande Russie", estime que la diversité devait être sauvegardée à tout prix, car "Nous sommes une société multiethnique, mais un seul peuple", écrit-il.

La Russie a connu une vague de manifestations nationalistes et de heurts xénophobes à la fin de 2010, déclenchées par de petitres organisations identitaires largement financées par des fonds étrangers.

22.01.2012

2 heures de Nabe sur Celine

 

Lire Nabe chez Douguine

 

 
« Tant que les Russes ne rentreront pas dans le Christ, la tête la première, ils seront toujours communistes. Saint Gorbatchev n’a pas suffi. Sans icônes, la Russie déconne. Soljenitsyne l’a compris. Il attend que l’ombre de la croix se reprofile sur tout le pays pour lâcher sa hache de bûcheron du Vermont… L’antitotalitarisme humanitaire dicté par un Occident super-hypocrite, ça ne l’impressionne pas. Soljenitsyne veut la sanctification de la Russie, par elle-même, par ses propres forces internes. La Russie est assez religieuse pour ne pas tomber dans la vulgarité démocratique. Il va lui falloir une autre révolution, spirituelle cette fois, pas politique, une révolution qui ressemblera à une résurrection. J’y crois ».
 
 
Marc-Edouard Nabe, Rideau (1992)
 
 

Claudio Mutti, Alexandr Dugin, Christian Bouchet, Natella Speranskaya, moi-même, L'Enculé
 
 
Les 15 et 16 octobre derniers, j’ai eu l’honneur de participer à un colloque traditionaliste près de Zvenigorod, dans la proche banlieue de Moscou. Intitulé « Contre le monde post-moderne », ce colloque était organisé par le chrétien orthodoxe Alexandr Dugin, et réunissait des penseurs de toutes obédiences : le cheikh guénonien Abd-al-Wâhid Pallavicini, le catholique Christian Bouchet, l’orthodoxe Israël Shamir, le musulman mystique Gueïdar Djemal, l’ukrainien hyperboréen Andrey Voloshyn, l’ésotériste chrétien Maxim Borozenec, le philologue musulman Claudio Mutti, le musicien bouddhiste Vyatcheslav Panomarev,…
 
Ceci n’est pas un catalogue. C’est une rencontre entre des personnes portées par la force interne de leur propre religion, et désireuses de combattre le monde post-moderne en mettant en commun ce qui peut l’être, c’est-à-dire la part de leur religion qui est directement liée à la spiritualité. Parvenir à distinguer dans sa foi ce qui relève de la connaissance, c’est précisément le but de l’ésotérisme. Voilà pourquoi le véritable ésotérisme ne peut qu’être aujourd’hui révolutionnaire, en cette époque du simulacre (Dugin parle de « Demonopolis ») où les souverainetés spirituelles (prêtre et prophète) sont respectivement remplacées par la démocratie et le journalisme, et où le pouvoir temporel est substitué par l’argent. Les royalistes ne s’attaquent qu’à la première parodie, les situationnistes à la seconde et les marxistes et/ou réactionnaires à la troisième. La radicalité consiste à désigner les principes communs entre les spiritualités eurasiennes, et à en dégager les lignes de force pour faire fleurir les religions et bâtir un art, de façon à faire émerger une nouvelle civilisation – une civilisation qui, en réalité, est la plus ancienne de toutes, puisqu’il s’agit rien de moins que de celle de l’Homme de Néandertal. Le Royaume Eurasien, c’est la meilleure manière d’effacer le traumatisme du néolithique.
 
