16.12.2008

Miss Fwance

MISS FWANCE

 

UN
BILLET
de
PAUL DAUTRANS

A propos de :
Tu suces ?


16-12-2008

Nous avons une miss France métisse.

C’est sûr que ça va tout changer.

Moi, je m’en fous.

Qu’est-ce que vous voulez que ça me fiche, de savoir quelle créature formatée la mafia des miss propose à l’adoration du public des veaux

Apparemment, le public avait voté plutôt pour une Miss Lorraine. Une Blanche, avec des yeux bleus. Une jeune fille française d’aujourd’hui, c'est-à-dire profondément inintéressante. On apprend, sur le site de « Miss France », que l’œuvre qui l’a plus marquée, c’est : « Le Diable s’habille en Prada ». Les autres candidates les mêmes goûts : « Parce que je t'aime » de Musso (miss Rhône Alpes), « Et si c'était vrai » de Marc Levy (miss Artois Hainaut), « Une vérité qui dérange » d'Al Gore (miss Flandres), « Où on va papa ? » de Fournier (miss Ile-de-France). Quelques-unes ont cité « Mesrine », le film. Ça doit être le dernier qu’elles aient vu.

Le juré des « personnalités », lui, a choisi miss Albigeois Midi Pyrénées, une métisse Noir/Blanc. Elle fait partie des cervelles de moineau sur lesquelles s’est temporairement imprimée l’image de l’ennemi public numéro un (lequel aura probablement défouraillé sans complexe sur le jury, le public et même, qui sait, sur une ou deux miss, la galanterie se perd).

Cette miss à peau sombre, à part sa couleur, rien ne la distingue dans le lot. La femme qu’elle admire le plus est Halle Berry. Son sport, c’est le parapente. Son « réflexe beauté », c’est le mascara et le blush. Et puis être naturelle, aussi. Cette fille est un pur produit du système, zéro défaut, parfaitement formaté. Comme d’ailleurs toutes les autres candidates. Ni plus ni moins. Son truc, dans la vie, telle que je la pressens, c’est consommer et être belle. Comme toutes les autres candidates.

Sur le site de miss France, il y a quantité de commentaires d’internautes. Dans l’ensemble, l’écho est défavorable. D’aucuns trouvent que ce veau froid-là est moins mignon qu’un autre veau froid, beaucoup râlent à mots couverts contre la dictature du politiquement correct, qui a voulu que miss France ait la peau brune. Et pourquoi que c’est le jury qui tranche, hein ? Ils contestent, les gueux. Forts de leur statut de téléspectateurs avachis, ils exigent que vox populi, vox dei, non mais alors !

C’est d’un ridicule…

Un pays capable de se passionner pour l’élection du produit le mieux formaté n’a de toute façon plus aucun intérêt. De quoi ils se plaignent, tous ces gens ? De ce que « miss France », la « miss » qui représente la France, n’ait pas la peau blanche ? Mais mes petits agneaux, la première question à se poser, c’est : est-ce que c’est à une « miss » de représenter la France ?

Pour moi, l’élection de « miss France », c’est un de ces moments déprimants où le système démontre son aptitude à imprégner l’esprit collectif. D’abord, il y a le concept même de « miss ». Ce mot anglais vidé de son sens n’exprime, à bien y réfléchir, que la prédominance du type humain de la « jeune fille » dans nos sociétés réduites à l’impératif de jouissance, condamnées à l’inconscience, enfermées dans l’instantanéité. Fantasme de jeunesse, individualisme narcissique, je ne vous inflige pas le topo complet : nous le connaissons tous.

Oui, vraiment, de quoi ils se plaignent, tous ? De ce qu’un système réduit à l’autopromotion hystérique des fausses valeurs commerciales se choisisse comme porte-drapeau l’individu le plus déraciné, le plus artificiel, le plus coupé du substrat charnel du peuple ? Autant s’étonner qu’un unijambiste marche à cloche-pied. Comme tout le reste du système médiatique, le concours « miss France » est un instrument de conditionnement des masses. Ce conditionnement est fait pour que le populo prenne l’habitude de croire que le type humain à admirer, et donc à imiter, c’est la « miss » : voilà le vrai scandale. Que cette miss, métisse, ne représente pas l’archétype féminin que le Français « de souche » a intériorisé, en revanche, n’a rien d’une nouvelleté insupportable. C’est tout au plus un changement de vitesse.

Cela fait des décennies que les veaux se laissent bourrer le crâne avec cette idée stupide que la femme, c’est la jeune fille – pas la mère, pas l’épouse, pas la travailleuse qui, jadis, tenait le ménage au moins autant que son fainéant de mari. Voilà le vrai problème.

Jusque-là, le troupeau immense du bétail humain a gentiment suivi ses mauvais bergers, mais maintenant qu’on leur inflige une idole qui leur ressemble un peu moins, ces ilotes crétinisés le prennent de haut. Et les veaux de mugir que ce n’est pas normal, que c’est à eux de choisir qui ils adoreront.

Je trouve très comiques ces imbéciles qui se font conditionner depuis si longtemps avec une passivité quasiment complice, et qui, soudain, beugle que le concours était truqué. Mais pauvres truffes, le concours a toujours été truqué ! Il est un trucage en lui-même, c’est son essence. Si au moins, à la faveur de ce crime de lèse-jeune fille pâlichonne, vous pouviez vous réveiller et réaliser à quel point vous êtes pathétiques, avec vos concours de miss France et tout le folklore commercialo-débilissime qui vous sert de prêt-à-ne-pas-penser ! Mais non : dans un an, on vous donnera une autre nunuche bien balancée, blanche celle-là, et vous serez heureux.

Il fut un temps où la France, c’était Jeanne d’Arc en armes. Maintenant, c’est une miss colorisée. Faudra vous y faire, les citoyens-téléspectateurs payants : vous avez chopé la mentalité des miss, alors vous n’avez pas fini de vous faire mettre.

Bien fait pour vos gueules, bande de cons.

 


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