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26.04.2008
Figure politique : Georges Corm
Georges Corm
Georges Corm, né le 15 juin 1940, est économiste, politologue, historien et juriste libanais. Spécialiste du Moyen-Orient, Consultant économique pour plusieurs organismes internationaux, ministre des Finances du Liban de 1998 à 2000, il enseigne actuellement la coopération économique internationale et les finances publiques à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire, la sociologie et l'économie des pays du bassin méditerranéen et du Proche-Orient arabe dont notamment: La Question religieuse au XXIe siècle, Géopolitique et crise de la post-modernité (La Découverte, 2006), Le Proche-Orient éclaté, 19562006 (Folio, 2006), Le Liban contemporain, Histoire et société (La Découverte, 2003 et 2005), Orient-Occident, la fracture imaginaire (La Découverte, 2002 et 2004) et La Méditerrané: espace de conflit, espace de rêve (L'Harmattan, 2001). George Corm a également publié un roman, La Mue (Noël Blandin, 1992).
L'Occident a planté les graines de la violence
propos recueillis par Dominique Simonnet
pour L'Express du 27/02/2003 Numero: 2695
Interview de Georges Corm où l'on apprend comment l’islamisme radical s’est installé au Moyen-Orient. Petit cours d’histoire.
Des siècles de domination impériale n'y ont pas suffi. Il fallait encore que l'Occident allume de nouveaux incendies: dès 1918, la France et la Grande-Bretagne, puis l'URSS et les Etats-Unis, ont colonisé le Moyen-Orient, découpé les frontières, attisé les rancœurs communautaires, et couronné les dictateurs et les intégristes. Ce sont les Occidentaux qui ont semé les graines de la violence et du fanatisme, accuse l'intellectuel libanais Georges Corm. Ce sont eux qui ont mis le Moyen-Orient à genoux. A l'heure où nous donnons des leçons de morale à la planète entière, nous nous gardons bien d'évoquer notre part de responsabilité dans cette histoire. Le monde arabe, lui, ne l'a pas oubliée.
Au Moyen-Orient, la fin de la Première Guerre mondiale marque en effet l'effondrement du modèle antique: celui de la grande structure impériale dans laquelle se mélangent les religions, les peuples, les langues. Quand l'Empire ottoman, qui avait choisi le camp des vaincus, est démembré, en 1919, la France et la Grande-Bretagne prennent le contrôle du Moyen-Orient, mais elles ne comprennent rien à cette unité dans la diversité. Elles n'y voient qu'un ensemble de «majorités» et de «minorités», notions spécifiquement européennes. Pour les Occidentaux, la langue, la religion et la race sont constitutives d'une communauté. Ils vont donc survaloriser les identités religieuses, privilégier les «minorités», celles qui ne relèvent pas du courant sunnite: les chrétiens, les musulmans hétérodoxes (chiites, ismaéliens, druzes). Et, ce faisant, provoquer un véritable émiettement de la région, en suscitant l'éveil de sentiments communautaristes.
Le partage du Moyen-Orient avait déjà été planifié par les Européens, avant même la fin de la guerre...
Absolument. En 1916, les Français et les Britanniques s'étaient secrètement partagé la région. Mais, en même temps, les Britanniques avaient promis aux Hachémites (qui gouvernaient le petit royaume du Hedjaz, avec La Mecque et les lieux saints) la création d'un royaume arabe unifié sur ces mêmes territoires (Arabie, Syrie, Liban, Palestine, Irak)! Et, en 1917, lord Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, avait, lui, assuré que la Palestine irait aux communautés juives d'Europe. Cela sans compter le démembrement de l'Anatolie, prévu par le traité de Sèvres (1920), et que le sursaut de Mustafa Kemal fait avorter.
Déjà, la Palestine aux juifs ?
L'idée d'un retour des juifs en Palestinen'était pas nouvelle: elle avait été avancée dès l'expédition de Bonaparte en Egypte, et les premières implantations juives avaient été créées en 1897 par le mouvement sioniste de Theodor Herzl.
Jusque-là, musulmans, chrétiens et juifs y vivaient ensemble et en paix... En 1919, les Etats-Unis tentent de freiner les visées impérialistes des Français et des Britanniques. Ils envoient au Moyen-Orient une commission d'enquête qui rend un avis très clair: le souhait des Arabes, dit-elle, c'est de s'unir en un seul Etat, sous l'égide des Hachémites. Et les Américains précisent: il ne faut surtout pas tenter de créer un Etat exclusivement juif en Palestine qui aboutirait à l'éviction des Palestiniens de leur pays.
Tout cela était assez bien vu... Mais on n'écoute pas les conseils des Américains...
Non. Les Français et les Britanniques considèrent cette commission comme une ingérence inadmissible dans leurs affaires. Les pays arabes sont alors placés «sous mandat»: la France disposede la Syrie et du Liban; la Grande-Bretagne prend l'Irak et la Palestine, en sus de l'Egypte, qu'elle occupe depuis 1882; l'Italie a occupé la Libye en 1911. Plus question d'un grand Etat arabe ! Et plus question de discuter avec les Hachémites d'Arabie, qui prônent un nationalisme arabe modernisant devenu trop populaire. En Arabie, les Britanniques provoquent d'ailleurs leur chute et placent au pouvoir, en 1926, la famille des Saoud, qui se réclame du wahhabisme, fondamentalisme musulman très localisé au centre de l'Arabie, ayant une conception rigoriste et étriquée de la charia.
Les puissances occidentales ne misent pas sur les modérés.
Il est plus simple de traiter avec les chefs de tribus qui refusent la modernité plutôt qu'avec les élites modernistes mais nationalistes. Au cours de cette période, la France et la Grande-Bretagne exercent une domination pesante sur les pays arabes, étouffant toutes les aspirations modernistes et démocrates, et renforcent les identités religieuses (diviser pour mieux régner). Ainsi, sous son mandat, la France réprime dans le sang les révoltes, comme celles des Druzes en Syrie, bombardant Damas à plusieurs reprises. En Palestine, la Grande-Bretagne, elle, met en place des structures communautaires juives, embryons d'Etat...
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la situation au Moyen-Orient ne change pas.
Des révoltes se produisent en Irak, vite matées par les Britanniques. Dès 1943, l'indépendance est demandée par les Libanais et les Syriens. Mais, cette année-là, la France commet l'acte inouï d'emprisonner pendant trois semaines le président de la République du Liban et la totalité du Conseil des ministres, sous prétexte qu'ils viennent d'ôter de leur Constitution toute référence au mandat de la France et d'instituer l'arabe comme langue officielle. Il faudra encore trois ans, et une plainte du Conseil de sécurité, pour obtenir l'évacuation des troupes françaises.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-Orient éclate, écartelé par les multiples interventions des puissances occidentales et tétanisé par la création de l'Etat d'Israël.
Quand l'ONU décide, en 1947, le partage du territoire entre juifs et Palestiniens, la guerre entre les deux communautés est inévitable. Les Arabes ne comprennent pas pourquoi ils doivent, eux, peuple tiers, supporter le poids de l'Holocauste et des crimes commis en Europe. Pourquoi ne donne-t-on pas la Bavière aux juifs, ou pourquoi ne les accueille-t-on pas aux Etats-Unis? En Palestine, pourtant, il n'y a pas d'hostilité à une présence juive et une immigration modérée: de tout temps, il y a eu une présence juive, et aussi chrétienne. Mais ce qui leur semble inacceptable, c'est la création d'un Etat séparé. Une partie du sionisme (comme celui de Martin Buber) lui-même n'en voulait pas. Les Arabes refusent donc la résolution de l'ONU sur le partage. Le conflit israélo-arabe est engagé.
Et la géopolitique de la région va désormais en dépendre.
