04.07.2008

COLOMBIE - histoire de la guérilla

9 avril 2008

Retour sur l’histoire d’un pays dont les médias ont beaucoup parlé mais généralement pour ne rien dire...

 

Colombie : Cinquante ans de violence

LEECH Garry

 

[ REPRISE D’ARTICLE PARU SUR RISAL : ] Nous publions ci-dessous une traduction du rapport "Colombia : Fifty Years of Violence", écrit en 1999 par Gary Leech pour le Colombia Journal (anciennement Colombia Report). Si ce texte date déjà de plusieurs années, il donne néanmoins aux lecteurs de nombreuses données sur l’histoire de la Colombie et des éléments de compréhension de la tragique actualité du conflit armé interne.

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juin 2008

"Pour un guérillero, mourir à 80 ans est une victoire militaire"

Colombie : Tirofijo et Cano,
 
le paysan et l’intellectuel (portraits)

 

BLEITRACH Danielle

  Pour un guérillero, mourir à 80 ans est une victoire militaire, estime le sociologue Alfredo Molano à propos de Manuel Marulanda, le chef historique des FARC. Dans un article d’El Spectator repris par le Courrier International, Alfredo Molano fait un portrait de Marulanda. Un autre article du même journal colombien brosse le portrait de son sucesseur Alfonso Cano. Un paysan silencieux et tenace, un intellectuel issu du milieu urbain, mais tous les deux communistes. Va-t-il comme le croit l’article y avoir un changement de stratégie, ce serait oublier que ce qui empêche que les armes se taisent et que l’échange humanitaire des otages ait lieu ce n’est pas la mauvaise ou la bonne volonté du dirigeant des FARC, mais bien le gouvernement colombien qui entretient la guerre civile et la haine pour que prospère les monstrueux trafics. Parce que ce gouvernement criminel est soutenu par les Etats-unis qui en ont fait la tête de pont de toutes leurs manoeuvres régionales et ont intérêt à ce que perdure la dangerosité.

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 21 mai 2008

La propagande et les droits humains en Colombie

LEECH Garry

Cela se répète immanquablement. Lorsque des paysans colombiens sont assassinés le gouvernement accuse immédiatement les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et les médias dominants, aussi bien en Colombie qu’aux États-Unis, font fidèlement écho à ces accusations. Le plus souvent des preuves apparaissent postérieurement qui montrent que les responsables du crime sont l’armée colombienne ou ses alliés paramilitaires. Cependant, les médias dominants ne rendent généralement pas compte des nouveaux éléments avec la même vigueur qu’ils avaient montrée pour rapporter la responsabilité des FARC dans l’information de départ – dans le meilleur des cas, c’est-à-dire s’ils rendent compte des nouveaux développements. En conséquence, la campagne de propagande du gouvernement colombien a réussi à créer l’impression dans bien des esprits que les FARC sont les responsables de la majorité des violations des droits humains alors que les chiffres publiés par les organisations de défense des droits humains sont en contradiction avec ce sentiment général.

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21.05.2008

Un régime autoritaire pour punir les méchants et sauver la planète ?

par Julien (E&R) - paru sur fnpopetsoc
 
 
Epuisement des ressources naturelles, réchauffement climatique, crise alimentaire,.......Les évènements récents nous le confirment, le système capitaliste mondialisé nous amène tout droit à la catastrophe. En un siècle (le XXème), l'homme a deja gaspillé toutes les ressources naturelles qui avaient mis des millions d'années à se constituer.

Partout dans le Monde, la jeunesse - qu'elle soit turque, iranienne, chinoise,...... - ne rêve que de société de consommation, que d'adopter le mode de vie ultra-destructeur d'environnement des occidentaux. Même à Cuba, la jeunesse commence à contester le régime ce qui ne laisse rien présager de bon pour l'évolution future de la "Perle des Caraibes" : dans un avenir proche, Cuba risque d'abandonner son modèle socialiste écologique égalitaire (Cuba est le pays au Monde qui respecte le mieux l'environnement tout en assurant un IDH - indice de développement humain - élevé) pour un modèle capitaliste ultra-polluant inégalitaire. On ne peut cependant pas en vouloir à cette jeunesse des "pays du Tiers-Monde", abreuvée de propagande capitaliste occidentale. Par contre on peut davantage en vouloir aux occidentaux (et notamment leur leader américain) qui se posent toujours en donneurs de leçons, pensent détenir la vérité universelle mais qui ne se remettent jamais en question, qui ne cherchent jamais à apprendre des autres (alors qu'ils pourraient par exemple s'inspirer un peu du modèle socialiste écologique égalitaire cubain).

 

Les petits bourgeois de 68

par Stéphane (E&R) - paru sur Interférences

Un petit texte bien senti sur mai 68. Je fais des commentaires à la suite.

Mai 68, révolte bourgeoise et révolution sexuelle

par Stadtmitte

"Mon cher journal, tout a commencé comme ça : les garçons voulaient le droit de rendre visite aux filles dans les dortoirs".

C'est ainsi que pourrait débuter le récit des "événements" de mai 68 : un journal de petite hippie prépubère et un peu conne... Mais ils se sont pris au sérieux ; et les autres aussi.

Le 8 janvier 68 offre aux garçons, l'occasion de lancer une première salve pour obtenir ce "droit" : le ministre de la jeunesse et des sports, inaugurant tranquillement sa piscine sur le campus de Nanterre se fait apostropher par un petit rouquin grassouillet, un tantinet halluciné : "J'ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse. 600 pages d'inepties! Vous ne parlez pas des problèmes sexuels des jeunes !" On aura reconnu l'ineffable Daniel Cohn-Bendit, dans sa panoplie de peine-à-jouir, et qui réclame des livres pour s'en sortir.

On a les frissons que l'on peut...

Une revendication bourgeoise déguisée en rébellion, voila tout l'esprit de mai 68... Quoi de plus naze, en effet que d'obtenir un droit, pour aller voir les filles! Il me semble bien plus excitant de s'introduire en cachette dans le dortoir, avec la complicité d'une jeune fille longtemps désirée! Même pour un instant! Voila quelque chose de piquant! Voila des souvenirs pour plus tard! Mais là, ce que veut l'autre "juif-allemand", c'est pouvoir tranquillement tirer la langue au concierge en venant voir sa copine...Sans risque. A défaut de copine, il le fera aux C.R.S interdits de réagir...On a les frissons qu'on peut, et je ne peux m'empêcher de penser que quelques années avant, mon grand-père, à peine plus âgé que lui, combattait en Indochine, puis en Algérie, comme commando-para, et qu'il affichait 17 Croix de guerre, la médaille militaire, la légion d'honneur (obtenue en 1999, plus de 30 ans après les événements) et 5 blessures, soit 17 trous dans le corps, à la fin de sa carrière...

Je pense aussi aux réprouvés de l'OAS, et à Dominique Venner, qui fut le témoin étonné de cette révolution sans mort...Vraiment, on a les frissons qu'on peut!

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Corée du Nord

par Julien (E&R) - paru sur fnpopetsoc
 
Et si tout n'était pas aussi mauvais qu'on nous le dit ? 
 
 

Alors que les étapes précédentes en Occident ont été particulièrement mouvementées, le vice-président du comité organisateur nord-coréen, Li Chong-Sok, a déclaré à l'avance que la Corée du Nord, régime allié de Pékin, allait "stupéfier le monde" par sa gestion du passage de la flamme. On s'en doute. :)

Il est clair que le régime nord-coréen, sorte de mélange entre communisme et royalisme (la Corée du Nord étant le seul régime communiste qui a vu le fils succéder à son papa), semble particulièrement grotesque et que son dirigeant Kim Jong-Il, fils à papa grand amateur de sous-culture américaine, est tout à fait méprisable et détestable. Le pays n'est toutefois peut-être pas la caricature qu'en font les médias, nous y reviendrons.

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17.04.2008

MAI 68 - Sorbonnards, apprenties pétasses et raclures de salon


Que fait donc Sarkozy, lui qui en 2007 lors de sa campagne affirmait vouloir rompre avec l’héritage soixante-huitard ? Pour ce faire la bonne méthode n’était certes pas de placer au ministère des affaires étrangères un certain Bernard Kouchner qui fut l’un des étendards de cet « héritage ». Qu’importe, nous avons déjà pu constater en de nombreuses occasions les différences profondes entre les idées d’un Sarkozy candidat et d’un Sarkozy élu. Peut être d’ailleurs que notre bien aimé président de la République n’est pas à blâmer – pour une fois – dans ce cas précis, tant les symptômes de Mai 68 ont affecté notre pays en profondeur et modifié les perceptions de nos concitoyens.
Déjà depuis mars, les commémorations font leurs apparitions, les nostalgiques de l’éducation « nationale » se rappellent de leurs frasques estudiantines tandis que paraissent des livres partisans, dont l’inexactitude historique le dispute à la démagogie bobo. Pauvre jeunesse que celle de France qui bien souvent se retrouve à songer à ce mois de Mai 68 où tout semblait si beau, où la jeunesse se combattait dans les rues pour se libérer… Mais ici quelque chose ne tourne pas rond ; en effet de quoi les jets de pavé des trotskystes de Cohn Bendit étaient ils supposés libérer la jeunesse française ? Certainement pas d’un système bourgeois décrié à l’époque par l’homme sus nommé, et dans lequel lui et ses acolytes se sont pourtant largement vautrés par la suite. On reconnaît un arbre à ses fruits et il convient donc de savoir quels ont été ces fruits soixante-huitards.

