29.06.2007
E&R, l'Islam, la France - 2 -
E&R, l'Islam, la France
Chose extraordinaire, ce moment où l’Occident envahit tout est celui que certains choisissent pour dénoncer, comme un péril qui les remplit d’épouvante, une prétendue pénétration d’idées orientales dans ce même Occident ; qu’est-ce encore que cette nouvelle aberration ?
(René Guénon, La crise du monde moderne, 1946)

Il s'avère délicat d'avancer sur le terrain politique avec des positions qui ne sont pas conformes aux figures imposées ; cela dérange. On se heurte souvent à l'incompréhension, si ce n'est à la mauvaise foi, et on finit par se faire attaquer de toutes parts par ceux qui précisément ne jurent que par des « catégories essentialisées ». Il nous paraît ainsi utile, notamment dans la perspective de la conférence que nous organisons au mois d'avril*, d'exposer à nouveau notre position vis-à-vis de l'Islam en France. Nous rappelons au passage que cette question de l'Islam vient s'ajouter à de nombreuses autres problématiques qui nous occupent ; elle n'est en aucun cas notre principal cheval de bataille.
Sur le constat, nous ne cédons ni aux jugements faussement naïfs et manipulateurs pour lesquels l'Islam ne poserait aucun problème, ni aux vues alarmistes selon lesquelles un Islam radical envahirait la France. Nous considérons que la présence en France de quelques millions de musulmans pose des interrogations légitimes au peuple français traditionnellement helleno-chrétien. Aussi, avons-nous le devoir d'aborder cette question de la manière la plus conséquente et la plus pacifique qui soit.
Que ceux qui d'un côté ne sont pas convaincus de l'existence d'un problème imaginent une situation inverse dans laquelle des millions de chrétiens s'installeraient dans un pays à dominante musulmane. Mais évidemment, l'idée que la France ne soit plus la France laisse probablement de nombreuses personnes indifférentes, trop occupées qu'elles sont à s'émouvoir du sort de la nation tibétaine ou israélienne.
Que ceux qui d'autre part pensent la nation française en voie d'islamisation se posent les questions suivantes : est- ce que nos modes de vie s'islamisent ? Est-ce que notre nourriture s'islamise ? Est-ce que nos maisons s'islamisent ? Est-ce que nos tenues vestimentaires s'islamisent ? Est-ce que notre industrie et notre agriculture s'islamisent ? On voit bien ici qu'il n'y a d'islamisation que celle des musulmans potentiels, les autorités religieuses musulmanes ne faisant qu'assumer la mission qui leur incombe. Et il faut encore relativiser cette islamisation « naturelle » tant le processus de sécularisation va grandissant parmi les populations potentiellement musulmanes. En réalité, là où certains voient l'islamisation, il n'y a surtout que l'occidentalisation « modernante » du mondialisme américanocentré. Et ce ne sont pas les quelques cas spectaculaires bien mis en avant aux infos qui doivent nous égarer (il y a encore des naïfs pour croire que le pays médiatique est le pays réel). La pratique religieuse des musulmans de France est en stagnation et reste faible. Et le fantasme fayen de l'Islam parti en conquête par le ventre de ses femmes est contredit dans les faits par un alignement de la natalité des populations musulmanes sur la moyenne de la population (2 enfants par femme). Nous avons donc ici un Islam fantasmé et une vision conditionnée par le biaisement médiatique.
Ainsi, concernant l'attitude à adopter face à l'Islam en France, nous rejetons plusieurs positionnements qui nous semblent aller à l'encontre du notre. Ils alimentent en effet la théorie du « choc des civilisations » sur laquelle s'appuie l'impérialisme américain. Ce sont des discours qui fustigent directement ou de manière plus insidieuse la foi de nos compatriotes musulmans en entretenant la confusion entre Islam et fondamentalisme islamique.