En 1948, les armées arabes sont vaincues par les milices juives. L'ONU demande l'internationalisation de Jérusalem et garantit aux Palestiniens expulsés un droit au retour qui ne sera pas respecté. Ce premier conflit a pour conséquence la chute des gouvernements de Syrie, en 1949, puis d'Egypte, en 1952, où les militaires prennent le pouvoir. Deux pays qui se tournent vers l'URSS, pendant que les Etats-Unis tentent d'embrigader l'Irak, le Liban et le nouvel Etat de Jordanie (créé en 1949), en plus de l'Arabie saoudite, déjà dans leur giron, dans un pacte pour contrer l'influence soviétique grandissante dans la région.
La France et la Grande-Bretagne quittent le devant de la scène. Entrent l'URSS et les Etats-Unis. C'est la guerre froide que l'on exporte au Moyen-Orient.
En effet, le monde arabe est coupé entre, d'une part, les régimes dits «progressistes», qui nationalisent à tour de bras et se tournent économiquement vers l'URSS, et, d'autre part, les clients de la puissance américaine. A ce moment-là, les pays dits «non alignés» perçoivent Moscou comme le contrepoids à l'impérialisme occidental. Les mouvements palestiniens se développent dans toute la région, avec le soutien des très nombreux groupes politiques et des pays dits «progressistes».
Suit la longue série de conflits que l'on connaît: la malheureuse expédition franco-britannique de Suez en 1956, la guerre des Six-Jours en 1967, la guerre du Kippour, en 1973... Malgré les accords de Camp David, qui rendent le Sinaï à l'Egypte, les Etats-Unis ne parviennent pas à éteindre l'incendie.
Le conflit israélo-palestinien va se poursuivre pendant quinze ans, mais sur le territoire du Liban, envahi deux fois par Israël (1978 et 1982) sous prétexte d'éradication des mouvements armés palestiniens. On continue de se battre, dans un espace restreint cette fois. Les Libanais connaîtront quinze ans de souffrances (1975-1990). La décennie suivante verra les tentatives de paix rester sans succès, car l'accord d'Oslo, en 1993, sera vidé de son sens du fait de la continuation de la colonisation israélienne.
Entre 1973 et 1985, les pays pétroliers reçoivent une manne de plus de 1 000 milliards de dollars! L'Arabie saoudite devient une puissance financière considérable. Une partie de cet argent est alors utilisée pour promouvoir la conception wahhabite de l'islam dans tous les pays musulmans.
Favoriser l'intégrisme, c'est aussi ce que fait l'Occident en Iran, jouant une fois encore sur les rivalités religieuses.
En effet. Pour éviter le développement du communisme, les Etats-Unis voient d'un bon œil les mouvements intégristes musulmans et favorisent la prise de pouvoir des religieux en Iran: l'imam Khomeini est d'abord considéré comme un paratonnerre contre le communisme. La France l'accueille et le traite comme un véritable chef d'Etat. Par la suite, lorsque la révolution iranienne dérape (prise de l'ambassade américaine à Téhéran), les Occidentaux diabolisent le chiisme et idéalisent le sunnisme wahhabite, considéré comme un allié de l'Occident. Ils ne comprennent pas que l'islamisme radical est en fait l'héritier des partis communistes: c'est la même vision anti-impérialiste du monde, la même dénonciation, avec un vocabulaire différent. Beaucoup de «progressistes» laïques de couleurs diverses se convertissent dans toute la région en partisans acharnés du khomeinisme: ils avaient trouvé quelque chose de mieux que le communisme pour faire peur aux Occidentaux! En 1980, quand l'Irak entre en guerre contre l'Iran, c'est Saddam Hussein qui reçoit le soutien logistique des Occidentaux. L'Irak sort de la guerre surendetté et surarmé. En 1990, il envahit le Koweït, qui a refusé d'annuler ses créances sur l'Irak. On connaît la suite.
Bilan de ces dernières décennies: un désastre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Occident n'a pas exporté la démocratie !
L'Occident a soutenu à la fois les mouvements politiques intégristes et les régimes dictatoriaux. Par ailleurs, le Moyen-Orient est redevenu un nain économique, car la fortune pétrolière n'a pas servi à une industrialisation rapide.
En outre, la politiquedes deux poids, deux mesures pratiquée par l'Occident dans la région, qui a permis à Israël de continuer ses occupations de territoires en infraction au droit international, a contribué à décrédibiliser les principes démocratiques dont il se réclame et à mettre le vent en poupe aux mouvements intégristes islamiques, tous devenus antioccidentaux du fait de la permanence du stationnement des troupes américaines dans la péninsule Arabique.
En fait, l'Occident, dans cette région du monde, a joué les pompiers pyromanes. Il a planté les graines des déstabilisations et des violences, et s'efforce bien maladroitement d'éteindre les incendies. L'aveuglement a été général.
Certains islamologues américains et français expliquaient même sans rire, au temps de la guerre d'Afghanistan contre l'occupation soviétique, que le fondamentalisme islamique ne présentait aucun danger et qu'il était un passage obligé vers la modernité!
Pour vous, le Moyen-Orient est en décadence.
Tout à fait. Cette histoire, c'est bien celle de la décadence des sociétés arabes, impuissantes à résister à la domination ottomane, puis aux colonialismes et au dépècement de leur région, impuissantes à devenir des acteurs respectés de l'ordre international moderne. Les Arabes sont les éternels perdants du jeu mondial. Leur histoire est celle des vaincus. Toutes les tentatives faites au cours du dernier demi-siècle pour infléchir cette décadence ont échoué. Et le Moyen-Orient a commencé le nouveau siècle comme le précédent, cette fois-ci non sous la férule franco-britannique, mais sous la toute-puissante tutelle des Etats-Unis, que certains pays européens, heureusement, contestent.
Au terme de cette histoire rapide, on se rend compte combien le passé pèse sur les drames d'aujourd'hui.
Dans cette région, l'Histoire est un sujet conflictuel, source de polémiques incessantes. Le futur n'est malheureusement plus perçu qu'en fonction d'une vision mythique du passé, de l'âge d'or de la civilisation islamique: à la différence d'autres régions,le Moyen-Orient reste figé dans une conduite d'échec. Pour renverser cette tendance historique lourde, il faut la mise en œuvre d'un droit démocratique, donc laïque et décommunautarisé - y compris au niveau israélien - ce qui ne sera possible que si les puissances occidentales donnent l'exemple en faisant elles-mêmes un bon usage de ce droit, en particulier au niveau international, où il ne peut connaître des applications différentes et à intensité variable.
Sources Georges Corm
10:33 Publié dans Figures politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban hizbollah israël france
17.04.2008
MAI 68 - Sorbonnards, apprenties pétasses et raclures de salon
La tragédie Mai 68
source : fnpopetsoc

D’un point de vue humain tout d’abord ; cette pseudo révolte de jeunes étudiants capricieux a fourni le gros des bataillons de l’éducation nationale actuelle, qui depuis des décennies tentent avec succès de décérébrer les nouvelles générations. Ces professeurs si pressés d’inculquer à nos bambins les « valeurs de la République » que mai 68 leur a enseigné, ont réussi à faire en sorte qu’un enfant sur quatre ait du mal à son entrée au collège à écrire, lire et compter. Qu’importe, il sait déjà qu’il doit voter à gauche…
Bien entendu le conditionnement se poursuit au collège, au lycée, voire à l’université où tous ces soixante-huitards – ou fils de soixante-huitards désormais ! – relayent sans cesse les dogmes de l’établissement.