D’un point de vue humain tout d’abord ; cette pseudo révolte de jeunes étudiants capricieux a fourni le gros des bataillons de l’éducation nationale actuelle, qui depuis des décennies tentent avec succès de décérébrer les nouvelles générations. Ces professeurs si pressés d’inculquer à nos bambins les « valeurs de la République » que mai 68 leur a enseigné, ont réussi à faire en sorte qu’un enfant sur quatre ait du mal à son entrée au collège à écrire, lire et compter. Qu’importe, il sait déjà qu’il doit voter à gauche…

Bien entendu le conditionnement se poursuit au collège, au lycée, voire à l’université où tous ces soixante-huitards – ou fils de soixante-huitards désormais ! – relayent sans cesse les dogmes de l’établissement.
Quels furent d’ailleurs les véritables dogmes des militants casseurs de mai 68 ? Car c’est bien de dogmes qu’il faut ici parler et non d’idées ou de projet construits. Le soixante-huitard tout comme son descendant néo gauchiste définit ses projets de manière essentiellement négative : il est avant tout un « anti » - avant de devenir nanti comme ses mentors, Kouchner et Cohn-Bendit. Antiautoritaire qui rapidement en arrive à prôner le rejet de toute forme d’autorité – depuis l’autorité familiale jusqu’à l’autorité étatique -, « antifasciste » qui en devient antinational puisque tout ce qui est français devient fasciste, anticapitaliste de pacotille qui voit le capitalisme dans tout ce qui n’est pas collectif… De tels délires pourraient a priori paraître risibles s’ils n’étaient pris pour argent comptant par une jeunesse de plus en plus victime d’un manque cruel d’éducation politique et civique. En proposant des « solutions » simplistes et des slogans stéréotypés, les fils politiques des voyous de mai 68 aujourd’hui regroupés dans les différents mouvements trotskystes, séduisent une jeunesse parfois consciente du fait que le système met en péril leur avenir et leur bien être, sans pour autant savoir vers qui se tourner. Mais nous devons rappeler à ceux qui croient – en raison d’un lâche et impitoyable lavage de cerveau qui dure désormais depuis quarante ans – que la vie avant mai 68 était un calvaire pour la jeunesse, qu’en réalité cette date correspond à une vaste hypocrisie de laquelle découle la détresse des jeunes français du 21ème siècle. En réalité commandité par des forces subversives qui aujourd’hui représentent le nouvel ordre mondial, mai 68 peut donner lieu à un triste et sordide bilan : - Mai 68 a poussé toute une jeunesse à déconsidérer et à mépriser la cellule familiale pourtant protectrice et formatrice. La révolte contre les parents et le désintérêt vis-à-vis des anciens, fondement de la « révolution » soixante-huitarde sont aujourd’hui monnaie courante, tandis que les familles décomposées se multiplient.

En parallèle, l’homoparentalité fait son apparition, alors que les enfants sont considérés par nombre de parents comme de simples bouches à nourrir ; de là découlent l’institutionnalisation de l’IVG et les abominables infanticides que rapportent régulièrement les médias. - Mai 68 a encouragé la jeunesse à se détourner de ses racines, de son histoire, de ses héros et de tout ce qui a façonné notre identité au cours des siècles. Voici donc toute une partie de la jeunesse moderne révoltée contre son propre être, contre son propre patrimoine, en venant à se montrer plus que virulente à l’égard de toute manifestation de patriotisme. Pourtant, cette même jeunesse qui rejette et nie son identité, exalte celle de « l’autre » quand bien même elle ne la connaîtrait pas. Incohérence toujours. - Mai 68 a enseigné à ses partisans à rejeter les valeurs rattachées à la fierté, à la dignité, à l’honneur et au dépassement de soi au profit d’un libertarisme dévoyé aboutissant à l’avachissement le plus total.

Le lien avec tout un pan de la jeunesse moderne est évident lorsque l’on constate à quel point celle-ci se complait désormais dans l’inaction, la drogue, la négation de l’apport du travail sous toutes ses formes (intellectuel ou manuel), et le mépris à l’égard des considérations esthétiques et hygiéniques. En témoignent ces nombreux jeunes qui fournissent le gros des troupes de l’extrême gauche, portant tous les mêmes défroques et symboles, arborant les mêmes coupes de cheveux, faisant tous l’apologie de la passivité et des psychotropes. Ce sont ces mêmes jeunes qui refusent la culture – exception faite de celle qui les maintient dans leur microcosme – et le travail, ce qui les conduit à encourager et à participer à toutes les grèves qui paralysent le pays et handicapent les citoyens. - Mai 68 a en résumé détruit toute forme de valeur sociale, morale ou spirituelle. Fidèle au principe communiste soviétique « du passé faisant table rase », les hommes et les femmes qui ont été manipulés lors des évènements d’il y a quarante ans n’ont rien construit comme ils le prétendent, et ne sont les chefs de file d’aucune évolution. Ils sont en fait responsables d’une terrible régression ayant aboutit à la situation chaotique que nous constatons tous les jours ; celle d’une jeunesse déracinée et sans but, en révolte contre elle-même et qui sans s’en rendre compte, se précipite vers l’abîme. Sarkozy avait raison lorsqu’il parlait de rompre avec cet héritage, des plus lamentables. Bien entendu puisqu’il tentait dans un but électoral de s’approprier l’un des projets du Front National. Cependant une fois encore les faits doivent remmener notre peuple à la réalité ; l’UMP et les anciens « rebelles » de mai 68 tout comme leur rejetons des temps modernes demeurent unis dans leur entreprise de démantèlement de la France comme en témoigne notamment la composition de notre gouvernement. Que ceux qui aujourd’hui pensent encore que Mai 68 constitue une date sacrée dans la lutte contre la bourgeoisie et le capitalisme considèrent leurs héros : tous aujourd’hui ont largement profité du système bourgeois qu’ils prétendaient rejeter, certains allant jusqu’à exercer de hautes fonctions à l’intérieur de la machinerie néolibérale, et ce aujourd’hui encore.
Seul le nationalisme que revendique le Front National est de nature à rompre avec le conformisme qui mine la jeunesse, et peut conduire les jeunes français à retrouver leur dignité et à reconquérir leur liberté loin des promesses et délires des manipulateurs politicards.

Michael Guerin
SD FNJ Savoie
Responsable FNJ Rhône Alpes

Source : http://www.jacques-vassieux.com/2008/04/les-dlires-de-...

Le constat global sur ce mouvement soutenu par les Etats-Unis, qui avait pour but de détruire le gaullisme et le communisme (le vrai, celui du PCF)est juste même si j'ai deux-trois petits désaccords.

 

  J'ajouterai :

  -qu'il n'y a évidemment rien à attendre de Sarkozy qui est un pur produit de mai 68. "Jouir sans entraves", n'est-ce pas le leitmotiv de Sarkozy et de ses amis milliardaires ainsi que de toutes les ordures issues de Mai 68 ?

  -qu'il y a eu deux mai 68, un Mai 68 ouvrier, respectable, qu'on a de plus en plus tendance à oublier (et pour cause, c'est bien là l'objectif des merdias) et le Mai 68 étudiant, détestable des petits bourges gauchistes libéraux-libertaires.

Sorbonnards, apprenties pétasses et connards en tous genres

Anarcho-pédophile allemand (Cohn-Bendit à vraiment une gueule
d'enculé, pire que Besancenot !)

 
Raclure de salon


Les étudiants bobos gauchistes individualistes libéraux-libertaires adoraient afficher des portraits de Marx, Lénine, Mao voir même (plus curieux venant de ces baltringues) de Staline (vu hier dans un reportage de TF1). C'est assez "clownesque" car si ces ordures avaient vécu en URSS, ils auraient été envoyés en Sibérie, moi j'aurai été gardien de goulag et je leur aurai balancé des cacahuètes, comme au zoo avec les singes.

Pourriture trotskiste

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source :  fnpopetsoc

 

Vous vous en doutiez certainement, la LCR de Monsieur Olivier Besancenot - toujours dans le sens du vent (ce qui explique la bienveillance des puissants à son égard) - soutient TOUTES les actions de protestation en faveur des moines tibétains (donc par ricochet en faveur des Etats-Unis et contre la Chine)......donc y compris les actions de l'officine de la CIA Reporters sans Frontières ! Agents de la CIA, j'vous disais.........