Dès la session d’ouverture qui se tint devant près de deux cent personnes, Natella Speranskaya mit les choses au point. « Nous sommes debout devant la Croix vide », affirma-t-elle. Comme le savait très bien Léon Bloy, la modernité a été le signe du début de la décrucifixion : c’est le sens profond du message de la Vierge à N-D de la Salette. La post-modernité, quant à elle, a commencé le jour où le Christ est parvenu à se déclouer entièrement, et c’était en 1945. Il faut bien que le Christ soit libre de Ses mouvements, s’Il doit venir juger l’humanité ! Illustrée par la carte XVIIII du Tarot de Marseille (« Le Soleil »), la post-modernité est l’époque de l’ultime régression. Elle est incomprise à la fois par les réactionnaires droitards et par les révolutionnaires gauchistes. Les premiers pensent que nous sommes gouvernés par les pulsions mortifères de l’individu (sexe, égoïsme, subjectivisme) alors que tous les individus de la planète sont depuis longtemps dissous dans des agglomérationsmagmatiques, et que la troupe grossissante des damnés s’enfonce sans distinction, et dans la confusion la plus totale, dans les profondeurs de la terre. Ceci fut parfaitement analysé par Guénon dans Le Règne de la quantité et les signes des temps. Les seconds pensent que les religions sont toujours du côté des banques et des nations pour l’asservissement des peuples. Chacun dans son propre style, Drieu La Rochelle (dans Genève ou Moscou) et Pasolini (dans les Ecrits corsaires) ont montré à quel point cette idée était fausse, et que le monde post-moderne archéo-libéral ne pouvait que s’opposer frontalement à toute forme de spiritualité traditionnelle.
 
Claudio Mutti, dont je lisais jadis les textes flamboyants dans la revue Totalité, a d’abord prononcé une conférence stimulante sur la doctrine de l’Unité dans la tradition hellène. Cet homme est d'un chic et d'une classe irréprochables. Il confirme cette vérité essentielle, à savoir que le polythéisme n’a jamais véritablement existé, et que les Pères Blancs qui tentaient de déceler la présence du « monothéisme originel » dans les religions des Nègres n’étaient peut-être pas aussi profondément stupides que le laisse entendre Télérama. Je rajouterais même la chose suivante : toutes les religions les plus anciennes ont été certes monothéistes, mais de plus, elles reposaient toutes sur une tri-unité fondatrice : l’Esprit Primordial (la Lumière invisible, la Vibration Principielle), le Verbe (le Feu, la force, le Soleil, la source des formes) et la Sagesse (le souffle, la Lune, l’Esprit, la source des substances). Chez les Grecs, cette tripartition se révèle sous la forme : Zeus, Apollon et Diane.
 
Christian Bouchet a ensuite évoqué la biographie et la pensée d’Alain Daniélou, cet hindouiste shivaïste qui fut tour à tour : directeur du département de musiques indiennes à l’université de Bénarès, traducteur de Guénon en hindi, activiste politique (Bouchet le croisa à la fin des années 80), mort le 27 janvier 94 en Suisse et incinéré. Le système des castes est évidemment défendu par Bouchet, ce système sain et beau où l’on évite autant que possible les mélanges raciaux, et où l’on donne une fonction aux gens suivant leurs aptitudes. Il est facile de prouver qu’il vaut mieux être shoûdra à Pâtaliputra sous les Gupta, qu’ouvrier prolétaire à Asnières sous Jules Ferry. Plus une société se dit évoluée et progressiste, et plus l’état de pauvreté y est difficile à vivre.


 
De nombreuses conférences aussi passionnantes les unes que les autres se sont succédé durant deux jours, où des liens spirituels révolutionnaires se raffermirent avec beauté et conviction. C’est dans cette ambiance d’ébullition mystique que j’ai lu L’Enculé de Marc-Edouard Nabe. Quel rapport ? se demanderont les hommes de lettres, les politiciens et les parisiens. Le rapport est direct et plus-que-parfait : tout au long des ouvrages de Nabe, on trouve un appel constant à l’union entre le Christ et Dionysos, cette union qui vibre bellement dans les derniers écrits de Nietzsche. Il me semble que c’est dans ce roman absolument rabelaisien que Nabe est parvenu à élaborer une fusion entre l’Excès et la Musique, entre le Chaos et la Justice, entre le Tragique chthonien et l’Ordre céleste. L’Enculé est le premier roman de Nabe où le narrateur est clairement distinct de l’auteur (ou de son double), ce qui se comprend d’ailleurs dès la couverture : NABE L’ENCULE ROMAN est-il écrit en lettres blanches sur fond noir, ce qui signifie clairement que Nabe se fait enculer par son roman. Ce dernier ne peut donc être qu’écrit par un autre, un enculeur juif et financier qui révèle son activité gigantomachique dès le début (« Je suis un enculé. C’est drôle : c’est souvent ceux qui enculent les autres qu’on traite d’enculés »).