Quels furent d’ailleurs les véritables dogmes des militants casseurs de mai 68 ? Car c’est bien de dogmes qu’il faut ici parler et non d’idées ou de projet construits. Le soixante-huitard tout comme son descendant néo gauchiste définit ses projets de manière essentiellement négative : il est avant tout un « anti » - avant de devenir nanti comme ses mentors, Kouchner et Cohn-Bendit. Antiautoritaire qui rapidement en arrive à prôner le rejet de toute forme d’autorité – depuis l’autorité familiale jusqu’à l’autorité étatique -, « antifasciste » qui en devient antinational puisque tout ce qui est français devient fasciste, anticapitaliste de pacotille qui voit le capitalisme dans tout ce qui n’est pas collectif… De tels délires pourraient a priori paraître risibles s’ils n’étaient pris pour argent comptant par une jeunesse de plus en plus victime d’un manque cruel d’éducation politique et civique. En proposant des « solutions » simplistes et des slogans stéréotypés, les fils politiques des voyous de mai 68 aujourd’hui regroupés dans les différents mouvements trotskystes, séduisent une jeunesse parfois consciente du fait que le système met en péril leur avenir et leur bien être, sans pour autant savoir vers qui se tourner. Mais nous devons rappeler à ceux qui croient – en raison d’un lâche et impitoyable lavage de cerveau qui dure désormais depuis quarante ans – que la vie avant mai 68 était un calvaire pour la jeunesse, qu’en réalité cette date correspond à une vaste hypocrisie de laquelle découle la détresse des jeunes français du 21ème siècle. En réalité commandité par des forces subversives qui aujourd’hui représentent le nouvel ordre mondial, mai 68 peut donner lieu à un triste et sordide bilan : - Mai 68 a poussé toute une jeunesse à déconsidérer et à mépriser la cellule familiale pourtant protectrice et formatrice. La révolte contre les parents et le désintérêt vis-à-vis des anciens, fondement de la « révolution » soixante-huitarde sont aujourd’hui monnaie courante, tandis que les familles décomposées se multiplient.
En parallèle, l’homoparentalité fait son apparition, alors que les enfants sont considérés par nombre de parents comme de simples bouches à nourrir ; de là découlent l’institutionnalisation de l’IVG et les abominables infanticides que rapportent régulièrement les médias. - Mai 68 a encouragé la jeunesse à se détourner de ses racines, de son histoire, de ses héros et de tout ce qui a façonné notre identité au cours des siècles. Voici donc toute une partie de la jeunesse moderne révoltée contre son propre être, contre son propre patrimoine, en venant à se montrer plus que virulente à l’égard de toute manifestation de patriotisme. Pourtant, cette même jeunesse qui rejette et nie son identité, exalte celle de « l’autre » quand bien même elle ne la connaîtrait pas. Incohérence toujours. - Mai 68 a enseigné à ses partisans à rejeter les valeurs rattachées à la fierté, à la dignité, à l’honneur et au dépassement de soi au profit d’un libertarisme dévoyé aboutissant à l’avachissement le plus total.
Le lien avec tout un pan de la jeunesse moderne est évident lorsque l’on constate à quel point celle-ci se complait désormais dans l’inaction, la drogue, la négation de l’apport du travail sous toutes ses formes (intellectuel ou manuel), et le mépris à l’égard des considérations esthétiques et hygiéniques. En témoignent ces nombreux jeunes qui fournissent le gros des troupes de l’extrême gauche, portant tous les mêmes défroques et symboles, arborant les mêmes coupes de cheveux, faisant tous l’apologie de la passivité et des psychotropes. Ce sont ces mêmes jeunes qui refusent la culture – exception faite de celle qui les maintient dans leur microcosme – et le travail, ce qui les conduit à encourager et à participer à toutes les grèves qui paralysent le pays et handicapent les citoyens. - Mai 68 a en résumé détruit toute forme de valeur sociale, morale ou spirituelle. Fidèle au principe communiste soviétique « du passé faisant table rase », les hommes et les femmes qui ont été manipulés lors des évènements d’il y a quarante ans n’ont rien construit comme ils le prétendent, et ne sont les chefs de file d’aucune évolution. Ils sont en fait responsables d’une terrible régression ayant aboutit à la situation chaotique que nous constatons tous les jours ; celle d’une jeunesse déracinée et sans but, en révolte contre elle-même et qui sans s’en rendre compte, se précipite vers l’abîme. Sarkozy avait raison lorsqu’il parlait de rompre avec cet héritage, des plus lamentables. Bien entendu puisqu’il tentait dans un but électoral de s’approprier l’un des projets du Front National. Cependant une fois encore les faits doivent remmener notre peuple à la réalité ; l’UMP et les anciens « rebelles » de mai 68 tout comme leur rejetons des temps modernes demeurent unis dans leur entreprise de démantèlement de la France comme en témoigne notamment la composition de notre gouvernement. Que ceux qui aujourd’hui pensent encore que Mai 68 constitue une date sacrée dans la lutte contre la bourgeoisie et le capitalisme considèrent leurs héros : tous aujourd’hui ont largement profité du système bourgeois qu’ils prétendaient rejeter, certains allant jusqu’à exercer de hautes fonctions à l’intérieur de la machinerie néolibérale, et ce aujourd’hui encore.
Seul le nationalisme que revendique le Front National est de nature à rompre avec le conformisme qui mine la jeunesse, et peut conduire les jeunes français à retrouver leur dignité et à reconquérir leur liberté loin des promesses et délires des manipulateurs politicards.
Michael Guerin
SD FNJ Savoie
Responsable FNJ Rhône Alpes
Source : http://www.jacques-vassieux.com/2008/04/les-dlires-de-...
Le constat global sur ce mouvement soutenu par les Etats-Unis, qui avait pour but de détruire le gaullisme et le communisme (le vrai, celui du PCF)est juste même si j'ai deux-trois petits désaccords.
J'ajouterai :
-qu'il n'y a évidemment rien à attendre de Sarkozy qui est un pur produit de mai 68. "Jouir sans entraves", n'est-ce pas le leitmotiv de Sarkozy et de ses amis milliardaires ainsi que de toutes les ordures issues de Mai 68 ?
-qu'il y a eu deux mai 68, un Mai 68 ouvrier, respectable, qu'on a de plus en plus tendance à oublier (et pour cause, c'est bien là l'objectif des merdias) et le Mai 68 étudiant, détestable des petits bourges gauchistes libéraux-libertaires.

Sorbonnards, apprenties pétasses et connards en tous genres

Anarcho-pédophile allemand (Cohn-Bendit à vraiment une gueule
d'enculé, pire que Besancenot !)

Raclure de salon

Les étudiants bobos gauchistes individualistes libéraux-libertaires adoraient afficher des portraits de Marx, Lénine, Mao voir même (plus curieux venant de ces baltringues) de Staline (vu hier dans un reportage de TF1). C'est assez "clownesque" car si ces ordures avaient vécu en URSS, ils auraient été envoyés en Sibérie, moi j'aurai été gardien de goulag et je leur aurai balancé des cacahuètes, comme au zoo avec les singes.
23:45 Publié dans Articles : presse et web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68
Des journalistes-citoyens discriminés
PARLONS BLOGS ET MOUTONS BLANCS
Source : Interférences
Où il est question de discrimination et de moutons blancs.
Pierre-André Taguieff définit le « communautarisme » comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d’un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe ». […] Elle [cette définition] revient à travestir subrepticement le droit à la différence en devoir d’appartenance, ce qui est tout différent.
Notre identité est inséparable d’une définition de ce qui importe ou non pour nous. Elle exprime la part de nous-mêmes que nous privilégions et sur laquelle nous nous appuyons pour nous construire, non pas du tout par émancipation vis-à-vis des déterminations dont nous sommes le lieu, mais par un choix qui nous fait tenir certaines de ces déterminations comme plus déterminantes que d’autres. Ce choix est parfaitement subjectif.