Communiqué de la LCR

Malgré la répression de l’armée chinoise, les manifestations continuent au Tibet. Le régime de Pékin veut faire taire toute revendication autonomiste ou indépendantiste du Tibet à l’approche des Jeux Olympiques de cet été. L’émotion est grande face à cette répression et trouve un écho dans les milieux sportifs. Les manifestations de soutien se multiplient, entre autres dans les pays limitrophes de la part de la jeunesse étudiante, et une délégation de Reporters sans frontières a réussi à perturber le départ de la flamme olympique de Grèce lundi 24 mars. La LCR s’est déjà prononcée pour le droit à l’autodétermination de la population tibétaine et elle se solidarise avec les manifestations de protestation contre la répression au Tibet. La réaction des différents gouvernements, à l’image de celle de N. Sarkozy est d’une grande timidité, en se bornant à demander au gouvernement chinois « davantage de retenue ». Les accords commerciaux, les contrats économiques signés, la pénétration du marché chinois, ont plus de poids que la défense des libertés démocratiques pour les gouvernements européens et des USA. Quant à la LCR, à l’occasion des J.O., elle soutiendra toutes les formes de manifestation en solidarité avec la population tibétaine victime de la répression, que ce soit au moment de la cérémonie d’ouverture ou pendant le déroulement des J.O. eux-mêmes.
 
La LCR (et les trotskistes en général) de Monsieur Besancenot a toujours soutenu le camp du capitalisme et de l'impérialisme.

Deja, à la veille de la seconde guerre mondiale, les hyènes trotskistes et leur chef Léon Bronstein (Trotski) demandaient au peuple soviétique de se révolter pour renverser le pouvoir du maréchal Staline. On peut penser ce qu'on veut de "Moustache" mais il faut admettre que cet appel de Trotski et de ses troupes insignifiantes était totalement inconscient et faisait le jeu des nazis. Une révolte du peuple soviétique à la veille du second conflit mondial aurait en effet provoqué une inévitable désorganisation de la défense de l'URSS (que Staline préparait depuis le début des années 30) dont les nazis n'auraient pas manqué de profiter ! Ils n'auraient eu ainsi aucun mal à vaincre l'URSS et donc à gagner la Seconde Guerre Mondiale, et aujourd'hui nous parlerions allemand au lieu de parler français (enfin de toute manière on va bientot passer à l'anglais).

  Donc deja à l'époque, les trotskistes faisaient le jeu (peut-être involontairement ?) des nazis, c'est pour cette raison que les communistes utilisaient la douce étiquette "hitlero-trotskistes" pour les désigner.

  Mais ces agents de l'impérialisme ne se sont pas arrêtés en si bon chemin ! Une fois le nazisme écrasé par la grande Union Soviétique, ils ont trouvé refuge auprès du nouveau grand ennemi de la Patrie du Socialisme : les Etats-Unis d'Amérique. C'est ainsi qu'en France, ils ont tout fait pour affaiblir le pouvoir du PCF et de la CGT grace à des financements de la CIA.

Au niveau international, ils sont par exemple allés jusqu'à soutenir le syndicat Solidarnosc de Lech Walesa - comportant pourtant nombre d'éléments antisémites - pour déstabiliser la Pologne Socialiste. Ils insultaient même le camarade Ho Chi Minh qui menait une lutte exemplaire pour la libération du Viet-Nam, et le camarade Ho Chi Minh fut donc obligé de faire taire de manière radicale la racaille trotskiste qui faisait là encore le jeu de l'impérialisme américain ! Il serait trop long de tout énumérer, mais toutes leurs prises de position au niveau international consistaient à condamner l'URSS, les pays socialistes et - par ricochet - à faire le jeu des Etats-Unis.

  C'est vous dire qu'en tant que modeste connaisseur de cette idéologie dégueulasse, je ne suis pas surpris aujourd'hui de voir la LCR et Monsieur Besancenot soutenir des moines tibétains réactionnaires (donc les Etats-Unis) à coté desquels le pire des Ayatollah ferait figure de dangereux progressiste !

Plus que jamais, nous devons dénoncer la pourriture trotskiste qui a toujours mis toute son énergie pour combattre, insulter et calomnier le communisme et ses militants, de concert et sous les applaudissements des grands bourgeois capitalistes, des médias, du show-biz,  de la jet-set,..... ! Le trotskisme comme le capitalisme doit être écrasé !

01.04.2008

Socialisme et nation

Article proposé et annoté par Stéphane (ERA). Quelques remarques ont donc été ajoutées en italique et entre crochets à la fin de certains chapitres lorsqu’un élément du texte paraissait devoir être discuté.

 

Le socialisme et la nation

Denis COLLIN

 

1772878806.JPGLa question de la nation a été la grande oubliée de la politique des organisations de gauche au cours des dernières décennies. J’ai eu l’occasion de montrer ailleurs quelles conséquences cela avait eu dans l’échec de la gauche au cours des dernières années. Le monopole de la réflexion sur la nation laissé aux « souverainistes » a interdit aux militants des organisations du mouvement ouvrier de comprendre ce qui s’est pas dans une classe ouvrière déboussolée, profondément divisée par la dislocation de ses bastions (qu’on songe à l’opération chirurgicale menée dans la sidérurgie à la fin des années 70 et au « sale boulot » accompli par le gouvernement de la gauche dans les années 83-86). Aujourd’hui, parler « nation » à gauche, c’est encourir le soupçon d’être un nationaliste, un raciste sournois ou d’être même une sorte de « rouge-brun », ce fantôme que certaines têtes pensantes de gauche ont entrepris de chasser sous tous ses déguisements…

Il me semble au contraire, que redéfinir la place de la nation dans une stratégie socialiste réaliste, dans les conditions actuelles est un des chantiers urgents à ouvrir ou à rouvrir, non pas seulement pour les peuples colonisés comme on le pensait jadis, mais aussi pour les pays avancés et même pour les anciennes puissances impérialistes. [ je souligne et j’ajoute "pour la France"]

En premier lieu je voudrais donner un rapide coup d’œil rétrospectif sur la question. Puis j’examinerai les raisons ou plutôt les mauvaises raisons de ceux qui refoulent cette question nationale et en particulier de quelques penseurs de « l’altermondialisme ». Enfin j’essaierai de montrer en quoi la nation est à la fois un des éléments de résistance à la destruction du mouvement ouvrier, et, en même temps, qu’elle peut et doit être intégrée dans un programme d’émancipation sociale, dans un programme de transformation socialiste.

Rapide retour en arrière

Oubli de la nation par le mouvement ouvrier ? Cela n’a pas toujours été le cas : de Marx à Otto Bauer en passant par Lénine, le mouvement ouvrier n’a pas manqué de réflexions théoriques sur la question nationale. Le meeting de St Martin Hall, en 1864 qui fonda la première Internationale avait deux objets sans rapport immédiat avec la défense des intérêts internationaux de la classe ouvrière : la défense de l’indépendance nationale de la Pologne et celle de l’Irlande. On rappellera également l’importance de la question nationale dans la révolution russe, la polémique entre Lénine et Rosa sur le droit à l’autodétermination des nations opprimées par l’empire russe, une polémique dans laquelle, on doit bien le reconnaître, la raison était du côté de Lénine.

Même internationaliste, le socialisme traditionnel reste lui aussi fidèle au cadre des nations. L’internationalisme suppose l’égalité des nations. « Une nation qui en opprime une autre ne saurait être libre » disait Marx à l’adresse des ouvriers anglais qu’il appelait à soutenir la cause nationale irlandaise. La liberté des nations d’Europe centrale et orientale, singulièrement de la Pologne, à l’égard du joug du tsarisme russe fut une autre des grandes causes soutenues par Marx. Et si la lutte des classes est internationale dans son contenu, elle reste nationale dans sa forme, et la forme n’est pas une question secondaire, puisque c’est ce qui permet l’existence déterminée effective, de la matière. Certes, « les prolétaires n’ont pas de patrie », mais c’est seulement dans le cadre national, en posant la question de la conquête du pouvoir politique que l’émancipation de la classe ouvrière peut être engagée. [je souligne et j’ajoute : oui mais à celui qui n’ a rien, la patrie est son seul bien]

Mais l’expérience dramatique du « court XXe siècle est passée par là. Ralliement de la social-démocratie à l’impérialisme au nom de la défense de la nation, soutien de la social-démocratie aux aventures coloniales – le rôle de la SFIO de l’expédition de Suez à la guerre d’Algérie est encore dans toutes les mémoires. Défendre la nation ? Poser la question, c’est presque déjà glisser du côté du « social-chauvinisme ».