Nabe est souvent reçu par les imbéciles comme un simple anarchiste. Or c’est un anarchiste pur et dur, ce qui est tout à fait différent. Parce qu’il combat le travail, la famille et la patrie, les réactionnaires droitards que j’évoquais tout à l’heure le jugent comme un merdeux ; parce qu’il aime Jésus-Christ et Cheikh Yassine, les révolutionnaires gauchistes le traitent de mystique dénué de tout sérieux. Nabe est contre l’ordre et pour la justice : c’est là toute la trame de son dernier roman, où Dionysos est sans cesse convoqué pour en finir avec l’Amérique (qui fait semblant d’être avec Jésus). Ce que j’aimerais faire comprendre, c’est que tous les prophètes du Verseau ont professé la même chose, tout simplement parce que dans un monde où règne la confusion et la dissolution des individus, il convient d’opposer la distinction et la transcendance en revenant à l’Origine du Monde. Et l’origine du monde, c’est le désordre juste. Arthur Rimbaud a voulu introduire le tohu-bohu à l’intérieur même du corps humain, en en déréglant tous les sens. Antonin Artaud est parti de l’endroit précis où s’est arrêté Rimbaud (étant né à Marseille à quelques centaines de mètres de l’endroit où est mort son prédécesseur) : il déclarait avoir un tel amour de l’ordre qu’il n’en admettait aucune parodie. Né là où est mort Rimbaud et où est né Artaud, Marc-Edouard Nabe refuse toute parodie de l’ordre à l’intérieur du corps humain, d’où son amour du sexe comme puissance cosmique de procréation et de connaissance. « Jouir, c’est comprendre » lit-on dans Petits riens sur presque tout (et Claudel rajoutait dans Connaissance de l’Est : « Comprendre, c’est compter » ). Cet aphorisme pourrait servir d’introduction au chapitre 7 de L’Enculé, où le narrateur s’adresse à son sexe avec des accents de héros de tragédie grecque.
 
 
Marc-Edouard Nabe et son fils Alexandre devant la Croix d'Arthur à Marseille (avril 2002, détruite depuis).
 
Si, jusqu'à présent, les artistes nous apprenaient à mourir, Nabe, lui - comme Rimbaud, Artaud et les autres prophètes du Verseau - nous apprend à ressusciter.
Car nous serons totalement seuls devant la terrible balance du Jugement Dernier. Plus de collègue de travail, plus de parents, plus de compatriote, plus de communauté, plus de frère d'armes, et même plus d'ennemis ou d'adversaires. Notre solitude sera exactement similaire à celle du Christ sur la croix.
 
Professer le désordre n’est donc pas systématiquement satanique, comme de nombreux apprentis à la spiritualité pourraient le croire. De la même manière qu’il existe une opposition absolue entre l’unité et la globalité (ce n’est pas parce que l’Eurasie est un grand continent qu’elle fait automatiquement partie du Nouvel Ordre Mondial), il existe une opposition de même nature entre le chaos et la confusion. C’était d’ailleurs le sujet de la dernière conférence d’Alexandr Dugin, dont le thème était : « De la philosophie du Logos à celle du Chaos ». Je venais juste de terminer le roman de Nabe, dont les lignes sonores se mêlèrent harmoniquement à la rhétorique de Dugin. Ce dernier s’est livré à un époustouflant monologue en langue russe où – durant plus d’une heure, sans aucune note et en traduisant lui-même quelques-unes de ses phrases en anglais – il s’est exprimé sur la métaphysique du chaos. Il a bien précisé les deux sens très différents du mot chaos : 1) la dissolution et la confusion du monde après la disparition de l’ordre ; 2) le Chaos véritable (au sens grec), celui qui précède l’ordre. En cette post-modernité que nous vivons, c’est à ce chaos que nous devons faire appel. Si la modernité a tué l’éternité, la post-modernité a tué le temps. Il s’agit de sauver le Logos, pour que celui-ci nous sauve à notre tour. Or, le Logos a besoin d’autre chose que de lui-même pour être sauvé. Pour sauver le Logos, il faut en appeler au Chaos (et pas au Logos lui-même, car celui-ci contient sa propre négation). Il faut regarder le Chaos avec les yeux du Chaos, pas avec ceux du Logos ; et cela nécessite sans doute d’adopter pour un temps une attitude spécifiquement féminine (c’est-à-dire retrouver le don de prophétie).
 
