25.05.2009

La crise du monde moderne

Pour faire suite à la réflexion d'un de nos camarades sur les oeuvres de René Guénon (Sur la nécessité d'une autorité supérieure), nous vous proposons une lecture essentielle, celle de "La crise du monde moderne". Nous recommandons en priorité la lecture des derniers chapitres de l'ouvrage (à partir du chapitre VI intitulé "Le chaos social") qui constituent une synthèse brillante et limpide de la pensée de l'auteur.


René Guénon - La crise du monde moderne (version intégrale)

René Guénon - La crise du monde moderne (les chapitres essentiels)

08.03.2009

Banditisme social

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« Les Bandits » de E.J Hobsbawm

par C. Viscard (E&R Aquitaine)

 

 

Robin des bois vole aux riches pour donner aux pauvres. C’est la figure légendaire du « bandit social ». Hors la loi pour le souverain, il apparaît en revanche comme un vengeur, un justicier et un héros aux yeux de la société paysanne.

Des « Haïdoucs », bandits des Balkans en passant par Jesse James ou Billy the kid, le grand historien britannique Eric J.Hosbawm retrace, dans cet ouvrage passionnant, devenu un classique, l’histoire mouvementée du « banditisme social ».

En prenant ses distances avec l’histoire officielle, Hobsbawm, s’efforce d’inscrire le destin de ces marginaux dans une étude des structures économiques et sociales qui conditionnent leur apparition, en faisant notamment le lien entre les « épidémies de banditisme » et d’intense phase de crise économique. Dans cette histoire de la violence sociale, les personnages de bandits, émergent comme les visages masqués de communautés paysannes réagissant à la destruction de leur mode de vie. Des ombres peuplant une zone incertaine où rodent à la fois la criminalité organisée et la mondialisation politique.

Si Hobsbawm a voulu écrire l’histoire des bandits, c’est parce qu’il y décèle l’une des généalogies primitives des mouvements sociaux. La question du bandit demeure, toujours actuelle : comment passer pour des révoltés, passer de la délinquance  à la politique.

 

 

Zones, 2008, 13€

 

16.02.2009

LECTURES

-Fiches de lecture, synthèses et extraits d'ouvrages-


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Henri de GROSSOUVRE- Paris Berlin Moscou - 2002.doc


analyse de Jean PARVULESCO

[Nouveauté]

 

 

-Journaux-Revues-

 

LA VERITE - Une expérience journalistique assez soralienne sous certains aspects

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Sommaires et téléchargement : LA VERITE - Marc Edouard Nabe

 

-Fiches de lecture, synthèses et extraits d'ouvrages-

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Zbigniew BRZEZINSKI - Le grand échiquier -2002.pdf
par Max Steens

mots-clés : géopolitique,mondialisme, OTAN, Union Européenne, espace eurasiatique


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Alexandre Douguine - Le prophète de l'eurasisme - 2006 [extrait]


 

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Renaud CAMUS - La dictature de la petite bourgeoisie - 2005.doc

par Domrémy

mots-clés : culture, langage, égalitarisme, idéologie

 

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Gustave Le Bon - Psychologie des foules - 1895.pdf

par Denis Touret+Domrémy

Ouvrage précurseur de la psychologie sociale.
mots-clés : manipulation, influence, masses, inconscient collectif, race, puissance des mots, croyance, opinion, tyrannie

 

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Alain de BENOIST - Nous et les autres - 2006.doc

par Domrémy

 

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Marcel GAUCHET - Le désenchantement du monde - 1985.pdf

par Jean Zin

 

 

 

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Jean BAUDRILLARD - L'échange symbolique et la mort - 1976.pdf

par Michel Drac

 

 

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Philippe MURAY - Festivus Festivus - 2005.pdf

par Domrémy

 

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Pierre LARROUTUROU - Le livre noir du libéralisme - 2007.pdf

par Michel Drac

mots-clés : mondialisme néolibéral, dettes, croissance, nullité du PS français.