(Alain de Benoist, Nous et les autres, KRISIS)
23:36 Publié dans Emissions-radio-TV-web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité, banlieue, culture, racisme, public sénat, communautarisme, français
Pourriture trotskiste

source : fnpopetsoc
Vous vous en doutiez certainement, la LCR de Monsieur Olivier Besancenot - toujours dans le sens du vent (ce qui explique la bienveillance des puissants à son égard) - soutient TOUTES les actions de protestation en faveur des moines tibétains (donc par ricochet en faveur des Etats-Unis et contre la Chine)......donc y compris les actions de l'officine de la CIA Reporters sans Frontières ! Agents de la CIA, j'vous disais.........
Communiqué de la LCR
Malgré la répression de l’armée chinoise, les manifestations continuent au Tibet. Le régime de Pékin veut faire taire toute revendication autonomiste ou indépendantiste du Tibet à l’approche des Jeux Olympiques de cet été. L’émotion est grande face à cette répression et trouve un écho dans les milieux sportifs. Les manifestations de soutien se multiplient, entre autres dans les pays limitrophes de la part de la jeunesse étudiante, et une délégation de Reporters sans frontières a réussi à perturber le départ de la flamme olympique de Grèce lundi 24 mars. La LCR s’est déjà prononcée pour le droit à l’autodétermination de la population tibétaine et elle se solidarise avec les manifestations de protestation contre la répression au Tibet. La réaction des différents gouvernements, à l’image de celle de N. Sarkozy est d’une grande timidité, en se bornant à demander au gouvernement chinois « davantage de retenue ». Les accords commerciaux, les contrats économiques signés, la pénétration du marché chinois, ont plus de poids que la défense des libertés démocratiques pour les gouvernements européens et des USA. Quant à la LCR, à l’occasion des J.O., elle soutiendra toutes les formes de manifestation en solidarité avec la population tibétaine victime de la répression, que ce soit au moment de la cérémonie d’ouverture ou pendant le déroulement des J.O. eux-mêmes.
La LCR (et les trotskistes en général) de Monsieur Besancenot a toujours soutenu le camp du capitalisme et de l'impérialisme.
Deja, à la veille de la seconde guerre mondiale, les hyènes trotskistes et leur chef Léon Bronstein (Trotski) demandaient au peuple soviétique de se révolter pour renverser le pouvoir du maréchal Staline. On peut penser ce qu'on veut de "Moustache" mais il faut admettre que cet appel de Trotski et de ses troupes insignifiantes était totalement inconscient et faisait le jeu des nazis. Une révolte du peuple soviétique à la veille du second conflit mondial aurait en effet provoqué une inévitable désorganisation de la défense de l'URSS (que Staline préparait depuis le début des années 30) dont les nazis n'auraient pas manqué de profiter ! Ils n'auraient eu ainsi aucun mal à vaincre l'URSS et donc à gagner la Seconde Guerre Mondiale, et aujourd'hui nous parlerions allemand au lieu de parler français (enfin de toute manière on va bientot passer à l'anglais).
Donc deja à l'époque, les trotskistes faisaient le jeu (peut-être involontairement ?) des nazis, c'est pour cette raison que les communistes utilisaient la douce étiquette "hitlero-trotskistes" pour les désigner.
Mais ces agents de l'impérialisme ne se sont pas arrêtés en si bon chemin ! Une fois le nazisme écrasé par la grande Union Soviétique, ils ont trouvé refuge auprès du nouveau grand ennemi de la Patrie du Socialisme : les Etats-Unis d'Amérique. C'est ainsi qu'en France, ils ont tout fait pour affaiblir le pouvoir du PCF et de la CGT grace à des financements de la CIA.
Au niveau international, ils sont par exemple allés jusqu'à soutenir le syndicat Solidarnosc de Lech Walesa - comportant pourtant nombre d'éléments antisémites - pour déstabiliser la Pologne Socialiste. Ils insultaient même le camarade Ho Chi Minh qui menait une lutte exemplaire pour la libération du Viet-Nam, et le camarade Ho Chi Minh fut donc obligé de faire taire de manière radicale la racaille trotskiste qui faisait là encore le jeu de l'impérialisme américain ! Il serait trop long de tout énumérer, mais toutes leurs prises de position au niveau international consistaient à condamner l'URSS, les pays socialistes et - par ricochet - à faire le jeu des Etats-Unis.
C'est vous dire qu'en tant que modeste connaisseur de cette idéologie dégueulasse, je ne suis pas surpris aujourd'hui de voir la LCR et Monsieur Besancenot soutenir des moines tibétains réactionnaires (donc les Etats-Unis) à coté desquels le pire des Ayatollah ferait figure de dangereux progressiste !
Plus que jamais, nous devons dénoncer la pourriture trotskiste qui a toujours mis toute son énergie pour combattre, insulter et calomnier le communisme et ses militants, de concert et sous les applaudissements des grands bourgeois capitalistes, des médias, du show-biz, de la jet-set,..... ! Le trotskisme comme le capitalisme doit être écrasé !
23:21 Publié dans Articles : presse et web | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : besancenot trotskysme cia collaboration
04.04.2008
Mondialisme

Ordre mondial
Y a-t-il une idéologie occidentale destinée à promouvoir une forme de mondialisme pro-américain ?
Les enjeux internationaux (France Cul’) – émission du mardi 15 janvier 2008
Pierre Hillard, auteur de « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial »*, nous expose le projet mondialiste américain. L’ambition des Etats-Unis et des élites occidentales qui travaillent avec eux est de créer de grands blocs économiques régionaux fondés sur l’affaiblissement des états. A terme, il s’agit d’instaurer une gouvernance mondiale qui régira des continents politiques unifiés et standardisés. Pierre Hillard insiste sur le fait que ce projet est appuyé par de nombreuses élites occidentales. Il cite la Fondation franco-américaine au sein de laquelle travaillent des personnalités politiques, des grands patrons et de grands dirigeants des médias (1). Le projet est en l’espèce la création d’une Assemblée transatlantique composée d’un pôle nord-américain et d’un pôle européen.
L’invité de l’émission rappelle que la mise en œuvre de cette vision irénique et globalisante passe par la balkanisation des états et l’uniformisation des esprits en vue d’uniformiser les consommations. Si cette entreprise semble plus facilement réalisable avec les pays occidentaux, il pourra en aller autrement avec les autres « mondes », avec le monde asiatique notamment.
*Pierre Hillard ![]()
La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : l'échec de la tour de Babel n'est pas fatal
F.-X. de Guibert. Collection Essais et romans religieux - 29 novembre 2007
![]()
LIEN EMISSION : Mondialisme pro-américain
(1) ndlr : ici nulle question de théorie du complot, l’auteur s’appuie en effet sur des documents officiels consultables par tous. Dans cette association franco-américaine on trouve par exemple François Hollande, Alain Juppé, le couple Clinton, Nicolas Dupont-Aignant, Jean-Marie Colombani ou Arnaud Montebourg ; ce qui nous fait dire, contrairement à ce qu’affirme le présentateur de l’émission, que l’éclectisme de la composition de ce groupe est purement rhétorique et qu’au fond toutes ces personnes concourrent au même but et sont donc très peu différentes.