D'une part, nous ne cherchons pas à taper sur l'épaule de notre « pote » musulman pour l'inviter à notre grande orgie « laïcarde et modernante » castratrice de toute transcendance. Cette position occidentaliste veut des musulmans émancipés et surtout émancipés d'un Islam prétendument archaïque et réactionnaire. De ce fait, ils seraient enclins à participer à la grande messe consumériste et au grand métissage hexagonal. Ils seraient également perméables à toute forme d'instrumentalisation orchestrée par la puissance atlanto-libérale. Cette option ne rencontre donc absolument pas nos faveurs. D'autre part, l'autre idée qui consisterait à renvoyer notre compatriote musulman dans des sables qui ne l'ont même pas vu naître nous paraît moralement indigne ; elle présente de surcroît l'immense inconvénient de servir les forces que ceux qui la professent prétendent pourtant combattre. En effet, irréalisable sur le plan pratique, à moins d'engager une guerre civile dans laquelle les vainqueurs sont déjà connus, ce lobbying se contente d'alimenter les tensions, de plonger la nation dans un climat pré-insurrectionnel, n'offrant en définitive aucune perspective politique cohérente et conséquente pour lutter contre le projet mondialiste. L'implantation de l'Islam en France, par le biais de l'immigration massive, est en effet une incidente du projet mondialiste de démantèlement des peuples et des nations. Le « choc des civilisations » dérivant d'un communautarisme individualiste est l'éternel divide et impera par lequel aujourd'hui le mondialisme américanocentré étend sa domination. S'en prendre aux français musulmans, c'est donc servir le mondialisme. De plus, ici nous parlons concrètement de plusieurs millions de personnes dont certaines sont en France depuis plusieurs générations. Vouloir renvoyer hors de France presque 6 millions de personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, est un « projet » qui nous paraît inconcevable dans les faits ainsi que dangereux et inconséquent dans sa seule intention. Créer un Gaza au cœur de l'Hexagone est tout simplement une folie. Et faut-il rappeler que Charles Martel à Poitiers ou la Sainte Ligue à Lépante affrontaient quelques dizaines de milliers de soldats ottomans en conquête et non des femmes et des enfants français ? Faut-il également rappeler que la France, Fille ainée de l'Eglise n'était même pas présente à Lépante parce qu' alors alliée ....des Ottomans !?
Pour finir, nous rejetons également la combinaison insidieuse et ambiguë des deux positions que nous venons d'évoquer, mixte de colonisation et de rejet. C'est une orientation qui dans les faits oscille entre l'occidentalisation et la menace d'expulsion et qui en même temps brandit cette menace pour mieux occidentaliser. Cette façon de faire, que nous pourrions qualifier d'ethno-atlantiste, est défendue par les forces d'inspiration néoconservatrice aujourd'hui au pouvoir en France. Et on voit donc bien ici pourquoi ceux à droite et à gauche qui prétendent pourtant s'opposer au pouvoir ne font en définitive qu'alimenter respectivement les deux versants de sa politique vis-à-vis de l'Islam -colonisation pour la Gauche, menace d'expulsion pour la Droite- et ne font ainsi que servir ce pouvoir.
C'est pourquoi, à Egalité et Réconciliation, nous luttons contre le colonialisme du Marché, colonialisme de « gauche » laïcard et hédoniste (culturel-idéologique) qui cautionne et fait le lit du colonialisme de « droite » financier et racialiste. Ici, certains acteurs politiques de droite, voulant à tout prix surmonter ou camoufler leur contradiction interne affirment haut et fort ne servir personne et ne vouloir donc « Ni Mac Do, ni kebab ». Nous leur rappelons la chose suivante. En pleine guerre froide, cette droite d'inspiration catholique et souverainiste agitait en France le spectre menaçant de l'Armée Rouge tout en serinant le fameux « ni trust, ni soviet ». Mais pour n'avoir pas réalisé la jonction avec la plus grande partie de la Nation, peuple des ouvriers et des employés y compris donc peuple rouge, elle a récolté au final le trust. Aujourd'hui, cette même droite brandit comme nouvel épouvantail le spectre menaçant de l'Armée Verte et son nouveau slogan est « ni Mac Do, ni mosquée ». Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre que faute d'une jonction avec la même grande partie de la Nation constituée des ouvriers et des employés et donc incluant le peuple vert, elle récoltera cette fois le Mac Do. Et certes, on admettra qu'aucune des deux propositions du slogan n'est le modèle français mais, comme dans tous les combats, il est nécessaire de faire des alliances pour gagner. L'histoire de France n'est faite que de cela : des alliances pour sauver la souveraineté et l'unité du « royaume de France ».