On veut bien encore admettre que la lutte des nations colonisées contre l’impérialisme est une dimension essentielle de la deuxième moitié du siècle passé. Mais fondamentalement on considère que ce n’était qu’une étape vers la disparition des nations. La nation, après l’expérience des deux guerres mondiales ; est le plus souvent sommairement renvoyée au nationalisme et après le « national-socialisme », il semble bien que le socialisme ne doit plus rien  avoir à voir avec la nation.

Les mauvaises raisons du « mondialisme » de gauche

La crise manifeste de l’État-nation, dont les fonctions semblent souvent absorbées dans la « gouvernance » mondiale ou régionale (UE) semble confirmer ce diagnostic. La hantise d’un retour au chauvinisme et au « social-impérialisme » a ainsi poussé une bonne partie de la gauche à  refuser toute politique qui pourrait, d’une manière ou d’une autre, apparaître comme défendant les nations ou l’État-nation. « Les frontières, on s’en fout » n’était-il pas un des slogans de mai 68 ?

Je voudrais illustrer cet aspect des choses en prenant les thèses de ceux qui sont allés le plus loin dans cette voie, à savoir Negri et Hardt dans leur livre Empire. Negri s’est illustré et a illustré la logique de sa position politique il y a deux ans et demi, en 2005, en participant à un meeting de soutien au TCE aux côtés de Julien Dray et Daniel Cohn-Bendit. Dans ce meeting Negri a affirmé qu’il fallait soutenir la constitution Giscard pour en finir avec « cette merde d’État-nation » (sic). Plusieurs des partisans en vue de Toni Negri en France, comme Yann Moulier-Boutang, animateur de la revue Multitudes, s’étaient également engagés dans la campagne pour le « oui ».

Au-delà des thèses de Negri sur lesquelles je reviens à l’instant, il y a là-dedans quelque chose qui concerne tout le mouvement « alter-mondialiste ». Il faut remarquer qu’un mouvement qui s’était défini au départ comme « anti-mondialisation » ou encore, en dehors de France, sous le slogan « No global », a, finalement, décidé changer d’appellation précisément pour qu’on comprenne bien qu’il ne voulait pas de repli sur la nation et qu’il était, lui aussi, pour dépasser les frontières et les cadres nationaux, même si c’était d’une manière bien différente du « libéralisme ». [je souligne et j’ajoute : comme il ne faut pas confondre mondialisme (projet de gouvernance mondiale) et mondialisation (extension des échanges), il faut bien apprécier la différence entre se dire antimondialiste(contre l’idéologie mondialiste) et altermondialiste (pour une autre forme de mondialisme)]

 Si on veut comprendre ce dont il s’agit, il faut s’arrêter à la « bible » du mouvement altermondialiste radical, Empire, de Negri et Hardt. L’éditeur français présente même ce livre comme le Manifeste communiste de notre époque. Ancien maître à penser de l’extrême-gauche italienne, poursuivi pour son soutien et sa participation à des groupes ayant mené des actions terroristes pendant les « années de plomb » en Italie, Negri est devenu l’inspirateur de tout un courant intellectuel, qui s’exprime, notamment, dans la revue « Multitudes ». Ce courant combine quelques références marxistes, une relecture souvent hasardeuse de Spinoza, une attention toute particulière au problème des « sans-papiers » et de l’immigration et plus généralement de tout ce mouvement social hétéroclite dans lequel s’est recyclé le gauchisme. Mais, à la différence des groupes révolutionnaires, trotskystes par exemple, les « negristes » ne croient pas ou plus à la révolution dans son sens classique, c’est-à-dire comme conquête du pouvoir politique par les représentants politiques de la classe ouvrière ou plus généralement des classes opprimées. Ils militent pour un mouvement global de contestation d’un ordre lui-même global et qu’ils nomment « Empire ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’Empire, ce n’est pas l’impérialisme ! Et encore moins l’impérialisme américain. L’Empire est décentralisé et déterritorialisé. Pour parodier Pascal, on pourrait dire que son centre est partout et sa circonférence nulle part, bref il est infini. Lénine avait défini l’impérialisme comme « stade suprême du capitalisme », stade de capitalisme pourrissant ou devenu parasitaire, un stade où le mode de production capitaliste a définitivement épuisé toute puissance de progrès et où il est devenu « la réaction sur toute la ligne ». Rien de tel pour les auteurs d’Empire. Negri et Hardt se défendent de toute « dialectique » : le mal (impérialiste) n’est censé accoucher d’un bien ; ils prétendent s’en tenir à « l’immanence », c’est-à-dire qu’ils refusent  de penser le réel à partir d’un au-delà imaginé. Cependant, « l’Empire » représente pour eux un progrès historique : « la construction de l’Empire est un pas en avant pour se débarrasser de toute nostalgie envers les anciennes structures de pouvoir qui l’ont précédé et refuser toute stratégie politique impliquant le retour à ce vieux dispositif – comme de chercher à ressusciter l’État-nation pour chercher à se protéger contre le capital mondial. » C’est beau comme du Alain Minc, l’auteur de « la mondialisation heureuse ». Mais on ne s’arrête pas là. Dans un élan qui ira droit au cœur de George W. Bush bombardant l’Irak ou de Clinton bombardant la Serbie, nos deux bons apôtres écrivent : « on peut voir aujourd’hui que l’Empire liquide les régimes cruels de pouvoir modernes et augmente ainsi les potentialités de libération. » Et il n’y a pas à s’en faire puisque la construction de l’Empire est sa propre destruction, ainsi que l’expliquent les deux auteurs qui, tout refusant toute « dialectique » reprennent sans broncher les schémas de la dialectique hégélienne. C’est le « drame ontologique » qui « se lève sur une scène où le développement de l’Empire devient son propre critique. » Negri et Hardt ne sont certes pas des thuriféraires des gouvernements de Washington, mais leur raisonnement est celui même qui a conduit quelques ex-marxistes (Romain Goupil, ex LCR « guévariste », Yves Roucaute, ex-dirigeant de l’UEC, etc.) à se transformer en « intellectuels embarqués » des armées US. Certains d’entre eux le regrettent un peu aujourd’hui, mais l’honnêteté intellectuelle n’étant pas leur fort, ils refusent de faire l’analyse de cette « erreur d’appréciation » - on les retrouve d’ailleurs tous, ou presque, dans la revue Le meilleur des mondes, carrefour des « néocons » à la française… 

Si on doit donc se féliciter de la construction de l’Empire, c’est que celui-ci sonne le glas d’une modernité occidentale, accusée de tous les maux : « les hécatombes des deux guerres mondiales, la boucherie de Verdun », etc.  « En bref, si cette modernité-là a pris fin, et si l’État-nation moderne qui servait de condition obligatoire pour la domination impérialiste et les guerres innombrables est en voie de disparition de la scène du monde, alors bon débarras ! » Ainsi, c’est l’Empire qui nous débarrasse de l’impérialisme et des « guerres innombrables » ! Les 100 000 morts de la seconde guerre du Golfe auraient bien aimé le savoir plus tôt. Mais il est vrai que le « régime cruel » de Saddam Hussein n’avait pas permis à ses sujets de lire Empire. Faire de l’impérialisme une conséquence de l’État-nation, c’est, d’une part, faux et, d’autre part, cela apporte un soutien inappréciable aux impérialismes.

C’est faux, parce que, comme l’a montré avec beaucoup de subtilité Hannah Arendt, l’impérialisme ne peut s’édifier que sur la base de la subversion de l’État-nation. « C’est de l’extérieur que les conditions du pouvoir moderne, qui font de la souveraineté nationale une dérision, sauf pour les États géants, la montée de l’impérialisme et les mouvements annexionnistes ont sapé le système européen de l’État-nation. Car aucun de ces facteurs n’était directement issu de la tradition ou des institutions des États-nations eux-mêmes. »

Pour Arendt, ce n’est pas la construction d’un espace politique national qui est à l’origine du colonialisme et de l’impérialisme. Ce sont des conditions « extérieures », c’est-à-dire essentiellement liées à la puissance des intérêts économiques privés qui vont expliquer ce processus. Hardt et Negri critiquent « la nostalgique utopie » de Hannah Arendt pour « l’espace politique ». Mais précisément, l’impérialisme, en détruisant les États-nations, détruit cet espace commun qui fait des hommes autre chose que des représentants de l’espèce humaine conçue comme espèce zoologique, qui fait des hommes des « animaux politiques » et non simplement des animaux grégaires comme les abeilles et les fourmis. Le danger, pour Arendt, est celui d’une « civilisation globale, coordonnée à l’échelle universelle ». Une telle civilisation sonnerait le glas des droits de l’homme : « Le paradoxe impliqué par la perte des Droits de l’Homme, c’est que celle-ci survient au moment où une personne devient un être humain en général – sans profession, sans citoyenneté, sans opinion, sans actes par lesquels elle s’identifie et se particularise » : avant que le terme ne soit à la mode, Arendt décrit ici la mondialisation ou la globalisation, pour parler comme les anglo-saxons, c’est-à-dire  la construction d’un monde d’hommes sans qualités, déracinés de toute appartenance à une communauté politique qui, seule, fait de l’homme un sujet. C’est pourquoi la personne « apparaît comme différente en général, ne représentant rien d’autre que sa propre et absolument unique individualité qui, en l’absence d’un monde commun où elle puisse s’exprimer et sur lequel elle puisse intervenir, perd toute signification. »

Le triomphe de l’individu intervient donc dans des conditions telles que l’individualité, la subjectivité, perd tout sens. Dans ce processus de « globalisation » que Hardt et Negri décrivent comme une rupture avec l’impérialisme classique et comme porteur d’un potentiel d’émancipation, Arendt voit, au contraire, l’achèvement des tendances totalitaires. Loin de réaliser l’universalité humaine, la destruction de l’État-nation ouvre la voie à une situation où « à force d’avoir imposé à des millions de gens des conditions de vie qui, en dépit des apparences sont les conditions de vie des sauvages », notre « civilisation globale » va se mettre à « produire des barbares nés dans son propre sein. » Ces nouveaux barbares que Hardt et Negri appellent de leurs vœux parce qu’ils sauront transgresser toutes les frontières (les frontières sexuelles, les frontières entre l’homme et la machine, y compris).