MAM à la FAF
Quelques liens sur la FAF (French American Foundation) :
http://www.decapactu.com/spip/article.php3?id_article=345
http://www.forumpourlafrance.org/spip/Europe-et-nouvel-or...
http://www.voltairenet.org/auteur62.html?lang=fr
http://www.esprit-europeen.fr/perspectives_desintox_usa_f...
on trouve sur ce dernier lien cette liste plus complète des fameux « Young Leaders » :
Cependant, l'action de la FAF est encore plus considérable en raison de sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. C'est dans le programme intitulé Young Leaders qu'une véritable sélection s'opère. Comme l'affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New-York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l'un ou l'autre pays »[14]. Au sein de la sélection, c'est le professeur de science politique américain et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l'unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France[15]. Après une sélection drastique, seuls 125 Américains et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF américaine, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d'admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l'OTAN, fils du célèbre géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l'OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur)[16]. Dans le cas de la FAF française, nous pouvons relever en particulier : Philippe Auberger (1989, député UMP), Yves Censi (2003, député UMP), Jérôme Chartier (2003, député UMP), Nicolas Dupont-Aignant (2001, député UMP, Debout la République), Alain Juppé (1981, député UMP), Eric Raoult (1994, député UMP), Valérie Pécresse (2002, député UMP), Jacques Toubon (1983, député UMP), François Hollande (1996, député socialiste), Arnaud Montebourg (2000, député socialiste), Pierre Moscovici (1996, député socialiste), Alain Richard (1981, socialiste, ancien ministre de la Défense), Henri de Castries (1994, Directeur général du groupe AXA assurances), Emmanuel Chain (1999, journaliste), Jérôme Clément (1982, Président d'ARTE), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, Directeur de la publication du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), Erik Izraelewicz (1994, rédacteur en chef des Echos), Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération), Jean-Noël Jeanneney (1983, président de la BNF), Sylvie Kaufmann (1998, journaliste au Monde), Yves de Kerdrel (2005, journaliste aux Echos), Marwan Lahoud (1999), Anne Lauvergeon (1996, présidente d'AREVA), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Alain Minc (1981), Laurent Cohen-Tanugi (1996, Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d'administration du think tank « Notre Europe » créé par l'ancien président de la Commission Jacques Delors[17]), Christine Ockrent (1983), Olivier Nora (1995, président des Editions Grasset), Denis Olivennes (1996, président de la FNAC) … etc[1].
Une telle représentation souligne l'influence capitale qu'exerce la French-American Foundation dans les liens franco-américains. Cette fondation organise aussi différentes conférences sur la défense, le journalisme, l'éducation ou la santé. Nous trouvons parmi les participants, outre les personnes citées ci-dessus, des noms bien connus comme Jean-François Copé (porte-parole du gouvernement Chirac en 2007), Michel Barnier (conseiller politique de Nicolas Sarkozy en 2007), Nicolas Beytout (Directeur de la rédaction du Figaro), le général Henri Bentegeat (chef d'Etat-major des armées) etc. Tous ces colloques poursuivent, bien entendu, le but suprême de servir au mieux les intérêts de l'humanité.
[1] http://www.french-american.org/srt/extra/flb/minisite/sho...
Quelques photos d'un dîner de la French American Foundation :



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03.04.2008
Cuba
Cuba, l'après-Fidel.
émission Les enjeux internationaux (France Cul’) – émission du mercredi 16 janvier 2008
Jacobo Machover (1) fait le bilan de cette année passée. Il rappelle que le pouvoir castriste a presque 50 ans et qu’il n’ y a pas d’équivalent en longévité dans l’histoire contemporaine (2). C’est aujourd’hui Raoul Castro qui est à la tête du pays, une situation provisoire destinée à durer. L’invité de l’émission ajoute qu’il n’y a aucun changement à attendre de la part du frère de Fidel, que ce soit en matière d’ouverture économique [ndlr : Machover veut surement désigner ici l’abandon progressif des structures internes car l’ouverture économique au monde libéral des échanges est déjà faite] ou de démocratisation. Les élections sont toujours menées par un parti unique et l’opposition est toujours muselée. Les rares manifestations d’opposition émanent de celles qu’on appelle les dames en blanc, épouses, mères ou sœurs des prisonniers politiques du printemps 2003 (3).
(1) Jacobo Machover. Maître de conférences à l'université d'Avignon et professeur à l'École supérieure de gestion de Paris.
Jacobo Machover, La face cachée du Che (Buchet Chastel, septembre 2007)
(2) On peut citer dans la catégorie des longs règnes, celui d'Omar Bongo, président du Gabon depuis 40 ans.
En France par exemple, en dépit des changements successifs de présidents, on pourrait aussi considérer que le même régime règne aussi depuis 40 ans.
(3) Au printemps 2003, arrestations et pressions s'étaient multipliées à l'encontre de l'autoproclamée dissidence.
LIEN EMISSION : Cuba après Fidel
ndlr : Les idées exprimées dans ces émissions donnent des points de vue sur l'actualité et peuvent être discutées. Ces émissions ne constituent pas un reflet des idées d'E&R. Certaines d'entres elles sont précédées d'un résumé reprenant l'essentiel de ce qui y est dit.
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01.04.2008
Socialisme et nation
Article proposé et annoté par Stéphane (ERA). Quelques remarques ont donc été ajoutées en italique et entre crochets à la fin de certains chapitres lorsqu’un élément du texte paraissait devoir être discuté.
Le socialisme et la nation
Denis COLLIN
La question de la nation a été la grande oubliée de la politique des organisations de gauche au cours des dernières décennies. J’ai eu l’occasion de montrer ailleurs quelles conséquences cela avait eu dans l’échec de la gauche au cours des dernières années. Le monopole de la réflexion sur la nation laissé aux « souverainistes » a interdit aux militants des organisations du mouvement ouvrier de comprendre ce qui s’est pas dans une classe ouvrière déboussolée, profondément divisée par la dislocation de ses bastions (qu’on songe à l’opération chirurgicale menée dans la sidérurgie à la fin des années 70 et au « sale boulot » accompli par le gouvernement de la gauche dans les années 83-86). Aujourd’hui, parler « nation » à gauche, c’est encourir le soupçon d’être un nationaliste, un raciste sournois ou d’être même une sorte de « rouge-brun », ce fantôme que certaines têtes pensantes de gauche ont entrepris de chasser sous tous ses déguisements…
Il me semble au contraire, que redéfinir la place de la nation dans une stratégie socialiste réaliste, dans les conditions actuelles est un des chantiers urgents à ouvrir ou à rouvrir, non pas seulement pour les peuples colonisés comme on le pensait jadis, mais aussi pour les pays avancés et même pour les anciennes puissances impérialistes. [ je souligne et j’ajoute "pour la France"]
En premier lieu je voudrais donner un rapide coup d’œil rétrospectif sur la question. Puis j’examinerai les raisons ou plutôt les mauvaises raisons de ceux qui refoulent cette question nationale et en particulier de quelques penseurs de « l’altermondialisme ». Enfin j’essaierai de montrer en quoi la nation est à la fois un des éléments de résistance à la destruction du mouvement ouvrier, et, en même temps, qu’elle peut et doit être intégrée dans un programme d’émancipation sociale, dans un programme de transformation socialiste.
Rapide retour en arrière
Oubli de la nation par le mouvement ouvrier ? Cela n’a pas toujours été le cas : de Marx à Otto Bauer en passant par Lénine, le mouvement ouvrier n’a pas manqué de réflexions théoriques sur la question nationale. Le meeting de St Martin Hall, en 1864 qui fonda la première Internationale avait deux objets sans rapport immédiat avec la défense des intérêts internationaux de la classe ouvrière : la défense de l’indépendance nationale de la Pologne et celle de l’Irlande. On rappellera également l’importance de la question nationale dans la révolution russe, la polémique entre Lénine et Rosa sur le droit à l’autodétermination des nations opprimées par l’empire russe, une polémique dans laquelle, on doit bien le reconnaître, la raison était du côté de Lénine.