La coexistence du Chaos avec le Temps est fondamentale à comprendre et intégrer dans sa chair. Sans Chaos, le Logos meurt comme le poisson hors de l’eau. Pour faire vivre à nouveau le poisson, il faut le raviver en le plongeant dans l’eau. Et pour passer du Poisson au Verseau, qui d’autre que Marie-Madeleine, la Femme ultime ?
 
Tout se recoupe. Cet antagonisme entre le chaos initial et la confusion finale est strictement analogue à celui existant entre le Vide originel (état énergétique minimal de la matière) et le Néant terminal (ce qui reste quand tout est mort). Voilà pourquoi Dugin fait souvent référence au penseur japonais Kitarô Nishida (fondateur de l’Ecole de Kyôto), qui surpassa la logique aristotélicienne du tiers-inclus en l’intégrant dans la pensée zen. Le Japon est le pays qui a su le mieux ériger le Vide comme valeur suprême, en opposition aux rives ouest de l’Amérique où c’est le Rien qui règne.
 
La table ronde finale fut riche d'enseignements. Pour ma part, j'y rappelai que nous ne sommes pas dans la guerre de tous contre tous, mais dans l’agglutination de tous avec tous. Le capitalisme n’est pas en crise : n’écoutez pas ceux qui vous prédisent en permanence l’éclatement du système la semaine prochaine. Le monde post-moderne repose intégralement sur la crise, c’est son moteur premier. Ce qu’il faut, c’est réinventer une manière d’être seul, retrouver une solitude qui soit à l’opposé de la solitude de l’homme corporellement mêlé à la foule. Etre seul sans soi avec Dieu, et non pas seul avec les autres sans Dieu. La nécessité révolutionnaire, pour moi aujourd’hui, consiste à fuir tout espoir démobilisateur pour, au contraire, retrouver le sens du désespoir mobilisateur.
 
 
P.S. En ce qui me concerne, j’ai donné une conférence sur un thème qui m’est cher : le parallèle rythmique entre l’Apocalypse de Jean, le Tarot de Marseille et l’ère des Poissons.

 
 
J'ai également rencontré une troupe d'ukrainiens royalistes exaltés, dont l'un d'eux s'est fait une spécialité de chanter phonétiquement (il n'est pas francophone) son admiration envers Henri IV !
 
 

La cathedrale Johannique d'Angers

 

 
Le huit décembre dernier, j’étais invité à Angers pour participer à la soirée de lancement du livre « L’Anjou en toutes lettres », un abécédaire amoureux des terres angevines écrit par Bruno Deniel-Laurent et Raphaël Bodin.
 
 
Comme je dis souvent, j’invite chaque Gaulois à investir les capacités mythiques de sa propre terre, endosser la défroque du détective métaphysique pour enquêter sur l’histoire spirituelle vivante de son territoire. Ici, les deux comparses de feu – Cancer ! ont établi un scrupuleux panégyrique de toutes les particularités civilisationnelles de leur patrie (religion, histoire, géologie, gastronomie, viticulture).
 
 
La soirée était très réussie. J’ai rarement vu autant d’assoiffés d’un seul coup (deux ou trois cent !). Il y avait des vignerons de solide stature, des cavaliers de Saumur, des polyglottes coréens, des confréries organiques (celle des Faiseux de Rillauds ou des Buveux de Bernache), des penseurs rabelaisiens, des joueurs de bouzouq, des paludiers gouailleurs, des cuisiniers thaïlandais et des bardes andégaves. J’ai été réquisitionné pour déclamer une demi-douzaine de textes, dont celui sur Béhuard, « un îlot immutable paresseusement caressé par les bras langoureux de la Loire » où se trouve une église dans laquelle « la petite Vierge noire, sculptée au Moyen Age dans un bois de noyer, a quelque chose de chétif, malaisé, exotique, elle semble comme écrasée par la magnificence de son diadème, la rutilance de sa robe cerclée de diamants ».
 