Negri et Hardt apportent un soutien inappréciable aux impérialismes réellement existants. En effet, si l’État-nation est l’horreur qu’ils dépeignent, les Algériens ou les Vietnamiens luttant contre les impérialismes français ou américain ont commis une erreur historique. Ils auraient mieux fait de laisser l’Empire se construire pour détruire définitivement toute nostalgie envers l’État-nation. L’antienne de Hardt-Negri est cependant assez ancienne. Déjà Guy Mollet organisait la guerre en Algérie au nom de l’internationalisme prolétarien : en se battant pour leur État-nation, les nationalistes algériens n’opposaient-ils pas les prolétariats algérien et français métropolitain ? Certes Negri et Hardt, sans doute pris d’un vague soupçon, introduisent sans crier gare la distinction entre l’État-nation (dictatorial par essence, selon eux) et le « nationalisme subalterne » qui serait progressiste, au moins partiellement. Il reste que, tout bien pesé, la « libération nationale » reste un « cadeau empoisonné », et le véritable moteur de tout le processus historique est « le désir déterritorialisant » (sic).

En réalité, la vision « negriste » est proprement idéologique au sens strict que Marx donne à l’idéologie comme représentation inversée de la réalité. Le processus de « mondialisation » que Negri nomme « empire » n’est pas une dilution progressive des États-nations mais leur réorganisation et leur subordination accrue à l’impérialisme dominant, celui des USA. Mais sous le nom de « gouvernance mondiale », ce sont ces rapports politiques réels qui sont masqués pour être soustrait aux influences désagréables de la lutte politique. L’État n’est nullement diminué (il suffit de jeter un œil sur l’évolution des « démocraties » occidentales pour s’en rendre compte) mais c’est un État qui s’affranchit de la « nation », c’est-à-dire des peuples.

Il est vrai par contre que la restructuration du capitalisme mondial exige la destruction d’un certain nombre d’États existants.

La fragmentation de nombreux États nés de l’implosion du système soviétique est hautement révélatrice. La fin de la Yougoslavie dans la tragédie que l’on sait en est l’archétype, mais tout le Caucase semble pris dans la même spirale.

L’ethnique prend le pas sur le national – avec l’aide active et intéressée des « grandes puissances », au premier chef les États-Unis. De ce point de vue tout n’est pas faux dans les thèses des partisans de la mondialisation. Mais là où ils voient une avancée positive, on peut au contraire déceler une ligne fondamentalement régressive, porteuse de nouveaux conflits et de nouveaux massacres. Nous, habitants de pays riches aux États stables, nous croyons être à l’abri de ce qui est arrivé au Rwanda, mettant ces tragédies sur le compte de l’arriération ou de la sauvagerie de populations non encore entrées dans la sphère de la modernité. C’est une erreur tragique. Les massacres au Rwanda, la guerre civile algérienne (qui a fait plus de 100.000 morts), les conflits endémiques au Soudan ou dans la région des grands lacs ne sont pas des conflits d’hier, mais des conflits d’aujourd’hui et peut-être même de demain. Ils découlent certes, pour une part, de la misère économique, mais aussi dans ce contexte économique de l’exaltation des différences communautaires contre les États-nations.

En Europe, l’Union européenne est le fer de lance de cette explosion des nations au profit des communautarismes régionalistes. Ainsi la Charte européenne des langues régionales constitue-t-elle un instrument dirigé directement contre les nations, prévoyant que les assemblées régionales puissent délibérer dans les langues régionales. Sont également encouragées toutes les coopérations transversales entre régions censées parler la même langue – par exemple entre la Généralité de Catalogne et le pays catalan en France. Le mot d’ordre préféré des Verts, « penser globalement, agir localement », est devenu une stratégie des pouvoirs en place. C’est la « glocalisation », c’est-à-dire l’insertion des particularismes locaux dans la globalisation marchande et financière et qui se trouve au cœur des réflexions sur la « nouvelle gouvernance mondiale ». Toutes ces idées font parties du bagage des Verts et autres variétés de « libertaires », mais elles ont eu surtout une application dans le développement de l’appareil répressif et du quadrillage policier du territoire. Loïc Wacquant et Jean-Pierre Garnier ont montré comme le démantèlement de l’État-providence au profit de la mondialisation s’accompagne de l’excroissance de l’État pénal au niveau local.

Perspectives de résistance et reconstruction du mouvement pour le socialisme/communisme

On comprend mieux pourquoi les luttes autour de la question de la nation sont en fait un des aspects essentiels des évolutions de fond du « système national-mondial » (pour reprendre ici l’expression de Michel Baud). Les deux référendums hostiles à l’UE (France, Pays-bas) mais aussi la dernière campagne présidentielle en France ont montré que le cadavre de la nation bouge encore. La nation apparaît, aux yeux des millions de citoyens, comme un moyen de résistance à l’empire, à l’inverse des spéculations de ceux qui voient dans la  mise en place d’un empire mondial « a-national » la voie d’un nouvel avenir.

Si nous pensons que la perspective de l’émancipation sociale a encore un sens, il faut lui donner le cadre politique adéquat. Au motif que les forces productives (un concept au sujet duquel il y aurait beaucoup à dire) sont mondialisées et si les États s’interpénètrent, il ne s’en déduit pas que la construction du socialisme ne soit possible que dans un cadre supranational (européen par exemple) ou mondial, bien au contraire. À cela, je vois plusieurs raisons, des raisons à court et moyen terme et des raisons principielles.

I.Le cadre dans lequel les ouvriers et plus généralement le prolétariat salariat peut résister au rouleau compresseur de la mondialisation reste la nation, à la fois parce que les seuls espaces publics existants sont nationaux et parce que c’est seulement dans le cadre national que les revendications peuvent être prises en compte. Si on demande, par exemple, que le salaire minimum soit augmenté ou que soient défendus les régimes de retraite français, on ne peut pas attendre que monde entier soit convaincu que c’est une bonne idée pour le faire ! Les revendications  pour une « Europe sociale » ont un côté parfaitement irréaliste. Bien plus, la satisfaction des revendications urgentes demande dans nombre de cas qu’on remette en cause les carcans multinationaux existants. La question se pose très concrètement : peut-on re-nationaliser ce qui doit l’être, restaurer les services publics, etc., sans violer le dogme de la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire sans regagner des marges de souveraineté nationale ? Même si la coopération européenne est une bonne chose en elle-même et si on ne peut pas souhaiter le retour au « concert des nations » à l’ancienne (version fin XIXe siècle !), il est nécessaire de regagner des marges de manœuvres pour les nations si on veut procéder à des réformes de structures un tant soit peu sérieuses. C’est à partir de là qu’on peut définir un programme de réformes de structures qui redonne de larges marges de manoeuvres aux nations sans détruire ce qu’il peut y avoir de positif dans la construction européenne. Dans mon Revive la République (Armand Colin, 2005) j’ai essayé d’esquisser un tel programme. Contre l’Europe fédérale, c’est-à-dire la création d’un super-État européen, il faut défendre l’idée d’une Europe confédérale, c’est-à-dire d’une union de nations libres.  Cette union reposerait sur trois principes :

1)    La constitution républicaine de chacun des États partie prenante de l’association, constitution républicaine étant entendu ici comme souveraineté populaire et séparation des pouvoirs et la reconnaissance des libertés individuelles.

2)    La reconnaissance de la souveraineté de chaque nation qui reste libre de décider elle-même de son propre sort – y compris, le cas échéant de sortir de l’union et, en tout cas, de n’obéir qu’aux règles auxquelles elle a librement consenti. Il faudrait faire marcher la subsidiarité à l’envers: ne déléguer à l’union que ce qui est réellement avantageux de déléguer au niveau supérieur.