 

 

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Michel CLOUSCARD - Néo-fascisme et idéologie du désir - 1973.pdf

par Domrémy

M. CLOUSCARD - Néo-fascisme et idéologie du désir - présentation.pdf
mots-clés : libéralisme-libertaire, Deleuze, consommation transgressive, Etat, schizophrénie

 

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Michel CLOUSCARD - Le capitalisme de la séduction - 1981.pdf

par Domrémy

 

 

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Claude PREVOST - Les étudiants et le gauchisme - 1969.pdf

par Domrémy

 

 

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Christopher LASCH - Le seul et vrai paradis - 1991.pdf

par Denis Collin

09.02.2009

Paris ! Berlin ! Moscou !

parvuAMM.JPGL'enigmatique Jean Parvulesco analyse le dernier opus d'Henry de Grossouvre:

Paris-Berlin-Moscou

Fils de François de Grossouvre - qui, pendant les présidences de François Mitterrand, avait été, en fait, sous la couverture de Grand Veneur de la République, le responsable présidentiel pour la conduite opérationnelle de l’ensemble des services de renseignements politiques et militaires français, et qui (ainsi que l’on s’en souvient) trouva une mort mystérieuse et tragique à l’intérieur même du palais de la Présidence de la République - le jeune Henri de Grossouvre vient de publier à Paris, aux Editions L’Age d’Homme, avec une importante préface du général Pierre-Marie Gallois, un essai d’analyse et prospective géopolitiques de la plus brûlante actualité; intitulé Paris-Berlin-Moscou.

“Le centre du monde est en marche vers l’est”, écrit le général Pierre-Marie Gallois dans sa préface. Henri de Grossouvre, qui vit et travaille à Vienne, est un spécialiste des problèmes économico-politiques de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’ensemble de l’espace géopolitique de l’Europe de l’Est, de l’ancienne Mitteleuropa. Henri de Grossouvre est aussi un partisan activiste et un doctrinaire de pointe de l’intégration de la “nouvelle Russie” de Vladimir Poutine au sein de la plus Grande Europe continentale, ouverte à présent vers les projets eurasiatiques avancés par les groupes géopolitiques proches de l’entourage immédiat du président russe.

A ce titre, le livre de Henri de Grossouvre, Paris-Berlin-Moscou, constitue un document politique extrêmement révélateur, livrant les positions d’avant-garde d’une certaine tendance actuelle de la pensée géopolitique française en action et cela d’autant plus que Henri de Grossouvre sera sans doute prochainement appelé à des responsabilités politiques de niveau européen, dans le cadre d’une “Communauté géopolitique France-Allemagne-Eurasie”, actuellement en voie de constitution. La thèse fondamentale du livre de Henri de Grossouvre fait la promotion de la plus que nécessaire, désormais, intégration fédérale de l’ensemble continental grand-européen autour de l’axe Paris-Berlin-Moscou, derrière lequel se profile, implicitement et dans un plus lointain avenir, l’axe transcontinental de la “Forteresse Eurasiatique” Paris-Berlin-Moscou-New Delhi-Tokyo. Ce qui en appelle, en premier lieu, l’intégration “à part entière”, à la fois totale et immédiate, de la “Nouvelle Russie” de Vladimir Poutine au sein de la communauté d’être et de destin de la plus Grande Europe. [...]

 

intégralité de l'article cliquer :  ICI

 

source :
http://mecanopolis.wordpress.com/2008/02/20/combattre-lotan-cest-combattre-pour-leurope/

05.02.2009

L'Islam vu par Julius Evola

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En 1994 est paru chez Insan, une maison d'éditions d'Istanbul, un livre intitulé Modern Dünyaya Baçkaldïrï, c'est à dire la traduction turque de Révolte contre le monde moderne de Julius Evola. Cette initiative est due à un professeur de théologie islamique de l'Université de Marmara, qui à l'époque avait en projet de faire publier un autre livre d'Evola, Masques et visages du spiritualisme contemporain. D'autre part, Révolte contre le monde moderne à été évoqué, à l'occasion d'un entretien publié dans Éléments (n° 77, 1993), par l'intellectuel algérien Rachid Benaïssa, élève de ce maître à penser que fut Malek Bennabi.
Si le nom de Julius Evola n'est pas inconnu en terre d'Islam, dans quelle mesure Evola a eu connaissance de l'Islam ?

Le tableau de la tradition islamique brossé dans Révolte contre le monde moderne n'occupe que quelques pages, mais présente avec suffisamment de relief les aspects de l'Islam qui permettent, dans la perspective evolienne, de le caractériser comme une « tradition d'un niveau supérieur non seulement à l'hébraisme, mais aussi aux croyances qui conquirent l'Occident » (RMM, 342).

