25.08.2008
Néo-fascisme et idéologie du désir

Dans cet ouvrage, le travail de Michel Clouscard consiste à dévoiler la collusion du libéralisme et de la pensée freudo-marxiste en vue d’imposer à la société française le nouveau mode de production capitaliste lié au marché du désir. Lorsque paraît « Néo-fascisme et idéologie du désir », les théories freudo-marxistes sont très à la mode et Clouscard s’empressera de montrer qu’elles ne sont qu’une caution libertaire du libéralisme. En effet, sous couvert de produire une rupture avec la société de consommation, la pensée freudo-marxiste présentée comme émancipation transgressive s’avèrera n’être qu’une des conditions majeures du développement de cette même société de consommation. En effet, son escamotage des rapports de classe témoignera d’une profonde allégeance à la nouvelle société du capitalisme avancé et à la nouvelle exploitation que cette dernière opère sur le prolétariat. La fonction première de cette idéologie du désir fut donc de briser la société traditionaliste et de promouvoir de nouvelles conduites libidinales, ludiques et marginales qui, tout en prétendant lutter contre lui, permirent la relance et l’expansion du capitalisme. Il s’est agi de cacher une terrible réalité : le redéploiement du capitalisme, loin d’intégrer le prolétariat à cette nouvelle société, n’a fait que l’en exclure encore un peu plus pour permettre à la classe dominante et notamment à la nouvelle petite-bourgeoisie, celle dont font partie les adeptes du freudo-marxisme, une nouvelle consommation libertaire et parasitaire. Les uns (le prolétariat) produisent le superflu, les autres (bourgeoisie, petite-bourgeoisie), grâce à l’exploitation de cette production, consomment le superflu. L’idéologie du désir, servant donc les intérêts de ceux qui la portent et la promeuvent, se charge de faire la publicité pour cette consommation parasitaire et ses nouvelles conduites qui impliquent le gaspillage.
Le freudo-marxisme est donc la proposition d’une forme particulière, d’un modèle particulier se proclamant universel et normatif et qui permet de gérer les moeurs d’une façon libertaire et progressiste pour camoufler l’oppression économique. C’est une révolution économico-esthétique qui systématise « la consommation transgressive pour atteindre la croissance maximale, implanter la réaction par le désordre moral, dissoudre les institutions de la Nation pour que le fonctionnement des multinationales devienne à la fois infrastructure et superstructure, seule instance productrice de la marchandise et du style de sa consommation, pour qu’enfin esthétique, marchandise, éthique soient une seule et même chose et règnent sur les individus massivement schizophrénisés, livrés aux dispersions transcendantales et aux participations panthéistes, par le plus fantastique déploiement de médias, de jeux, de drogues et de fêtes. »
Domrémy.
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04.08.2008
Nous et les autres

Le texte qui suit est une synthèse de l’ouvrage d’Alain de Benoist accompagnée de quelques commentaires. Il ne suit pas l’ordre chronologique de l’ouvrage mais rassemble en quelques grands ensembles les idées qui y sont développées.
Alain de Benoist, Nous et les autres, Editions KRISIS, 2006
note de lecture proposée par Domrémy (E&R)
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Introduction : la modernité libérale
« Le sujet désengagé est un être indépendant, en ce sens que la personne doit trouver en elle ses raisons d’être essentielles et ne doit plus se les laisser dicter par un ordre plus vaste auquel il appartient. » p. 15
Avec la pensée libérale et individualiste, c’est un nouveau sujet qui apparaît : un sujet indépendant et désengagé qui construit son identité à partir de sa seule intériorité. La modernité amène donc avec elle une problématique de l’identité. Les individus affranchis des circonstances de leur naissance doivent trouver des repères, doivent se réaliser eux-mêmes en dehors de tout héritage.
Construction de l’identité
S’interrogeant sur les déterminismes qui concourent à la formation de l’identité, AdB rappelle que si une identité peut être choisie (credo de la modernité), ce choix ne peut s’affranchir de l’influence d’une identité héritée. Dans ce même ordre d’idée, il ajoute que l’homme étant un animal social, l’identité est tributaire des relations interpersonnelles au sein d’une communauté d’appartenance. Ainsi : « Même si je me veux citoyen du monde, je ne peux exprimer cette option qu’en étant d’abord citoyen d’une partie du monde. Même si je m’éprouve comme n’étant de nulle part, je ne peux l’exprimer qu’à partir de quelque part. » L’identité est donc dialogique, elle se fonde à partir du rapport à l’autre. D’où la nécessité de maintenir les différences ; d’où la nécessité de respecter les identités des autres.