3)    La reconnaissance de certains droits de citoyens européens à tous les ressortissants de l’union, comme, par exemple, la liberté de circulation, la liberté d’établissement, la liberté d’adopter une autre nationalité que sa nationalité d’origine en cas d’installation prolongée dans un autre pays et la possibilité de recours à une juridiction européenne pour faire respecter ses droits fondamentaux.

[deux contradictions émanent de ce « I » . L’auteur se défie de la revendication d’une Europe sociale et dans le même temps en appelle à une « autre » Union Européenne qui comporterait notamment des institutions juridiques(point « 3) »). Par ailleurs, il reconnaît la nation comme le cadre protecteur du prolétariat face à la mondialisation (j’ai mis plus haut la phrase en gras)  et en même temps il est favorable à un droit du sol absolu et à un nomadisme intra-européen sans contraintes (en gras dans le « 3) »]

II.Au-delà de ces questions qui peuvent sembler un peu trop marquée par la conjoncture historique dans laquelle nous sommes, il me semble impossible de fixer le cadre mondial comme objectif de la construction socialiste.

Les nations ne sont pas des artifices dont on peut disposer au gré des décisions politiques. Elles ne sont pas non plus entités naturelles éternelles, je veux bien en convenir. Mais elles ont une durée, un enracinement dans la conscience des individus, elles sont les formes élémentaires d’existence d’une conscience collective, d’un sens du bien commun, en dehors desquels le socialisme est impensable. On rétorquera que le bien commun que poursuit le socialisme est un bien commun universel, ce qui est parfaitement exact. Mais c’est un universel abstrait. Entre l’intérêt particulier, celui de l’individu ou celui de ceux qui lui liés par les « liens du sang » et l’universel abstrait, la nation présente un « universel concret », une médiation qui donne à l’universalité sa réalité effective. Le mouvement ouvrier d’ailleurs avait fort bien compris cela, lui qui n’avait jamais pensé à la construction d’un État mondial, mais s’est toujours défini comme international, c’est-à-dire reposant sur l’amitié et la solidarité entre les nations.

Si on croit à la rapide extinction de l’État, ces questions sont évidemment sans intérêt. Mais comme l’extinction (ou le dépérissement) de l’État me semble une dangereuse utopie, la question de la taille de l’État n’est pas secondaire. Un « État mondial » s’il était possible serait tyrannique ou anarchique ainsi que le disait déjà Kant. Vouloir un État mondial c’est en effet avoir une confiance parfaitement irrationnelle, 1° en la sagesse des hommes qui n’useront pas d’un pouvoir démesuré et 2° en la capacité d’organisation de la bureaucratie. Sur ces deux points, l’expérience soviétique aurait pourtant dû nous vacciner (sauf si on pense que l’évolution dramatique de l’URSS était liée aux idées fausses de Lénine ou à la méchanceté de Staline). Mais si nous tirons les leçons de notre propre histoire, on doit admettre qu’une assez large dispersion des pouvoirs étatiques constitue une garantie minimale contre la reconstruction des tyrannies qui ont tant fait pour faire reculer et parfois détruire le mouvement ouvrier organisé.

Si nous ne perdons pas de vue le cap d’une révolution sociale, nous devons admettre que celle-ci doit être conçue comme une longue ère de transformations partielles, d’avancées et de reculs et non comme une guerre de mouvement dans laquelle d’un seul coup ou presque tout l’édifice du vieil monde s’écroulera comme dans la théorie de dominos. Gramsci avait opposé la guerre de position à la guerre de mouvement. La guerre de position est clairement conçue chez lui comme la conquête de l’hégémonie sur un plan national – avec tout ce que cela implique.

 

Denis Collin – le 6 octobre 2007.

(Ce texte a été prononcé lors du congrès "Marx international", dans le cadre de l'atelier consacré aux recherches théoriques sur le socialisme.)

Son pamphlet contre Lord Palmerston, un « best seller » de l’époque, réédité plusieurs fois, s’attaquait justement aux sympathies du premier ministre britannique pour l’autocratie russe.

Antonio Negri et Michael Hardt : Empire, Harvard University Press, 2000, traduit de l’américain par Denis-Armand Canal, réédition 10/18, 2004.

Le mot « États-Unis » ne figure même pas dans toute la première partie pourtant intitulée « La constitution politique du présent ». Seul « Washington » est évoqué, au côté de Genève ( ?) et Tokyo, pour dire qu’il ne s’agit pas de centres de l’Empire.

Les auteurs d’Empire font un usage intensif de mots philosophiques dont on ne saisit pas toujours bien le sens dans le contexte de leur ouvrage. Immanence, ontologique font partie de ces mots qui permettent de substituer à la réalité son équivalent idéal. Comme chez les jeunes hégéliens brocardés par Marx dans La Sainte Famille et L’idéologie allemande, chez Hardt et Negri on va du ciel vers la terre.

T.Negri, M.Hardt : Empire, p.73

ibid.

op. cit. p.77

La deuxième guerre du Golfe a vu l’invention du « journaliste embarqué », intégré à une unité de l’armée et assurant un contrôle de l’information nettement plus subtil que l’écran noir de la première guerre du Golfe.

Op. cit. p.76

Évaluation de la revue scientifique britannique The Lancet

Voir L’impérialisme, premier volume des Origines du totalitarisme. De cet ouvrage, on cite surtout le troisième volume, Le système totalitaire, en oubliant que pour Arendt le totalitarisme est une conséquence de l’impérialisme et du colonialisme.

Hannah Arendt : L’impérialisme, traduit de l’anglais par Martin Leiris,  édition du Seuil, collection « Points »,  1997, p.244

Empire, p.466

H. Arendt, L’impérialisme, p.292

ibid.

cf. Empire, p.267 et sq.

p. 173 et sq.

Voir Les nouvelles prisons de la misère, Liber, 2000

Voir Le nouvel ordre local. Gouverner la violence.L’Harmattan, 1999

 

 

http://denis-collin.viabloga.com/news/le-socialisme-et-la-nation

La Gauche à reconstruire

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Quelques remarques ont donc été ajoutées en italique et entre crochets à la fin de certains chapitres lorsqu’un élément du texte paraissait devoir être discuté.

La gauche à reconstruire

Il est devenu courant en France – presque impératif – de « débattre » de tout et de rien avec n’importe qui. Généreusement médiatisés, de tels badinages postulent que la société serait « apaisée » et que les positions des « partenaires sociaux » seraient conciliables après dialogue.

Certains persistent néanmoins à associer les idées et les projets à des intérêts irréductibles dont le choc ne saurait être étouffé par quelque « concertation » que ce soit. Quand on analyse les grandes fractures de l’histoire, la supériorité d’une telle approche apparaît aussitôt. Comment une classe sociale impose-t-elle sa domination ? Le cas échéant, en alliance avec qui ? Inspirée par Karl Marx, l’analyse dominante à gauche posait qu’une révolution survenait chaque fois que les institutions et les rapports de propriété servaient un groupe social devenu « incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante » (Manifeste du parti communiste, 1848). Et qu’ils contrariaient par conséquent l’avènement de la société nouvelle. En 1789, la bourgeoisie française réclamait la liberté de l’entreprise et du profit ; elle dut alors affronter un pouvoir associant noblesse et clergé ; elle l’emporta grâce à une alliance (temporaire) avec les prolétaires.

Cette configuration d’une bourgeoisie révolutionnaire alliée aux masses rurales et urbaines ne se retrouva pas ailleurs. D’autres bourgeoisies avaient refusé (ou allaient le faire) de mêler leur sort à celui des paysans pauvres ou des prolétaires. En France, selon l’historien Albert Soboul, « la bourgeoisie n’accepta l’alliance populaire contre l’aristocratie que parce que les masses lui demeurèrent subordonnées. Dans le cas contraire, elle aurait vraisemblablement renoncé, comme au XIXe siècle en Allemagne et dans une moindre mesure en Italie, à l’appui d’alliés jugés trop redoutables » (La Révolution française, PUF, 1965).

Car, pour qui ne voulait pas tenter le diable, c’est-à-dire provoquer (comme au Venezuela aujourd’hui ?) l’irruption des sans-culottes dans la vie politique, un modèle existait : celui de la révolution anglaise, associant la bourgeoisie et l’aristocratie foncière. Là encore, le choix devait peu de choses à des humeurs individuelles ou à des débats d’idées, et presque tout à des intérêts. Impliquée assez tôt dans la production et le négoce, l’aristocratie anglaise – contrairement à son homologue d’outre-Manche, plus parasitaire – n’avait nulle raison de combattre le mode de production capitaliste qui émergeait. On le voit : dans un jeu à trois, le cours de l’histoire bascula selon que la bourgeoisie, dont l’heure était venue, dut prendre le pouvoir avec le peuple ou parvint à s’entendre avec l’aristocratie.