Même internationaliste, le socialisme traditionnel reste lui aussi fidèle au cadre des nations. L’internationalisme suppose l’égalité des nations. « Une nation qui en opprime une autre ne saurait être libre » disait Marx à l’adresse des ouvriers anglais qu’il appelait à soutenir la cause nationale irlandaise. La liberté des nations d’Europe centrale et orientale, singulièrement de la Pologne, à l’égard du joug du tsarisme russe fut une autre des grandes causes soutenues par Marx. Et si la lutte des classes est internationale dans son contenu, elle reste nationale dans sa forme, et la forme n’est pas une question secondaire, puisque c’est ce qui permet l’existence déterminée effective, de la matière. Certes, « les prolétaires n’ont pas de patrie », mais c’est seulement dans le cadre national, en posant la question de la conquête du pouvoir politique que l’émancipation de la classe ouvrière peut être engagée. [je souligne et j’ajoute : oui mais à celui qui n’ a rien, la patrie est son seul bien]
Mais l’expérience dramatique du « court XXe siècle est passée par là. Ralliement de la social-démocratie à l’impérialisme au nom de la défense de la nation, soutien de la social-démocratie aux aventures coloniales – le rôle de la SFIO de l’expédition de Suez à la guerre d’Algérie est encore dans toutes les mémoires. Défendre la nation ? Poser la question, c’est presque déjà glisser du côté du « social-chauvinisme ».
On veut bien encore admettre que la lutte des nations colonisées contre l’impérialisme est une dimension essentielle de la deuxième moitié du siècle passé. Mais fondamentalement on considère que ce n’était qu’une étape vers la disparition des nations. La nation, après l’expérience des deux guerres mondiales ; est le plus souvent sommairement renvoyée au nationalisme et après le « national-socialisme », il semble bien que le socialisme ne doit plus rien avoir à voir avec la nation.
Les mauvaises raisons du « mondialisme » de gauche
La crise manifeste de l’État-nation, dont les fonctions semblent souvent absorbées dans la « gouvernance » mondiale ou régionale (UE) semble confirmer ce diagnostic. La hantise d’un retour au chauvinisme et au « social-impérialisme » a ainsi poussé une bonne partie de la gauche à refuser toute politique qui pourrait, d’une manière ou d’une autre, apparaître comme défendant les nations ou l’État-nation. « Les frontières, on s’en fout » n’était-il pas un des slogans de mai 68 ?
Je voudrais illustrer cet aspect des choses en prenant les thèses de ceux qui sont allés le plus loin dans cette voie, à savoir Negri et Hardt dans leur livre Empire. Negri s’est illustré et a illustré la logique de sa position politique il y a deux ans et demi, en 2005, en participant à un meeting de soutien au TCE aux côtés de Julien Dray et Daniel Cohn-Bendit. Dans ce meeting Negri a affirmé qu’il fallait soutenir la constitution Giscard pour en finir avec « cette merde d’État-nation » (sic). Plusieurs des partisans en vue de Toni Negri en France, comme Yann Moulier-Boutang, animateur de la revue Multitudes, s’étaient également engagés dans la campagne pour le « oui ».
Au-delà des thèses de Negri sur lesquelles je reviens à l’instant, il y a là-dedans quelque chose qui concerne tout le mouvement « alter-mondialiste ». Il faut remarquer qu’un mouvement qui s’était défini au départ comme « anti-mondialisation » ou encore, en dehors de France, sous le slogan « No global », a, finalement, décidé changer d’appellation précisément pour qu’on comprenne bien qu’il ne voulait pas de repli sur la nation et qu’il était, lui aussi, pour dépasser les frontières et les cadres nationaux, même si c’était d’une manière bien différente du « libéralisme ». [je souligne et j’ajoute : comme il ne faut pas confondre mondialisme (projet de gouvernance mondiale) et mondialisation (extension des échanges), il faut bien apprécier la différence entre se dire antimondialiste(contre l’idéologie mondialiste) et altermondialiste (pour une autre forme de mondialisme)]
Si on veut comprendre ce dont il s’agit, il faut s’arrêter à la « bible » du mouvement altermondialiste radical, Empire, de Negri et Hardt. L’éditeur français présente même ce livre comme le Manifeste communiste de notre époque. Ancien maître à penser de l’extrême-gauche italienne, poursuivi pour son soutien et sa participation à des groupes ayant mené des actions terroristes pendant les « années de plomb » en Italie, Negri est devenu l’inspirateur de tout un courant intellectuel, qui s’exprime, notamment, dans la revue « Multitudes ». Ce courant combine quelques références marxistes, une relecture souvent hasardeuse de Spinoza, une attention toute particulière au problème des « sans-papiers » et de l’immigration et plus généralement de tout ce mouvement social hétéroclite dans lequel s’est recyclé le gauchisme. Mais, à la différence des groupes révolutionnaires, trotskystes par exemple, les « negristes » ne croient pas ou plus à la révolution dans son sens classique, c’est-à-dire comme conquête du pouvoir politique par les représentants politiques de la classe ouvrière ou plus généralement des classes opprimées. Ils militent pour un mouvement global de contestation d’un ordre lui-même global et qu’ils nomment « Empire ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’Empire, ce n’est pas l’impérialisme ! Et encore moins l’impérialisme américain. L’Empire est décentralisé et déterritorialisé. Pour parodier Pascal, on pourrait dire que son centre est partout et sa circonférence nulle part, bref il est infini. Lénine avait défini l’impérialisme comme « stade suprême du capitalisme », stade de capitalisme pourrissant ou devenu parasitaire, un stade où le mode de production capitaliste a définitivement épuisé toute puissance de progrès et où il est devenu « la réaction sur toute la ligne ». Rien de tel pour les auteurs d’Empire. Negri et Hardt se défendent de toute « dialectique » : le mal (impérialiste) n’est censé accoucher d’un bien ; ils prétendent s’en tenir à « l’immanence », c’est-à-dire qu’ils refusent de penser le réel à partir d’un au-delà imaginé. Cependant, « l’Empire » représente pour eux un progrès historique : « la construction de l’Empire est un pas en avant pour se débarrasser de toute nostalgie envers les anciennes structures de pouvoir qui l’ont précédé et refuser toute stratégie politique impliquant le retour à ce vieux dispositif – comme de chercher à ressusciter l’État-nation pour chercher à se protéger contre le capital mondial. » C’est beau comme du Alain Minc, l’auteur de « la mondialisation heureuse ». Mais on ne s’arrête pas là. Dans un élan qui ira droit au cœur de George W. Bush bombardant l’Irak ou de Clinton bombardant la Serbie, nos deux bons apôtres écrivent : « on peut voir aujourd’hui que l’Empire liquide les régimes cruels de pouvoir modernes et augmente ainsi les potentialités de libération. » Et il n’y a pas à s’en faire puisque la construction de l’Empire est sa propre destruction, ainsi que l’expliquent les deux auteurs qui, tout refusant toute « dialectique » reprennent sans broncher les schémas de la dialectique hégélienne. C’est le « drame ontologique » qui « se lève sur une scène où le développement de l’Empire devient son propre critique. » Negri et Hardt ne sont certes pas des thuriféraires des gouvernements de Washington, mais leur raisonnement est celui même qui a conduit quelques ex-marxistes (Romain Goupil, ex LCR « guévariste », Yves Roucaute, ex-dirigeant de l’UEC, etc.) à se transformer en « intellectuels embarqués » des armées US. Certains d’entre eux le regrettent un peu aujourd’hui, mais l’honnêteté intellectuelle n’étant pas leur fort, ils refusent de faire l’analyse de cette « erreur d’appréciation » - on les retrouve d’ailleurs tous, ou presque, dans la revue Le meilleur des mondes, carrefour des « néocons » à la française…
Si on doit donc se féliciter de la construction de l’Empire, c’est que celui-ci sonne le glas d’une modernité occidentale, accusée de tous les maux : « les hécatombes des deux guerres mondiales, la boucherie de Verdun », etc. « En bref, si cette modernité-là a pris fin, et si l’État-nation moderne qui servait de condition obligatoire pour la domination impérialiste et les guerres innombrables est en voie de disparition de la scène du monde, alors bon débarras ! » Ainsi, c’est l’Empire qui nous débarrasse de l’impérialisme et des « guerres innombrables » ! Les 100 000 morts de la seconde guerre du Golfe auraient bien aimé le savoir plus tôt. Mais il est vrai que le « régime cruel » de Saddam Hussein n’avait pas permis à ses sujets de lire Empire. Faire de l’impérialisme une conséquence de l’État-nation, c’est, d’une part, faux et, d’autre part, cela apporte un soutien inappréciable aux impérialismes.
