25.04.2009

Quatorze questions à Alain de Benoist

adbenoist.jpgAlain de Benoist bonjour, et merci d'accepter de répondre aux questions de Dissonnance, pourriez vous synthétiser votre parcours très varié au sein de la scène intellectuelle et philosophique Francaise ?

On ne résume pas en quelques lignes un itinéraire intellectuel d’un demi-siècle. Je suis écrivain, journaliste, philosophe aussi. J’ai beaucoup publié, en France comme à l’étranger. Je dirige également deux revues que j’ai créées, l’une (Nouvelle Ecole) en 1968, l’autre (Krisis) en 1988. Mes domaines de prédilection sont l’histoire des idées et la philosophie politique. Je n’appartiens à aucun parti ou mouvement politique, et ne souhaite appartenir à aucun. Dans l’époque de transition qui constitue notre actuel horizon, j’essaie de tenir le mieux possible le rôle que tout intellectuel digne de ce nom devrait s’assigner : mieux comprendre et faire comprendre le monde où nous vivons.

Quelle est votre vision de la scène politique francaise actuelle, Thierry Meyssan disait récemment dans une interview que "Sarkosy n'était ni de droite, ni de gauche mais voulait faire comme les Yankees". Pensez vous que l'avenir politique des sociales démocraties Européennes soit sur le modèle Américain à savoir "deux candidats élus par des primaires (illusion de démocratie) et qui au global défendent les mêmes idées" ?

Que les candidats qui se présentent aux élections soient ou non désignés d’abord dans des « primaires » est à mon avis un détail complètement sans intérêt. La scène politique française actuelle, comme la plupart des scènes politiques occidentales, est une scène pré-codée. Cela signifie que seuls ont la possibilité d’accéder au pouvoir ceux dont on sait par avance qu’ils n’ont nullement l’intention de changer (ou de tenter de changer) les fondements d’une société aujourd’hui dominée de part en part par l’idéologie de la marchandise. De ce point de vue, il n’y a plus aujourd’hui d’alternative. L’alternative a été remplacée par l’alternance, avec pour conséquence une déception permanente des masses populaires, une crise généralisée de la représentation et un fossé qui ne cesse de se creuser entre le peuple et la Nouvelle Classe politico-médiatique.

Vous avez une bonne connaissance politique, je voudrais soulever le point des extrêmes dans notre pays : on a souvent l'impression que le FN n'était qu'une bouée (pour une grande majorité d'électeurs frustrés) qui faisait tout le temps "le grand écart" (absence de programme économique claire, prises de positions géopolitiques contradictoires, incapacités de bien gérer des mairies etc etc..) mais maintenu soudé et en position de force par son président, Jean Marie Le Pen. Alors que de nouvelles lignes politiques se dessinent à l'intérieur de même de cette mouvance nationale (Soral qui joue sur un souverainisme beu blanc rouge et sur l'anti-sionisme, ou les identitaires bien au contraire anti jacobins et régio-européens) ... Comment envisagez vous l'après Le Pen ? L'extrême gauche également semble en reformation, après l'effondrement du PC et la non percée des LCR, PT et LO et la naissance du NRA sponsorisé par Drucker ... On dirait que cette mouvance est totalement incapable d'emprunter le boulevard qui pourtant s'offre à elle (précarisation sociale, la crise financière etc etc). Est ce que ces deux "non évenements" ne seraient pas liés et finalement une "preuve" de l'absence totale d'opposition au "système" (les partis libéraux de l'établissement) ?

Le Front national a obtenu certains succès dans le passé grâce à l’addition de deux électorats assez différents : un électorat populaire, principalement ouvrier, et un électorat provenant des couches moyennes et inférieurs des classes moyennes et de la petite-bourgeoisie. Ce deuxième électorat l’a abandonné lors de l’élection présidentielle de 2007 pour se rallier à Nicolas Sarkozy. Il est aujourd’hui déçu, mais cela ne le pousse pas à revenir au FN. Ce dernier, de son côté, n’a jamais tiré la leçon de son succès auprès des classes populaires. Les ouvriers sont remarquablement absents de ses instances dirigeantes. L’usure du parti, sa banalisation dans le paysage politique, l’âge de son chef, ses divisions incessantes, expliquent sa stagnation actuelle. L’après-Le Pen a toutes chances de voir le FN se couper définitivement en deux, avant d’être de plus en plus marginalisé.

L’extrême gauche bénéficie, dans un contexte de crise sociale aggravée, de l’espace que lui ont ouvert le ralliement du parti socialiste à la société de marché et la social-démocratisation du PC, qui n’est plus aujourd’hui qu’un fantôme. Même dans ce contexte, pourtant, elle ne marque pas autant de points qu’elle le devrait. La raison principale en est que le peuple ne se reconnaît pas dans ses prises de position. La gauche radicale, en particulier, se garde bien de reprocher au patronat de faire des immigrés un armée de réserve du capital, permettant de peser à la baisse sur les salaires des autochtones. C’est la raison pour laquelle Olivier Besancenot, pour ne citer que lui, connaît un succès médiatique qui ne se vérifie pas dans les urnes. Le pouvoir place utilise par ailleurs Besancenot et ses amis pour diviser la gauche, de la même façon que François Mitterrand avait utilisé le Front national pour diviser la droite. On en revient donc toujours au même constat : le peuple ne dispose aujourd’hui d’aucun parti dans lequel il puisse se reconnaître.

Nous parlions de la gauche et de la droite radicale, qui empruntent souvent à la réthorique anti-européenne ou souverainiste. Ce mot à t'il un sens à l'heure de la mondialisation ? La France a t'elle une chance de survivre (démographiquement, culturellement, économiquement) sans l'Europe ? Quelle est l'avenir des nations Européenne d'après vous ?

Les souverainistes sont des gens très sympathiques, dont je partage certaines positions (vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique ou de la bureaucratie bruxelloise, par exemple), mais ils n’ont pas encore saisi que nous avons changé d’époque. L’Etat-nation, qui avait été la forme politique privilégiée à l’époque de la modernité, est entré désormais dans une crise irréversible. Il est aujourd’hui dépassé par le haut (par la montée des emprises planétaires) comme par le bas (par l’émergence des réseaux et de communautés, le localisme, les exigences quotidiennes des citoyens). L’avenir n’est plus aux Etats nationaux, mais aux grands ensembles continentaux, aux creusets de culture et de civilisation, seuls capables de réguler la mondialisation et de constituer des pôles actifs dans un monde multipolaire.

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14 QUESTIONS A ALAIN DE BENOIST

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