Longtemps, la gauche eut pour principal souci de précipiter la relève sociale en exprimant les priorités des « masses ouvrières », en les mobilisant politiquement contre le capitalisme. Parfois, elles aussi devaient contracter des alliances – avec les paysans et les travailleurs indépendants pendant le Front populaire, avec les ingénieurs et les cadres plus tard – mais en tenant le gouvernail. Depuis une trentaine d’années, la perspective de nombre de formations socialistes ou travaillistes s’est inversée. Elles privilégient les « classes moyennes », pas les catégories populaires. Les recentrages des « nouveaux démocrates » américains, des « nouveaux travaillistes » britanniques et de la plupart des sociaux-démocrates européens en témoignent.

Il y a cinq ans, l’ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn a d’ailleurs théorisé l’effacement politique du prolétariat d’antan : « Du groupe le plus défavorisé, écrivait-il, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’Histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. » Il a en revanche attribué toutes les vertus au « groupe intermédiaire », d’autant que, selon lui, « l’analyse marxiste, si simple, et surtout si pratique », était devenue « caduque » : « A mesure que l’épargne des salariés s’est étendue, la distinction fonctionnelle entre les revenus du travail et les revenus du capital n’a plus recouvert avec autant de concordance la distinction personnelle entre les individus qui vivent des uns et ceux qui bénéficient des autres. » (La Flamme et la cendre, Grasset, Paris, 2002.)

Les économistes Gérard Duménil et Jacques Bidet se proposent de discuter à leur tour certains des fondements de l’analyse marxiste. Mais, loin de vouloir ainsi brouiller ou effacer le rôle historique des classes populaires, ils leur suggèrent d’envisager de nouvelles alliances, nationales et internationales. Afin – peut-être – de reprendre l’avantage.

 

Un autre marxisme pour un autre monde

Dans la tourmente de la mondialisation néolibérale, la gauche est entrée en récession. La France, pays de l’exception supposée, s’aligne sur une situation désormais quasi générale : un affaiblissement historique de l’antagonisme entre des prétentions politiques rivales. Assumant le discours de la droite réactionnaire et une politique économique libérale, M. Nicolas Sarkozy est parvenu à se faire entendre des couches populaires les plus fragilisées. Il a réussi à convaincre que lui seul détient les moyens de réaliser les espoirs qu’incarnait la gauche, dont il rallie les idéologues et neutralise les chefs de file. La convergence ultime l’a-t-elle emporté sur la « lutte finale » ? [je souligne et ajoute : le discours seulement, pas de passage à l'acte en l'occurence]

Le défi d’un pouvoir de gauche, porté par des décennies de luttes, s’était, au sortir de la seconde guerre mondiale, concrétisé dans le « compromis social-démocrate », selon de multiples variantes, des centres aux périphéries. Le capitalisme continuait à se déployer en guerres coloniales et destructions écologiques, mais les privilèges de la propriété capitaliste s’étaient amenuisés : faibles taux d’intérêt réels, maigres distributions de dividendes, hausse modérée de la Bourse, prédominance du secteur non financier. Et l’on mettait en place des industries nationales, des services publics, une sécurité sociale, des politiques d’emploi et de développement. Toute une dynamique « socialisante », parfois véhiculée par des forces politiques de gauche, 1968 en marquant l’apogée.

Soudain l’élan est brisé. A la fin des années 1970, les capitalistes retrouvent une capacité offensive. Ils engagent un nouveau cycle historique, néolibéral. Trois décennies plus tard, l’affaire semble entendue. Du passé, ils ont fait table rase. La voie tracée semble sans retour. Le doute s’installe sur l’idée même de gauche, non seulement sur la faisabilité de ses projets, mais sur l’avenir dont elle était porteuse. Un sentiment de vide, comme la perte d’une croyance. Un sournois désespoir, qui paralyse.

Que manque-t-il donc à la « gauche » pour comprendre sa propre histoire, en faire le bilan – de son irrésistible ascension à son déclin historique – et pour être en mesure d’envisager une suite, si difficile soit-elle ?

Tout en nous réclamant de Karl Marx, nous soutenons que c’est au marxisme lui-même qu’il faut s’en prendre. Car c’est lui qui a consacré, dans la culture commune, cette division en deux camps : travail contre capital. Or ce mythe fondateur introduit un biais fallacieux. L’ordre social moderne comporte non pas une, mais deux forces sociales dominantes : au monde des « capitalistes » s’en articule un autre, celui des organisateurs, gestionnaires privés et publics, experts en tout genre – les « cadres-et-compétents ». C’est à ces deux forces, liées et pourtant antagoniques, que fait face l’ensemble des « classes fondamentales populaires ». C’est à partir de là que se comprend la lutte moderne de classes – un jeu à trois, et non à deux.

Dans le « compromis social-démocrate » prévalant durant les « trente glorieuses », une alliance s’est réalisée entre les classes fondamentales et les cadres-et-compétents, diversement représentée par des partis socialistes ou communistes. Les classes fondamentales en constituaient la force motrice ; les cadres-et-compétents, la cheville ouvrière. L’inspiration provenait des deux composantes. L’Etat-nation devint l’Etat social. La gestion des entreprises et des politiques échappait largement aux détenteurs de capitaux. On parlait d’économie mixte, entre capitalisme et socialisme. Il reste à préciser le profil de cet objet et à comprendre dans quelles conditions il a disparu.

Pour y parvenir, repartons de l’analyse faite par Marx. Son idée centrale est que la structure de classe, dans le monde moderne, ne renvoie pas, comme dans les systèmes antérieurs, à la prétention d’une supériorité naturelle de certains, mais à l’affirmation de la liberté et de l’égalité entre tous, telles qu’elles se donnent censément dans une économie de marché. Seulement, précise Marx, ce système ne se réalise qu’en faisant du travailleur lui-même une marchandise exploitable. Une telle économie est donc capitaliste, et non seulement marchande. Le marché n’est pas en lui-même un rapport de classes, mais il en est le facteur en dernière instance. Il donne lieu à la propriété privée des moyens de production. C’est, dit Marx, avec cette matrice marchande qu’il faut en finir, parce qu’elle conditionne tout le reste.

Or, ajoute-t-il, on voit au sein de l’entreprise moderne émerger l’autre principe rationnel de coordination, susceptible de se généraliser à l’échelle sociale et de marginaliser puis de remplacer le marché : l’« organisation », équilibrage a priori et non plus a posteriori des décisions de production. La classe ouvrière y puisera sa force ascendante ; les salariés finiront bien par s’approprier les entreprises ; la révolution ouvrira une ère postmarchande, fondée sur l’organisation concertée entre travailleurs libres et égaux.

Ce « grand récit » résume l’utopie centrale du XXe siècle, inspiratrice d’héroïques révolutions, de luttes et de réformes émancipatrices qui ont changé le destin du monde. Référence théorique fondamentale, il comporte cependant une face obscure car il occulte que l’organisation est elle aussi, à l’instar du marché, un facteur de classe : l’autre facteur. Et que la forme moderne de société repose sur ces deux piliers. La domination de classe y relève de deux forces relativement distinctes, dont l’une opère à travers la propriété capitaliste, et l’autre à travers la « compétence » – qui assure l’organisation économique, administrative, culturelle (1).

Ce paradigme, que nous appelons « néomarxisme », implique une révision importante de l’analytique des structures de classe proposée par le marxisme classique. Il pose à celui-ci la question de savoir pourquoi lui échappe cette dualité de la domination, enregistrée par les sociologies et accessible au sens commun. Pourquoi cette idée est-elle étrangère à son approche, qui traite la bureaucratie comme une pathologie, sans discerner dans l’organisation un facteur de classe ?

La raison en est que ce marxisme classique émergea lui-même historiquement, face à la propriété capitaliste, comme le discours d’un arrangement tacite, et quelque peu occulte, entre les cadres-et-compétents et les classes populaires. Et c’est pour cette raison qu’il a pu constituer la doctrine officielle du « mouvement ouvrier », tant dans le « socialisme réel » qu’au sein du « socialisme dans le capitalisme ». Dans ces courants historiques s’affirme une identité de classe ambivalente, constamment déniée, orientée vers un compromis entre la « classe ouvrière » et le pôle de l’encadrement économique et culturel. La concertation entre tous (l’« association des travailleurs », objectif officiel) y prend, à des degrés divers, la forme d’une économie organisée, sous l’égide d’institutions publiques. Le pouvoir de tous tend à s’identifier au pouvoir des organisateurs.

L’histoire du capitalisme au XXe siècle est ainsi gouvernée par l’alternance, au sommet du pouvoir, des deux forces socialement dominantes. La « finance » prédomine jusqu’en 1933 (début du New Deal aux Etats-Unis). Puis l’encadrement organisationnel, jusqu’aux années 1970. Enfin à nouveau la finance. Quand celle-ci l’emporte, elle impose aux organisateurs la dynamique du changement social qui lui est propre. Quand prévaut le pôle de l’organisation, c’est qu’il a fait alliance, contre la finance, avec les classes populaires.