Cette soirée se tenait dans un salon en bordure d’une petite rue pavée que je n’ai eu aucun mal à trouver. Elle est en effet située dans le prolongement du pont-levis du château d’Angers, au sein duquel j’avais passé l’après-midi pour contempler l’immense tenture de l’Apocalypse.
 
 
 
Réalisées au quatorzième siècle sur la demande de Louis Ier d’Anjou, ces tapisseries ne sont rien de moins qu’une authentique cathédrale médiévale, un flambeau de lumière johannique qui troue l’obscurité des siècles. C’est durant la canicule de l’été 2003 qu’elle m’avait illuminé pour la première fois. Aujourd’hui, il me semble que son éclat est encore plus majestueux.

Ce documentaire de Rodolphe Viémont est une belle introduction à ce chef-d’œuvre iconique, dernière émanation issue des hauteurs de l’Agartha avant l’enfouissement de celui-ci sous le catafalque de la modernité pourrissante.
 
Déployées le long d’un couloir immense de cent quatre mètres de long, les soixante-dix-huit tapisseries (réalisées en sept ans) illustrent l’entier déroulement de l’Apocalypse de Jean. Elles étaient originellement réparties en sept séries, comme le veut la logique traditionaliste. Aujourd’hui, il ne reste plus que six sections narratives, réparties comme suit :
 
I) Les Sept Eglises – le Cinquième Sceau (VI.9. « les âmes des martyrs »)
 
avec un splendide Christ au glaive, et le troisième sceau faisant surgir un musculeux cheval noir représentant la famine (VI.6).
 
 
II) Les Quatre Vents (VII.1) – Saint Jean mange le livre (X.10)
 
où Abaddôn – l’Ange de l’Abîme – est représenté sous les traits du Roi d’Angleterre Edouard III, ce qui relève d’un humour très puissant et authentiquement rabelaisien (IX.11).
 
 
Comme le déclare quelqu’un dans le documentaire :
« Soyez bon chevalier chrétien, et nous gagnerons la guerre contre l’Angleterre »
 
III) La Mesure du Temple (XI.1) – L’Adoration de la Bête de la mer (XIII.4)
 
Ici, la tapisserie d’Angers permet de comprendre parfaitement la structure interne de l’anti-Trinité. Dans son envie de vouloir singer à tout prix la Sainte Trinité, la Grande Triade du Mal est répartie entre Lucifer (la négation cosmique de Dieu), Satan (la négation tellurique de Jésus) et Samaël (la négation pneumatologique de l’Esprit). Saint Jean met en jeu dans les chapitres XII, XIII et XIV de son Apocalypse des figures spéculaires de cette Triade. Tout d’abord, il y a « l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier » (XII.9) qui, après avoir perdu son combat contre la Femme couronnée d’étoiles, guerroie contre « le reste de ses enfants ». Surgit la Bête de la Mer, une panthère aux pattes d’ours et aux sept gueules de lion couronnées de diadèmes. « On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre ; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation » (XIII.7). Cette Bête représente l’Antéchrist politique, l’Empire du Mal, la négation tellurique du Royaume de Jésus. Son trône est un pouvoir immense. La Bête de la Terre surgit ensuite au verset 11 du même chapitre. Elle porte deux cornes d’agneau, car elle veut parodier la religion chrétienne. Elle se met au service de la première Bête, en accomplissant de faux prodiges (surgissement de faux prophète, animation de l’image de la Bête) : elle représente la négation de l’archange Michel, chef de la milice angélique. La tapisserie montre bien que les deux Bêtes sont guidées par Satan.
 
