21.02.2009

PIER PAOLO PASOLINI - DOSSIER

 

PIER PAOLO PASOLINI

 

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Pasolini devant la tombe de Gramsci à Rome (1961)

 

« Pier Paolo Pasolini fut à la fois païen et judéo-chrétien »
(Philippe Sollers, Pasolini, Sade, Saint Matthieu)

« Cette révolution capitaliste, du point de vue anthropologique,
c'est-à-dire quant à la fondation d'une nouvelle « culture »,
exige des hommes dépourvus de liens avec
le passé (qui comportait l'épargne et le moralisme). »

« Songe que la caractéristique la plus intransigeante
de la « première véritable et grande révolution de droite »
réside dans son pouvoir de destruction : sa première exigence
est de faire place nette d'un univers moral
qui l'empêche de s'étendre »

« Le fascisme peut revenir sur la scène
à condition qu'il s'appelle antifascisme »

(P.P. Pasolini, Lettres Luthériennes)

 

Durant l'année 1975, dernière année de sa vie, Pasolini, âgé de 53 ans, écrit dans le quotidien « Il Corriere della Sera». Dans les « Lettres Luthériennes », il compile ses articles et les adresse à un jeune homme imaginaire en vue de faire son éducation sociale et politique. Ce « petit traité pédagogique » s'intéresse essentiellement à la jeunesse et à ses rapports aux valeurs ; il décrit la nouvelle culture liée à un nouveau pouvoir qui se met en place, nouveau pouvoir lui-même associé à un nouveau mode de production. Et cette nouvelle culture s'avère être une culture du vide intérieur qui produit un nouveau type d'homme dégradé. Pasolini souligne la rapidité et la radicalité de cette mutation anthropologique : la même jeunesse prolétarienne et sous-prolétarienne qu'il trouvait encore sympathique 10 ans auparavant, ne trouve aujourd'hui plus grâce à ses yeux. Elle a changé. Elle est odieuse, triste, névrosée, incertaine, petite-bourgeoise. Elle a abandonné tout ce qui faisait sa spécificité, toute sa culture qui lui « donnait des gestes, une mimique, des mots, un comportement, un savoir, des critères de jugement ». Elle cherche désormais à imiter les « fils à papa » avec leur hédonisme minable d'un univers sans valeurs et elle a aujourd'hui honte de ce dont hier elle était fière. Pasolini n'hésite pas à parler de génocide envers cette jeunesse prolétarienne d'hier, affirmation d'ailleurs extensible à toute la jeunesse italienne. La société de consommation a en effet quasiment rayé de la surface de la terre tous ces personnages qui hier étaient vivants et debout et suscitaient encore l'admiration du cinéaste. Certes, Pasolini trouve encore à l'époque dans la jeunesse du Parti Communiste Italien quelques îlots de résistance, mais il sent cette résistance fragile et en passe d'être elle aussi gangrenée par la nouvelle peste idéologique.

Les lettres luthériennes devraient donc résonner aujourd'hui et plus que jamais aux oreilles des jeunes français attachés aux valeurs et aux traditions et qui constatent chaque jour, au sein de leur propre classe d'âge, les ravages opérés par la machine libérale. Cette machine s'est mise en branle à partir des années 60 et depuis elle n'a eu de cesse d'avilir les générations. Déresponsabilisation, avachissement, féminisation des corps et des esprits, dénaturation, dépolitisation, précarisation physique et mentale, uniformisation, sidération envers le vide, abrutissement, déshumanisation, promotion de la bêtise, la machine libérale-libertaire tire tout vers le bas, elle ne veut qu'une chose : une jeunesse sans forme, docile, un principe passif prêt à accepter toutes les ignominies dont on le gave. Pasolini a assisté aux premiers coups de boutoir de la machine à broyer les individus et déjà il lui semblait que presque personne dans la jeunesse n'était épargné. Alors, trente ans après ce constat inquiétant, qui sont ceux aujourd'hui qui résistent conséquemment au Léviathan destructeur des âmes, des cœurs et des corps ? Où Pasolini reconnaîtrait-il aujourd'hui ceux qui luttent et veulent, encore et coûte que coûte, demeurer vivants et se tenir debout ? Débuts de réponse dans le dossier qui suit.

Stéphane Peyral (E&R Aquitaine)

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ARTICLES DU DOSSIER

►Pier Paolo Pasolini le redoutable visionnaire : Les lettres luthériennes
(par Christophe Viscard, E&R Aquitaine)

►Pasolini, un réfractaire exemplaire (par Guy Scarpetta, Le Monde Diplomatique, 2007)

►La modernité comme « processus d'intégration à la bourgeoisie » (par François Bousquet, Eléments, 2007)


PIER PAOLO PASOLINI - DOSSIER (format Word) :

P.P. Pasolini - Lettres luthériennes + Dossier.doc

 

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Pasolini (tournage de L’évangile selon St Matthieu (1965). Collection A. Gauvin.)

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