Cette grille de lecture éclaire les destins disparates, et pourtant parallèles, du capitalisme et du socialisme réel. Elle conduit à mettre en regard, d’une part, la montée en puissance d’un « pouvoir managérial » à l’Ouest, vérifiable au niveau des entreprises, des grandes sociétés et des Etats, et, d’autre part, la « révolution prolétarienne » à l’Est, laquelle a très rapidement laissé le pouvoir se concentrer entre les mains des organisateurs, promus en classe dirigeante unique. Le parallélisme des phénomènes conduit à penser qu’ils relèvent des mêmes déterminations structurelles profondes, inhérentes à la forme moderne de société. Au point que la convergence des systèmes ou le passage de l’un à l’autre furent toujours objet de débat.

Cette alliance historique entre classes populaires et cadres-et-compétents a pris des formes diverses, se renforçant jusque dans les années 1960-1970. Elle fut décisive dans les combats du tiers-monde, dans les poussées révolutionnaires latino-américaines, dans les mouvements étudiants et ouvriers à travers le monde. Pour ne parler que de la France, toute une jeunesse étudiante, riche déjà de la position hiérarchique que ses diplômes lui réservaient dans la société, ébranlait en 1968 les vieux contextes culturels sur lesquels les forces de la droite traditionnelle appuyaient leur pouvoir de classe. Entraînée par cet élan, la classe ouvrière lançait vers le ciel un ultime assaut : quarante jours de grève plus ou moins nationale. Ce n’était là qu’un début, disait-on...

Pourquoi faut-il dès lors que l’histoire ait pris un autre cours, et que se soit produit un soudain retour de la finance ?

C’est que l’endiguement des pouvoirs et revenus de la finance dans le compromis social-démocrate n’était pas passé inaperçu. Les idéologues des classes capitalistes, de Friedrich von Hayek à Milton Friedman, avaient dès l’origine saisi la nature du processus, tant au plan national qu’international. La finance retrouvant sa pugnacité (le souvenir de la crise de 1929 s’estompait), son pouvoir se reconstituait, notamment dans l’émergence d’un nouveau système financier, celui des euromarchés, à l’abri du contrôle des banques centrales.

Chaque écueil que le compromis de l’après-guerre rencontrait sur sa route – à commencer par la crise du dollar au début des années 1970 – en fragilisait les fondements. L’incapacité des tenants du compromis à faire face à la crise structurelle des années 1970, notamment à l’envolée de l’inflation, favorisa l’émergence de pouvoirs, ceux qu’incarnaient Mme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, affrontant avec une détermination « de fer » les résistances ouvrières. En 1979, les taux d’intérêt étaient portés à des niveaux sans précédent, bouffée d’air frais pour des classes capitalistes dont le revenu était au plus bas. Crise dans le tiers-monde endetté. Une nouvelle discipline était imposée aux travailleurs et gestionnaires.

Les grandes tendances capitalistes à la mondialisation commerciale et financière, que l’ordre social antérieur était parvenu à domestiquer dans des politiques de développement, reprenaient ainsi le dessus, dans des conditions renouvelées par certaines « avancées » technologiques. La mondialisation changeait de caractère. Elle imposait une nouvelle division internationale du travail, sous hégémonie américaine, qui relança l’exploitation coloniale et plaça en concurrence tous les travailleurs du monde. Le miracle chinois allait cacher les plaies de l’Amérique latine.

Dans ce processus, les cadres-et-compétents ont été repris en main par la finance. Dépossédés de la capacité d’initiative et détournés des objectifs qui avaient été les leurs dans le contexte de l’Etat-nation, ils se montrent incapables d’en rétablir les logiques au plan continental, comme en Europe. Ils passent du compromis social-démocrate au compromis néolibéral. Un ralliement plus ou moins empressé selon les contextes historiques, plus allègre aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni qu’en France.

Lorsque des figures politiques représentatives des cadres-et-compétents se rallient aux options néolibérales, il n’y a pas de trahison individuelle. Au-delà de l’ambiguïté des carrières, les conditions historiques qui avaient conduit à l’émergence du compromis social-démocrate ont disparu. Feu la gauche ! Et la question se pose alors pour les classes fondamentales : comment reprendre l’initiative politique ?

Pour répondre, il faut d’abord élucider un second point. Comment passe-t-on du jeu à trois à un jeu à deux ? Comment le schéma ternaire, de classes, se matérialise-t-il dans la forme binaire (droite-gauche) qui gouverne la scène politique ? Dans le schéma démocratique de gouvernement à la majorité, la gauche constitue le lieu politique problématique de l’alliance entre les classes fondamentales et les cadres-et-compétents. Au tournant du XIXe au XXe siècle, révolutionnaire ou réformiste, elle s’est historiquement constituée quand le salariat s’est tourné vers les couches de la « compétence », de l’encadrement et de la culture, les entraînant dans sa dynamique historique. Les intellectuels et organisateurs en tous genres ont alors joué un rôle-clé, se positionnant volontiers à l’avant-garde du « mouvement ouvrier ».

Assurément, l’« organisation » recèle un immense potentiel de tyrannie, mais elle ne s’exerce comme telle qu’en s’exposant de façon publique : elle s’énonce en projets d’ensemble, articulant fins et moyens. A l’inverse, le « marché », en tant que tel, n’a aucun plan commun à dévoiler ni à soumettre à la critique commune. S’il requiert publicité et propagande, il n’a rien d’autre à offrir aux citoyens que la promesse d’une prospérité inscrite dans les mécanismes du profit et de l’intérêt individuel. Il n’est donc pas indifférent d’être gouverné à gauche ou à droite.

Mais la « gauche » est un vocable désignant une chose instable dont le contenu varie selon que les cadres-et-compétents sont engagés dans un compromis social-démocrate, à gauche, ou dans un compromis à droite. La Gauche majuscule, la « gauche de gauche », n’est pas une institution naturellement garantie. Elle est un événement, qui se produit quand le courant populaire parvient à entraîner les cadres-et-compétents dans la dynamique d’émancipation qui lui est propre. Dans une telle situation, le lien naturel entre les deux composantes de la domination de classe se distend, l’étau qui enserre le grand nombre se relâche.

La situation est aujourd’hui tout autre. Le monde ouvrier a perdu sa centralité, sa place stratégique dans la production qui faisait de lui un élément moteur. L’alliance avec les cadres-et-compétents est devenue problématique. Les classes fondamentales sont placées dans un embarras historique.

La difficulté tient, d’une part, à ce que la puissance nécessaire à la marginalisation de la propriété capitaliste se construit à travers l’alliance avec un partenaire qui peut y trouver ses propres raisons, mais qui reste en même temps – du haut de ses privilèges d’expertise et de direction – un adversaire de classe. Parce que la domination est double, le combat est à mener sur les deux fronts.

Il est clair, d’autre part, que les classes fondamentales ne peuvent l’emporter que si elles réalisent l’unité politique des fractions entre lesquelles elles tendent à se diviser. Ce fractionnement congénital se manifeste dans leur éparpillement sur l’échiquier politique. La droite « propriétaire » fascine les travailleurs indépendants et les couches les plus fragiles du salariat. La gauche « organisatrice et compétente » aspire les salariés du public et, plus généralement, ceux qui ambitionnent une ascension sociale à travers les voies de la compétence. Ces tensions dessinent en creux les exigences d’un programme d’union populaire. C’est cette politique d’unité et d’alliance qui a jalonné l’histoire moderne de temps forts d’émancipation, réformes ou révolutions. Il n’existe aucune voie royale, alternative. Il n’est d’autre choix d’avenir que de la développer du plus local aux échelles les plus vastes, de l’Europe à l’espace-monde. Et d’en radicaliser les objectifs.

Il ne s’agit pas seulement de la propriété commune de certains moyens de production et de la répartition convenable du revenu. Il s’agit, en même temps, des conditions de la vie commune, c’est-à-dire du rapport entre les sexes, de l’écologie, du travail, de la santé, de l’éducation, de la recherche, de l’urbanisme, etc. La lutte contre le capitalisme, dont la logique est l’accumulation du profit, la richesse abstraite, a toujours été une lutte pour les conditions concrètes de l’existence, pour une emprise sur la production de la vie sociale.

Comment les classes fondamentales peuvent-elles reprendre l’initiative ? Nécessaire, une forme d’organisation politique qui leur soit propre, celle du « parti », même au pluriel, ne saurait répondre à l’ensemble du problème. Seule une diversité de mouvements autonomes, pérennes ou circonstanciels, est susceptible de mener au jour le jour le combat sur les deux fronts : contre les coups toujours nouveaux du capitalisme et contre la propension de l’« élite » à détourner à son