Contrairement à ce que prétendent de nombreux théologiens, l’Apocalypse n’est pas uniquement un traité d’introspection ou un ouvrage de psychanalyse. C’est d’abord et avant tout une Prophétie. M’a-t-on compris ? Lorsque la Bête de la Terre met en œuvre ses forces de sidération hypnotique pour établir partout l’adoration de la Bête de la Mer, qui donc m’empêchera d’y lire une prophétie de l’Arabie Saoudite ordonnant aux Arabes et aux musulmans du monde entier de se mettre au service de l’Amérique ?
 
IV) Nouvelle adoration de la Bête (XIII.12) – Les sept dernières plaies et les harpes de Dieu (XV.2)
 
 
 
V) Les anges reçoivent leur flacon (XV.7) – Les bêtes sont jetées dans l’étang de feu (par le Verbe de Dieu) (XX.10)

On nous dit dans ce documentaire que la lecture littérale des « Mille ans de règne du Christ » (XX.4-6) s’appelle le millénarisme. Je m’inscris en faux contre cette affirmation. Le millénarisme consiste à considérer que ces mille ans ne sont pas encore passés, et qu’il faut tout mettre en œuvre pour les attendre dans les meilleures conditions. Or, si l’on contemple l’histoire du monde, il est facile de voir que la splendeur du Règne de l’Eglise a duré précisément mille ans. M’a-t-on compris ? Nous vivons aujourd’hui dans un temps postérieur au verset 6 du chapitre XX de l’Apocalypse. Satan a été relâché de sa prison pour séduire Gog et Magog, et investir le camp des saints. Et contrairement à ce qu’affirme le « spécialiste des mouvements sectaires », l’attaque du WTC est bel et bien un signe : « Mais un feu descendit du ciel et les dévora » (XX.9).
 
VI) Les juges (XX.11) – Le fleuve coulant du Trône de Dieu.
 
Un Monde nouveau, une Jérusalem nouvelle, la Mandorle céleste.
 
L’Apocalypse ne sert ni à faire peur, ni à rassurer (comme l’affirme absurdement un théologien du documentaire) : c’est une mise au point. C’est le seul sujet dont tout le monde devrait parler, du matin jusqu’au soir. Les tapisseries d’Angers représentent, à ma connaissance, le seul exemple de Cathédrale directement liée à l’Eglise de Jean, l’Eglise invisible du monde intérieur. 
Jean Lurçat n’a pas tort de placer « L’Homme d’Hiroshima » dans une perspective eschatologique johannique : j'y reviendrai dans mon prochain texte.



Qui est vraiment Ron Paul? Par Christian Bouchet

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À ma grande surprise, je rencontre régulièrement des membres, et parfois non des moindres, du mouvement national qui s’extasient, les uns devant le Tea Party, les autres devant Ron Paul.

À chaque fois, je ne peux m’empêcher de me dire que le syndrome de Stockholm fait toujours des ravages parmi les nôtres et que le parti de Washington a encore, dans nos rangs, de beaux jours devant lui.

Comment, en effet, ne pas vomir de dégoût devant ces gens ? Comment ne pas comprendre qu’ils représentent l’Occident dans sa version la plus haïssable ? Comment ne pas voir qu’ils sont tout ce que nous devrions combattre ?

Ron Paul, ce droitiste libertarien aux idées étranges et contradictoires a tout particulièrement la côte chez certains de « nos amis ». Alors je ne résiste pas à leur conter une histoire vraie, celle de Kent Snyder, l’homme qui, en 2007, fut le deus ex machina derrière Ron Paul dont il partagea toutes les idées ultra-libérales… jusqu’à en mourir !

Récemment, dans une réunion du Tea Party, une question fut posée à Ron Paul : « Si un homme qui n’a pas d’assurance maladie est très gravement malade, est-ce à l’État de payer ses frais d’hospitalisation ? » 

La réponse du candidat fut claire : « Non, chacun prend ses responsabilités et est libre de ses choix. C’est cela la liberté » déclara-t-il.

Et la salle d’applaudir.

« Doit-on alors le laisser mourir ? », s’inquiéta un participant.

Et la salle de s’exclamer : « Oui ! Oui ! »

Ron Paul, lui, resta silencieux. Il se peux qu’il se souvint à ce moment de Kent Snyder, qu’il laissa mourir ainsi, en 2008.