Car c'est un véritable projet de soumission de l'Islam au nouvel ordre mondial que mettent en place nos adversaires. Eux n'hésitent pas à faire des alliances. Il sont dans le « Et ...et... ». Si en face, certains s'arc-boutent sur le « Ni..., ni... », ils auront et l'atlanto-sionisme et un Islam « low cost » contre eux, tous deux anti-français et anti-européens. Cet Islam « low cost », c'est un processus de transformation et d'utilisation du français musulman. Ce dernier doit désormais se convertir à la religion du faux pendant que le colon capitaliste fait croire au bon peuple qu'il se radicalise dans l'intégrisme du vrai. Aujourd'hui, en ces temps de crise mondiale aggravée, le colon capitaliste doit prendre ses précautions. Certes il doit continuer à promouvoir la communion de tous dans le culte du faux et de la trahison. Mais il doit également veiller à ce que les tensions qui risquent résulter de la crise ne trouvent pas une échappatoire verticale mais horizontale. Le colon capitaliste est donc tiraillé entre la nécessité de continuer à coloniser mentalement le musulman et de l'intégrer à sa société du faux tout en lui conservant un petit air de vrai, un petit air « alquaïdesque » qui servira, dans l'éventualité d'une agitation populaire par trop prononcée, à lui coller une étoile verte sur la poitrine. La radicalisation simulée du musulman est ainsi proportionnelle à l'insécurité du colon capitaliste. L'avantage en l'espèce étant de faire passer cette radicalisation pour une cause de l'insécurité alors qu'elle n'est qu'une conséquence doublée d'un leurre. C'est un double larbinage que doit assumer le musulman donc. Et pour éviter tout dérapage dans le vrai, le colon a prévenu : oui au petit chahut utile, mais que le musulman ne s'avise pas de rejeter viscéralement l'institution, auquel cas la gégène reprendra du service pour le mater et le dresser ! Ainsi, pour en revenir aux positions d'une certaine droite identitaire qui s'arc-boute sur son « ni Mac Do, ni kebab », ne faisant donc que servir le système, elle doit être consciente qu'à la façon dont il marchandise et muséifie la culture française et la religion catholique, le mondialisme marchand les débarrassera certainement un jour de l'Islam ; il leur offrira, pour services rendus, des Mac Do Hallal et des Hijab Naf-Naf et pour la communion solennelle de leurs enfants, une jolie panoplie de rappeur gangsta du Bronx ou le string fluo de la dernière pétasse à la mode. Car ce n'est pas l'Islam qui dominera la France, car aujourd'hui en termes de pratique, elle est en fait la troisième religion de France, les deux premières étant, le catholicisme puis de plus en plus largement en tête la religion du Marché.
Comme nous l'avons dit, le projet atlanto-sioniste vise donc à empêcher toute alliance, toute convergence de l'Islam avec des forces qui luttent contre le nouvel ordre mondial qu'il instaure. Cette politique ambitionne chez nous un projet communautariste et inégalitaire dans lequel le pouvoir politique joue le double jeu de l'intégration et du rejet, de la bienveillance et de la menace, en étant donc à la fois la main qui nourrit et celle qui peut punir. A Egalité et Réconciliation, tout en étant conscient de la nécessité d'insuffler une dynamique au concept de laïcité, nous ne souscrivons pas pour autant au projet d'une laïcité positive qui consisterait, selon des intérêts bien compris, à concéder à la foi de notre compatriote musulman une place plus ou moins importante que celle exigée par les lois républicaines. Notre position est donc claire. Nous souhaitons aborder la question de l'Islam en France en tant que Français et non en tant qu'Allemands ou Anglais. Et la manière toute française d'affronter les défis est celle qui recourre au courage et à l'intelligence et qui n'a de cesse de viser l'unité et la paix du « royaume ». Agir en français, c'est se conduire en artisans de paix et d'unité comme le firent de grandes figures de l'histoire de notre Nation. En période de crise, ces grands personnages ont permis à la France de poursuivre sa construction et de perdurer ainsi depuis plus de 1500 ans. Comme nous ne voulons pas que cette histoire s'arrête, nous ne cautionnerons pas les ennemis de toujours du peuple de France, à savoir : l'utilitarisme du dieu Argent et l'individualisme bourgeois aujourd'hui incarnés par la logique du Marché et l'idéologie ethno-atlantiste. Ne comptez donc pas sur nous pour faire la guerre aux français, musulmans ou autres, qui partagent notre « weltanschauung ». Nos éthiques et nos valeurs prévaudront sur nos intérêts individuels et nos intérêts de classe. Et nous ne nous départirons pas de l'idée exprimée en son temps par Jacques Bainville que la France est une « œuvre de l'intelligence et de la volonté » et que « la France c'est beaucoup mieux qu'une race : c'est une nation ».
version longue par Stéphane - E&R Aquitaine.
* « Français, musulman et patriote », pourquoi la Gauche antiraciste et la Droite islamophobe n'en veulent pas ? - Conférence-débat - samedi 18 avril, Athénée Municipale, Bordeaux.
18:37 Publié dans Conférences-Textes-Discours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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