Avec cette notion d’identité héritée, on pourrait penser qu’AdB essentialise l’identité. Il n’en est rien. Pour lui, l’identité est dynamique, dialectique. Elle procède d’un choix [commentaire : un choix que je qualifierais de « conditionné »]. En effet, parmi les éléments qui nous sont donnés (naissance, histoire, langue…), nous avons à choisir ceux qui nous paraissent les plus importants, ceux qui sont plus déterminants que d’autres. Nous établissons des priorités. L’identité relève donc d’un choix subjectif [commentaire : il faudrait ici préciser que choix subjectif ne signifie pas choix libre ; que derrière ce choix subjectif il y a encore un arrière plan objectif ! On ne peut décidément pas échapper à tout héritage ! Et poser donc plus généralement la question du libre-arbitre – mais là c’est un autre sujet]. Choix subjectif parmi des critères objectifs. L’identité est donc en partie une histoire qu’on se raconte. Mais certains de ces critères relèvent tellement de l’être qu’ils ne laissent que peu de place à une évaluation et à une sélection par le désir (on pense ici à la langue héritée). Il n’empêche qu’il y a toujours un choix subjectif et donc AdB rejette tout essentialisme qui tendrait à figer l’identité en une substance immuable. Il dit même que cet essentialisme conduit tout droit au repli identitaire et à une sorte d’égoïsme, d’individualisme de groupe. Les individus sont alors dans le culte de la Mêmeté et ce repli ethnocentrique va alors de pair avec une homogénéisation du monde. [commentaire : AdB veut sans doute parler ici de la concurrence avec les autres communautés et de la volonté de domination qui peut accompagner ce repli]
Problèmes actuels
Quelles sont les conséquences de cette nouvelle donne en matière de construction identitaire ?
Identités particulières et République
La modernité a donné lieu à une identité plus englobante : l’identité nationale. Celle-ci se base sur un « savoir commun » qui comporte une part de fantasme (l’histoire qu’on se raconte). Mais quoi qu’en disent les critiques de l’identité nationale, cette histoire qu’on se raconte semble indispensable à la vie du groupe. Seulement, l’histoire de l’identité nationale c’est aussi celle du jacobinisme républicain face aux identités particulières. Sur cette question, AdB, s’il condamne l’assimilationnisme de type jacobin, semble se cantonner dans une situation intermédiaire qui prône le non empiètement d’une identité sur l’autre. Il préconise une loi commune grâce à laquelle l’identité nationale se construirait sur les identités particulières, englobant ces dernières sans pour autant porter atteinte à leur existence.
[commentaire : AdB est à la fois opposé à tout jacobinisme et en même temps reconnaît la nécessité d’une identité plus englobante. Sur cette question, il reste finalement au stade des généralités et bien souvent on ne voit pas comment dans les faits se traduit cette articulation des identités particulières avec l’identité nationale ; la réponse reste en suspens. Cette absence de développement est probablement liée au format du livre qui s’apparente plus à un opuscule qui ouvre à la problématique de l’identité plutôt qu’à une somme qui traiterait exhaustivement le sujet]
Communautarisme et République
C’est moins le phénomène communautariste qui gêne AdB que la naissance en son sein de communautés imposées, de communautés factices. Il fustige ainsi les « caricatures d’appartenance » et le fait que du droit à la différence on glisse vers souvent vers le devoir d’appartenance. Sur cette question, la position d’AdB est claire. Pour lui, le communautarisme ne menace aucunement la République et n’affaiblit pas la Nation. Il est un symptôme logique du « jacobinisme ambiant », du dysfonctionnement de la République. C’est le délitement de la République qui produit le communautarisme et non l’inverse.[commentaire 1 : nous sommes ici dans l’histoire de « qui de l’œuf ou de la poule ? »]
[commentaire 2: lorsque AdB parle de la République, veut-il dire ici « la neutralité libérale inhérente au modèle républicain » ? Est-ce que AdB sous entend que ce dysfonctionnement, ce délitement est inscrit dans les « gênes » du modèle républicain ou simplement que ce modèle est dévoyé ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?]
[commentaire 3 : AdB semble favorable à un fédéralisme du type des Länder allemands et hostile à tout centralisme du pouvoir. La question est de savoir à quel moment une politique fédéraliste donnant de plus en plus en plus d’autonomie aux entités régionales ne cache pas un projet de balkanisation tendant à affaiblir l’Etat-nation et à conduire à une situation d’inégalité entre les composantes de celui-ci]
Ceci étant dit, AdB fait la distinction entre les groupes identitaires et les groupes d’intérêt (les lobbys), maintenant que seuls les seconds sont une menace pour la République [commentaire : le problème est que certains groupes identitaires sont de véritables groupes d’intérêt et qu’ils entrent en concurrence les uns avec les autres. AdB élude la question du jeu des rapports de force entre ces communautés et le préjudice de cette concurrence pour la République]
Destruction de l’identité
C’est le problème actuel majeur. Dans un monde dominé par un seul grand récit, celui du Marché, les frontières disparaissent, les « chez soi » n’existent plus, les langues nationales sont appauvries, les différences s’estompent. Une grande partie des critères qui président à la construction de l’identité sont donc mis à mal. Dans ce monde dominé par le Marché, le symbolique et le sens qui en découle sont éradiqués ; l’identité particulière, enracinée ne vaut rien. En lieu et place de l’identité charnelle et spirituelle, la société marchande impose les marques, les logos, les panoplies identitaires qui ne sont que des segments de marché. La part du choix « subjectif » dans la construction de l’identité n’a jamais été aussi forte puisque les individus peuvent désormais puiser à des sources artificielles et éloignées de toute réalité humaine. Et le phénomène est particulièrement délétère puisque cette liquidation de tout garant symbolique détruit du même coup tout ce qui faisait lien entre les individus et qui constituait un élément décisif dans le processus identitaire. A partir de là, c’est un mécanisme implacable qui est en route puisqu’il engendre une véritable mutation anthropologique.
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