Kent Snyder, selon le Wall Street Journal est l’homme qui convainquit Ron Paul de se présenter, pour la première fois, aux élections présidentielles. C’est aussi lui qui, en 2007, rassembla 19.5 millions de dollars pour financer sa campagne électorale.

Kent Snyder était alors jeune et en bonne santé. Il méprisait les assurances maladies et de ce fait ne disposait d’aucune garantie, et il tomba gravement malade... En quelques mois, les frais hospitaliers qu’il dut payer (de l’ordre de 400.000 dollars) le ruinèrent et ruinèrent sa mère. Quand il ne put plus payer, au nom du libéralisme, du livre choix et de la liberté de chacun, ses amis politiques se gardèrent bien de l’aider, il ne fut donc plus soigné et il décéda le 26 juin 2008. 

Le lendemain Ron Paul posta un message sur le site Campaign for Liberty, une organisation proto-Tea Party qui défendait alors son idéal d’un libéralisme total. Celui-ci était ainsi rédigé : « Comme nombre d’entre nous, Kent a sacrifié beaucoup pour la cause de la Liberté. Il était tout entier engagé dans la lutte pour celle-ci. Il restera à jamais présent dans mon cœur. »

Ce qu’il n’écrivit pas c’est que c’est cette lutte pour une liberté aberrante qui lui fit faire les choix qui occasionnèrent son décès faute de soin et qui ruinèrent sa famille. Est-ce bien cette même liberté que certains admirent chez Paul ? Est-ce celle-ci dont ils voudraient que nous nous inspirions ?

Marine Le Pen, à juste titre, a déclaré qu’elle se situait « à gauche d’Obama ». Il serait bien, parmi les membres du mouvement national, que tout le monde comprenne le sens profond de cette phrase et en tire les conséquences.

Entretien avec Alexandre Douguine sur les élections Russe

Pourquoi la Russie a-t-elle connu toutes ces manifestations durant le mois de décembre 2011 ?

 

Alexandre Douguine : Il y a eu des raisons différentes.

 

Tout d’abord, le désespoir des libéraux à l’issu du second mandat du libéral Medvedev. Ils se sont senti floués et ont voulu renverser Poutine.

 

Ensuite, de manière concomitante, il y a eu une mobilisation des atlantistes et une tentative des réseaux pro-américains de faire chuter Poutine.

 

Il y a eu aussi la trahison de Surkov, le vice-premier ministre, qui a organisé les élections législatives du 4 décembre dernier, d’une manière extrêmement et ouvertement provocatrice, sans aucun contenu politique et en ne répugnant pas à la fraude. Il est vraisemblable qu’il a fait cela volontairement, pour nuire à Poutine car je crois que Surkov travaille en réalité pour les Américains.

 

Enfin, il faut prendre en compte la baisse croissante de la popularité de Poutine parce qu’il s’abstient de formuler un quelconque programme politique net et cohérent. Il devient, de plus en plus, un politicien sans idéologie ni stratégie. Or, la comparaison avec Eltsine qui a justifié sa popularité à l’origine, n’est plus effective maintenant car tout le monde a oublié Eltsine et les horreurs dues à ses réformes.

 

Qui sont ces manifestants ?

 

Alexandre Douguine : La majorité les manifestants sont des libéraux. Mais il y a aussi des ultra-nationalists qui travaillent en sous-main pour l’oligarques anti-Poutine Berezovsky et son idéologue Belkovsky.

 

Il y a encore dans ces manifestations des gens simples sans aucune idées politiques qui sont tout simplement fatigués de Poutine. Celui-ci perd réellement de sa popularité actuellement et le fait que les élections législatives aient été réellement truquées aggrave les choses.

 

Comment envisagez-vous la présidentielle et son après immédiat ?

 

Poutine va la gagner mais il ne sera plus désormais réellement légitime. La seule possibilité pour lui de regagner cette légitimité serait de s’appuyer sérieusement sur l’eurasisme et le patriotisme. Surkov a été chassé du Kremlin, ce qui est positif. Donc nous sommes proches de quelque chose de décisif, dans un sens ou dans un autre.