C’est faux, parce que, comme l’a montré avec beaucoup de subtilité Hannah Arendt, l’impérialisme ne peut s’édifier que sur la base de la subversion de l’État-nation. « C’est de l’extérieur que les conditions du pouvoir moderne, qui font de la souveraineté nationale une dérision, sauf pour les États géants, la montée de l’impérialisme et les mouvements annexionnistes ont sapé le système européen de l’État-nation. Car aucun de ces facteurs n’était directement issu de la tradition ou des institutions des États-nations eux-mêmes. »
Pour Arendt, ce n’est pas la construction d’un espace politique national qui est à l’origine du colonialisme et de l’impérialisme. Ce sont des conditions « extérieures », c’est-à-dire essentiellement liées à la puissance des intérêts économiques privés qui vont expliquer ce processus. Hardt et Negri critiquent « la nostalgique utopie » de Hannah Arendt pour « l’espace politique ». Mais précisément, l’impérialisme, en détruisant les États-nations, détruit cet espace commun qui fait des hommes autre chose que des représentants de l’espèce humaine conçue comme espèce zoologique, qui fait des hommes des « animaux politiques » et non simplement des animaux grégaires comme les abeilles et les fourmis. Le danger, pour Arendt, est celui d’une « civilisation globale, coordonnée à l’échelle universelle ». Une telle civilisation sonnerait le glas des droits de l’homme : « Le paradoxe impliqué par la perte des Droits de l’Homme, c’est que celle-ci survient au moment où une personne devient un être humain en général – sans profession, sans citoyenneté, sans opinion, sans actes par lesquels elle s’identifie et se particularise » : avant que le terme ne soit à la mode, Arendt décrit ici la mondialisation ou la globalisation, pour parler comme les anglo-saxons, c’est-à-dire la construction d’un monde d’hommes sans qualités, déracinés de toute appartenance à une communauté politique qui, seule, fait de l’homme un sujet. C’est pourquoi la personne « apparaît comme différente en général, ne représentant rien d’autre que sa propre et absolument unique individualité qui, en l’absence d’un monde commun où elle puisse s’exprimer et sur lequel elle puisse intervenir, perd toute signification. »
Le triomphe de l’individu intervient donc dans des conditions telles que l’individualité, la subjectivité, perd tout sens. Dans ce processus de « globalisation » que Hardt et Negri décrivent comme une rupture avec l’impérialisme classique et comme porteur d’un potentiel d’émancipation, Arendt voit, au contraire, l’achèvement des tendances totalitaires. Loin de réaliser l’universalité humaine, la destruction de l’État-nation ouvre la voie à une situation où « à force d’avoir imposé à des millions de gens des conditions de vie qui, en dépit des apparences sont les conditions de vie des sauvages », notre « civilisation globale » va se mettre à « produire des barbares nés dans son propre sein. » Ces nouveaux barbares que Hardt et Negri appellent de leurs vœux parce qu’ils sauront transgresser toutes les frontières (les frontières sexuelles, les frontières entre l’homme et la machine, y compris).
Negri et Hardt apportent un soutien inappréciable aux impérialismes réellement existants. En effet, si l’État-nation est l’horreur qu’ils dépeignent, les Algériens ou les Vietnamiens luttant contre les impérialismes français ou américain ont commis une erreur historique. Ils auraient mieux fait de laisser l’Empire se construire pour détruire définitivement toute nostalgie envers l’État-nation. L’antienne de Hardt-Negri est cependant assez ancienne. Déjà Guy Mollet organisait la guerre en Algérie au nom de l’internationalisme prolétarien : en se battant pour leur État-nation, les nationalistes algériens n’opposaient-ils pas les prolétariats algérien et français métropolitain ? Certes Negri et Hardt, sans doute pris d’un vague soupçon, introduisent sans crier gare la distinction entre l’État-nation (dictatorial par essence, selon eux) et le « nationalisme subalterne » qui serait progressiste, au moins partiellement. Il reste que, tout bien pesé, la « libération nationale » reste un « cadeau empoisonné », et le véritable moteur de tout le processus historique est « le désir déterritorialisant » (sic).
En réalité, la vision « negriste » est proprement idéologique au sens strict que Marx donne à l’idéologie comme représentation inversée de la réalité. Le processus de « mondialisation » que Negri nomme « empire » n’est pas une dilution progressive des États-nations mais leur réorganisation et leur subordination accrue à l’impérialisme dominant, celui des USA. Mais sous le nom de « gouvernance mondiale », ce sont ces rapports politiques réels qui sont masqués pour être soustrait aux influences désagréables de la lutte politique. L’État n’est nullement diminué (il suffit de jeter un œil sur l’évolution des « démocraties » occidentales pour s’en rendre compte) mais c’est un État qui s’affranchit de la « nation », c’est-à-dire des peuples.
Il est vrai par contre que la restructuration du capitalisme mondial exige la destruction d’un certain nombre d’États existants.
La fragmentation de nombreux États nés de l’implosion du système soviétique est hautement révélatrice. La fin de la Yougoslavie dans la tragédie que l’on sait en est l’archétype, mais tout le Caucase semble pris dans la même spirale.
L’ethnique prend le pas sur le national – avec l’aide active et intéressée des « grandes puissances », au premier chef les États-Unis. De ce point de vue tout n’est pas faux dans les thèses des partisans de la mondialisation. Mais là où ils voient une avancée positive, on peut au contraire déceler une ligne fondamentalement régressive, porteuse de nouveaux conflits et de nouveaux massacres. Nous, habitants de pays riches aux États stables, nous croyons être à l’abri de ce qui est arrivé au Rwanda, mettant ces tragédies sur le compte de l’arriération ou de la sauvagerie de populations non encore entrées dans la sphère de la modernité. C’est une erreur tragique. Les massacres au Rwanda, la guerre civile algérienne (qui a fait plus de 100.000 morts), les conflits endémiques au Soudan ou dans la région des grands lacs ne sont pas des conflits d’hier, mais des conflits d’aujourd’hui et peut-être même de demain. Ils découlent certes, pour une part, de la misère économique, mais aussi dans ce contexte économique de l’exaltation des différences communautaires contre les États-nations.
En Europe, l’Union européenne est le fer de lance de cette explosion des nations au profit des communautarismes régionalistes. Ainsi la Charte européenne des langues régionales constitue-t-elle un instrument dirigé directement contre les nations, prévoyant que les assemblées régionales puissent délibérer dans les langues régionales. Sont également encouragées toutes les coopérations transversales entre régions censées parler la même langue – par exemple entre la Généralité de Catalogne et le pays catalan en France. Le mot d’ordre préféré des Verts, « penser globalement, agir localement », est devenu une stratégie des pouvoirs en place. C’est la « glocalisation », c’est-à-dire l’insertion des particularismes locaux dans la globalisation marchande et financière et qui se trouve au cœur des réflexions sur la « nouvelle gouvernance mondiale ». Toutes ces idées font parties du bagage des Verts et autres variétés de « libertaires », mais elles ont eu surtout une application dans le développement de l’appareil répressif et du quadrillage policier du territoire. Loïc Wacquant et Jean-Pierre Garnier ont montré comme le démantèlement de l’État-providence au profit de la mondialisation s’accompagne de l’excroissance de l’État pénal au niveau local.
