28.03.2008
LA CLASSE OUVRIERE TRAHIE ET ASSASSINEE
« Les Britanniques blancs des classes pauvres sont en proie à un grand malaise. Cette white working class, autrefois célébrée pour son comportement héroïques pendant le Blitz, se sent désormais méprisée. [...] Le malaise des blancs pauvres va au-delà des simples problèmes économiques. "Leur identité est rabaissée, s’agace Carl Chinn, professeur à l’Université de Birmingham, grand spécialiste de la working class. Leur patriotisme, autrefois célébré, est dénigré par la classe moyenne, qui a peur d’être accusée de racisme. Il est plus courant aujourd’hui de célébrer les autres cultures que la sienne. Cette attitude, héritage de plusieurs décennies de multiculturalisme, a mis en place une situation explosive." »
Eric Albert, Le Temps, 16 mars 2008
(lu sur Côté Rue)
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Une série d’émissions de la BBC sur la classe ouvrière blanche (White season) a suscité une violente polémique. L’écrivain Tim Lott revient sur le processus de destruction de la classe ouvrière blanche par les élites du pays et par la classe moyenne blanche à qui ces mêmes élites donnent à bouffer. En France, le même programme est en marche depuis un petit moment déjà et devrait aboutir au même résultat d'ici peu de temps : d'un côté, bobos parasites et cosmopolites+classe moyenne gauchisée ,choyés et gavés , et de l'autre, le méritant travailleur français blanc viré à coups de pieds au cul. Ca aura pris un peu plus de temps que chez les anglais puisque nous n'avons pas eu la chance d'avoir une Thatcher ou un Tony Blair plus tôt. N'ayez crainte, notre nouveau président va accéler le rythme et rattraper le temps perdu pour enfin purifier ethniquement la France de tous ses prolos patriotes.
Mon père a travaillé chez un marchand de fruits et légumes pendant trente-cinq ans. Ma mère était femme au foyer, elle s'est suicidée en 1987. Ils ont toujours voté travailliste. Ma mère s'est pendue dans la maison où elle avait vécu toute sa vie, à Southall, dans l'Ouest de Londres. C'est sans doute aujourd'hui, l'endroit qui compte le moins de blancs de tout le Royaume-Uni. Ma mère se sentait perdu: son univers avait disparu.
C'est en partie ce que ressentent les gens de la classe ouvrière. Même si je fais aujourd'hui partie de la classe moyenne, ce sont toujours "les miens". Je les trouve honnêtes, drôles, irrévérencieux, forts et sans prétentions. Je les trouve aussi obstinément ignorants, hédonistes, colériques, souvent racistes. Ils se méfient de la culture et de l'éducation, qu'ils associent à la classe moyenne, qu'ils détestent. Parce qu'ils ont en fait plus d'animosité envers les classes moyennes, qu'envers les Noirs, les Indo-Pakistanais ou les homos.
Et comment s'est-on débarrassé d'elle? Le premier assaut qui a miné ses espoirs et son moral est la grande trahison éducative, avec l'abolition des grammar schools (des collèges qui n'étaient ouverts qu'aux élèves réussissant un examen à la fin du primaire) et le maintien des écoles privées. Les grammar schools, selon le point de vue culpabilisateur des progressistes, favorisaient les enfants des classes moyennes au détriment des enfants issus des classes populaires. Alors qu'en fait elles favorisaient surtout les enfants les plus doués. Et si l'on regarde les élèves sortis des grammar schools après la guerre: Harold Pinter, Dennis Potter, Allan Silitoe, Melvyn Bragg, Alan Bennett et tant d'autres, elles ont injecté un élement de sensibilité ouvrière dans la culture.
Aujourd'hui au nom de l'égalitarisme- la même chose pour tout le monde sauf pour la classe moyenne blanche progressiste, qui a les moyens de scolariser ses enfants dans le privé-, la sélection dans les écoles ne se fait plus sur l'intelligence- dont un grand nombre d'enfants de classe ouvrière sont pourtant dotés- mais sur l'argent. Les progressistes ont décrété que les enfants d'ouvriers étaient tous aussi intelligents (c'est à dire peu- même si on prétend le contraire) et qu'ils devraient tous aller dans les mêmes usines écoles, souvent minables.
Troisième trahison: la détermination de cette classe moyenne blanche progressiste à éradiquer le nationalisme- du moins le nationalisme anglais. Si vous êtes écossais, gallois ou irlandais, évidemment vous pouvez glorifier votre drapeau et votre culture. Mais si,, vous êtes anglais, célébrer Saint Georges et le drapeau anglais est raciste. Parce que les ouvriers blancs, bien qu'ils aient été envoyés au fond des mines et parqués dans des usines, ont apparemment réussi à exploiter leurs frères et sœurs des colonies au cours des siècles précédents, et qu'ils n'ont donc pas le droit d'être fiers de leur pays, pour lequel leurs parents et grands-parents ont pourtant souffert et sont morts au cours de deux guerres mondiales.
Quoi d'autre? L'utopie des logements sociaux des années 1960 et 1970, qui a déraciné des communautés entières d'ouvriers, et les a mis dans des tous hideuses et invivables. Comment, alors, s'étonner que la classe ouvrière blanche soit en colère, désespérée, qu'elle joue avec des couteaux et qu'elle s'étourdisse de bagarres et d'alcool? La White season de BBC2 ne dit rien pour sa défense. Elle se contente d'observer à distance, comme au zoo. Après tout, nos élites ne la considèrent pas comme une espèce animale? Les universitaires de la classe moyenne blanche aiment introduire le concept de l'"autre". Et c'est bien connu, les blancs de la classe ouvrière ont la haine de l'"autre": Noirs, Indo-Pakistanais, musulmans. Mais, il ne leur est jamais venu à l'idée que c'est elle, la classe moyenne blanche progressiste, qui est championne de la haine de l'autre. Sa répulsion à l'égard de la classe ouvrière blanche, bien trop proche d'elle, en est la preuve. Elle s'en sert pour projeter ses propres travers et son racisme à l'envers sur la classe ouvrière.
Tim Lott
18:22 Publié dans Articles : presse et web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prolétariat classe moyenne élites honneur








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