 

Que se passe t'il réellement en Russie?

Vladimir Poutine a-t-il réellement perdu les élections législatives de décembre ?

 

Evgueni Ivanov : Perdu ? Non pas. Disons que son parti, Russie unie, a subi un sérieux revers. Avec 49,5% des voix, il arrive bien en tête et conserve la majorité des sièges au Parlement. Mais, il recule de 14 points par rapport au scrutin de 2007 où il avait obtenu 64% des suffrages.

 

Le taux de participation montre aussi le désenchantement des électeurs : avec 60,2%, il est en baisse de 3% en comparaison avec 2007 et même de 5% par rapport à 2003.

 

Cela étant, il est important de prendre deux choses en compte.

 

Tout d’abord, il faut savoir que le parti Russie unie n’était pas emmené par Poutine lui-même mais que c’est Dimitri Medvedev qui était la tête de liste et que, donc, c’est plus un échec de Medvedev que de Poutine. Certains analystes russe estiment d’ailleurs qu’en cédant la direction du parti à Medvedev, Poutine a « bien joué et a évité de se retrouver associé à un parti qui est sur la pente descendante ».

 

Ensuite, il faut examiner quels sont les partis qui progressent. Sont-ce des structures libérales vendues à l’Empire ? Absolument pas, puisqu’il s’agit du Parti communiste qui arrive en deuxième position avec 19% (soit un gain de près de 8%), suivi du Parti libéral-démocrate de Jirinovski avec 12% (soit un gain de 4%) et de Russie juste, avec 13% (soit un gain de 6%).

 

Vous en tirez quelle conclusion ?

 

Evgueni Ivanov : Ce qu’il me semble important de faire remarquer, et ce sur quoi les analystes des médias du Grand Occident restent muets, c’est que les citoyens russes qui sont actuellement en désaccord avec Poutine ne soutiennent nullement des partis qui leur promettent plus de libéralisme et plus de démocratie, mais qu’ils donnent leurs suffrages à des mouvement qui prônent une politique nationaliste et une économie dirigée. Le qualificatif de « rouge-brun » s’applique assez bien au PC de Zuganov, le PLD de Jirinovski est, plus ou moins, l’équivalent russe du Front national et Russie juste est issue de la fusion du parti nationaliste Rodina (La Nation) avec des dissidents du Parti communiste… Comme l’a très justement relevé Jean Bonnevey dans les colonnes de Metamag : « Les Russes n’ont pas voté contre Poutine pour plus de démocratie. Ils ont voté pour plus de nationalisme et de grandeur, contre la soft Russie de Medvedev. Le message des électeurs est clair : ils veulent un retour de la puissance russe. Russie unie a peut être bourré les urnes, mais le vote va dans une unique direction.»

 

Pourtant, les médias français nous bassinent avec l’opposition libérale et démocratique…

 

Evgueni Ivanov : Il est un fait qu’il existe une opposition libérale et démocratique. Elle occupe, grâce aux nouvelle technologies et au soutien d’ONG américaines, une surface médiatique sans rapport avec sa représentativité réelle. D’ailleurs, quant il s’agit de descendre dans la rue, cette opposition libérale est incapable d’aligner le moindre militant, ainsi, de manière un peu paradoxale, elle doit faire appel pour se donner un soupçon de présence sur le terrain aux « orange-bruns », des groupes de nervis d’extrême droite, dirigées par un Limonov ou un Belov, qui l’assistent contre espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Comment envisagez-vous l’avenir de Poutine ?

 

Evgueni Ivanov : Il est évident qu’il va être élu Président. Ensuite, je pense qu’il va faire ce qu’il a récemment dit : tenir compte de la volonté du peuple exprimé lors des législatives. Mais j’estime qu’on aurait grand tort de croire qu’il va libéraliser le régime pour complaire aux Occidentaux. Tout au contraire, je crois, et j’espère, qu’il va aller vers plus de nationalisme, un nationalisme qui ne sera pas étriqué, mais qui sera géopolitique et eurasiste.