Perspectives de résistance et reconstruction du mouvement pour le socialisme/communisme
On comprend mieux pourquoi les luttes autour de la question de la nation sont en fait un des aspects essentiels des évolutions de fond du « système national-mondial » (pour reprendre ici l’expression de Michel Baud). Les deux référendums hostiles à l’UE (France, Pays-bas) mais aussi la dernière campagne présidentielle en France ont montré que le cadavre de la nation bouge encore. La nation apparaît, aux yeux des millions de citoyens, comme un moyen de résistance à l’empire, à l’inverse des spéculations de ceux qui voient dans la mise en place d’un empire mondial « a-national » la voie d’un nouvel avenir.
Si nous pensons que la perspective de l’émancipation sociale a encore un sens, il faut lui donner le cadre politique adéquat. Au motif que les forces productives (un concept au sujet duquel il y aurait beaucoup à dire) sont mondialisées et si les États s’interpénètrent, il ne s’en déduit pas que la construction du socialisme ne soit possible que dans un cadre supranational (européen par exemple) ou mondial, bien au contraire. À cela, je vois plusieurs raisons, des raisons à court et moyen terme et des raisons principielles.
I.Le cadre dans lequel les ouvriers et plus généralement le prolétariat salariat peut résister au rouleau compresseur de la mondialisation reste la nation, à la fois parce que les seuls espaces publics existants sont nationaux et parce que c’est seulement dans le cadre national que les revendications peuvent être prises en compte. Si on demande, par exemple, que le salaire minimum soit augmenté ou que soient défendus les régimes de retraite français, on ne peut pas attendre que monde entier soit convaincu que c’est une bonne idée pour le faire ! Les revendications pour une « Europe sociale » ont un côté parfaitement irréaliste. Bien plus, la satisfaction des revendications urgentes demande dans nombre de cas qu’on remette en cause les carcans multinationaux existants. La question se pose très concrètement : peut-on re-nationaliser ce qui doit l’être, restaurer les services publics, etc., sans violer le dogme de la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire sans regagner des marges de souveraineté nationale ? Même si la coopération européenne est une bonne chose en elle-même et si on ne peut pas souhaiter le retour au « concert des nations » à l’ancienne (version fin XIXe siècle !), il est nécessaire de regagner des marges de manœuvres pour les nations si on veut procéder à des réformes de structures un tant soit peu sérieuses. C’est à partir de là qu’on peut définir un programme de réformes de structures qui redonne de larges marges de manoeuvres aux nations sans détruire ce qu’il peut y avoir de positif dans la construction européenne. Dans mon Revive la République (Armand Colin, 2005) j’ai essayé d’esquisser un tel programme. Contre l’Europe fédérale, c’est-à-dire la création d’un super-État européen, il faut défendre l’idée d’une Europe confédérale, c’est-à-dire d’une union de nations libres. Cette union reposerait sur trois principes :
1) La constitution républicaine de chacun des États partie prenante de l’association, constitution républicaine étant entendu ici comme souveraineté populaire et séparation des pouvoirs et la reconnaissance des libertés individuelles.
2) La reconnaissance de la souveraineté de chaque nation qui reste libre de décider elle-même de son propre sort – y compris, le cas échéant de sortir de l’union et, en tout cas, de n’obéir qu’aux règles auxquelles elle a librement consenti. Il faudrait faire marcher la subsidiarité à l’envers: ne déléguer à l’union que ce qui est réellement avantageux de déléguer au niveau supérieur.
3) La reconnaissance de certains droits de citoyens européens à tous les ressortissants de l’union, comme, par exemple, la liberté de circulation, la liberté d’établissement, la liberté d’adopter une autre nationalité que sa nationalité d’origine en cas d’installation prolongée dans un autre pays et la possibilité de recours à une juridiction européenne pour faire respecter ses droits fondamentaux.
[deux contradictions émanent de ce « I » . L’auteur se défie de la revendication d’une Europe sociale et dans le même temps en appelle à une « autre » Union Européenne qui comporterait notamment des institutions juridiques(point « 3) »). Par ailleurs, il reconnaît la nation comme le cadre protecteur du prolétariat face à la mondialisation (j’ai mis plus haut la phrase en gras) et en même temps il est favorable à un droit du sol absolu et à un nomadisme intra-européen sans contraintes (en gras dans le « 3) »]
II.Au-delà de ces questions qui peuvent sembler un peu trop marquée par la conjoncture historique dans laquelle nous sommes, il me semble impossible de fixer le cadre mondial comme objectif de la construction socialiste.
Les nations ne sont pas des artifices dont on peut disposer au gré des décisions politiques. Elles ne sont pas non plus entités naturelles éternelles, je veux bien en convenir. Mais elles ont une durée, un enracinement dans la conscience des individus, elles sont les formes élémentaires d’existence d’une conscience collective, d’un sens du bien commun, en dehors desquels le socialisme est impensable. On rétorquera que le bien commun que poursuit le socialisme est un bien commun universel, ce qui est parfaitement exact. Mais c’est un universel abstrait. Entre l’intérêt particulier, celui de l’individu ou celui de ceux qui lui liés par les « liens du sang » et l’universel abstrait, la nation présente un « universel concret », une médiation qui donne à l’universalité sa réalité effective. Le mouvement ouvrier d’ailleurs avait fort bien compris cela, lui qui n’avait jamais pensé à la construction d’un État mondial, mais s’est toujours défini comme international, c’est-à-dire reposant sur l’amitié et la solidarité entre les nations.
Si on croit à la rapide extinction de l’État, ces questions sont évidemment sans intérêt. Mais comme l’extinction (ou le dépérissement) de l’État me semble une dangereuse utopie, la question de la taille de l’État n’est pas secondaire. Un « État mondial » s’il était possible serait tyrannique ou anarchique ainsi que le disait déjà Kant. Vouloir un État mondial c’est en effet avoir une confiance parfaitement irrationnelle, 1° en la sagesse des hommes qui n’useront pas d’un pouvoir démesuré et 2° en la capacité d’organisation de la bureaucratie. Sur ces deux points, l’expérience soviétique aurait pourtant dû nous vacciner (sauf si on pense que l’évolution dramatique de l’URSS était liée aux idées fausses de Lénine ou à la méchanceté de Staline). Mais si nous tirons les leçons de notre propre histoire, on doit admettre qu’une assez large dispersion des pouvoirs étatiques constitue une garantie minimale contre la reconstruction des tyrannies qui ont tant fait pour faire reculer et parfois détruire le mouvement ouvrier organisé.
Si nous ne perdons pas de vue le cap d’une révolution sociale, nous devons admettre que celle-ci doit être conçue comme une longue ère de transformations partielles, d’avancées et de reculs et non comme une guerre de mouvement dans laquelle d’un seul coup ou presque tout l’édifice du vieil monde s’écroulera comme dans la théorie de dominos. Gramsci avait opposé la guerre de position à la guerre de mouvement. La guerre de position est clairement conçue chez lui comme la conquête de l’hégémonie sur un plan national – avec tout ce que cela implique.
Denis Collin – le 6 octobre 2007.
(Ce texte a été prononcé lors du congrès "Marx international", dans le cadre de l'atelier consacré aux recherches théoriques sur le socialisme.)
Son pamphlet contre Lord Palmerston, un « best seller » de l’époque, réédité plusieurs fois, s’attaquait justement aux