En premier lieu, Evola fait remarquer que le symbolisme de l'Islam indique clairement un rattachement direct de cette forme traditionnelle à la Tradition primordiale elle-même, de sorte que l'Islam est indépendant du judaïsme comme du christianisme, religions dont il rejette d'ailleurs les thèmes spécifiques (péché originel, rédemption, médiation sacerdotale, etc.). C'est toujours dans Révolte conte le monde moderne que nous lisons:

« De même que dans l'hébraïsme sacerdotal, l'élément central est constitué ici par la loi et la tradition, en tant que forces formatrices, auxquelles les souches arabes des origines fournirent toutefois une matière beaucoup plus pure, plus noble et empreinte d'esprit guerrier. La loi islamique, Sharîah, est la loi divine; sa base, le Coran, est considéré comme la parole même de Dieu - kalâm Allâh - comme une oeuvre non humaine, un livre "incréé", existant ab aeterno dans les cieux. Si l'Islam se considère comme la "religion d'Abraham" et a même voulu faire de celui-ci le fondateur de la Kaaba, où réapparaît la "pierre", le symbole du "Centre", il n'en demeure pas moins qu'il affirme son indépendance vis-à-vis de l'hébraïsme comme du christianisme, que le centre de la Kaaba contenant le symbole en question a des origines préislamiques lointaines, difficiles à déterminer, et qu'enfin le point de référence de la tradition ésotérique islamique est la mystérieuse figure du Khidr, considérée comme supérieure et antérieure aux prophètes bibliques. L'Islam rejette le thème caracteristique de l'hébraïsme, qui deviendra, dans le christianisme, le dogme et la base du mystère christique: il maintient, sensiblement affaibli, le thème de la chute d'Adam, sans en déduire, toutefois, la notion de "péché originel". Il voit en celui-ci une "illusion diabolique" - talbis Iblîs. D'une certaine façon, même, ce thème est inversé, la chute de Satan - Iblîs ou Shaitân - étant attribuée, dans le Coran (XVIII, 48), au refus de celui-ci de se prosterner, avec les Anges, devant Adam. Ainsi se trouvent repoussés à la fois l'idée centrale du christianisme, celle d'un rédempteur ou sauveur, et l'idée d'une médiation exercée par une caste sacerdotale. » (RMM, 340-341)

Pureté absolue de la doctrine de l'Unité, exempte de toute trace d'anthropomorphisme et de polythéisme, intégration de chaque domaine de l'existence dans un ordre rituel, ascèse de l'action en termes de jihâd, capacité de modeler une « race de l'esprit » : tels sont, successivement, les aspects de l'Islam qui retiennent l'attention d'Evola. Il écrit :

« Le Divin étant conçu d'une façon purement monothéiste, sans "Fils", sans "Père", sans "Mère de Dieu", tout musulman apparaît directement relié à Dieu et sanctifié par la loi, qui imprègne et organise en un ensemble absolument unitaire toutes les expressions juridiques, religieuses et sociales de la vie. Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le signaler, l'unique forme d'ascèse conçue par l'Islam des origines fut celle de l'action, sous la forme de jihâd, de "guerre sainte", guerre qui, en principe, ne doit jamais être interrompue, jusqu'à la complète consolidation de la loi divine. Et c'est précisément à travers la guerre sainte, et non par une action de prédication et d'apostolat, que l'Islam connut une expansion soudaine, prodigieuse, et forma non seulement l'Empire des Califes, mais surtout l'unité propre à une race de l'esprit - umma - la "nation islamique". » (RMM, 341)

L'Islam, enfin, observe Evola, est une forme traditionnelle complète, en ce sens qu'il est doué d'un ésotérisme vivant et opératif qui peut fornir, à ceux qui possèdent les qualifications nécessaires, les moyens de parvenir à une réalisation spirituelle qui dépasse le but exotérique du « salut »:

« Enfin (...), l'Islam présente un caractère particulièrement traditionnel, complet et achevé, du fait que le monde de la Sharîah et de la Sunna, de la loi exotérique et de la tradition, trouve son complément, moins dans une mystique que dans de véritables organisations initiatiques - turuq - détentrices de l'enseignement ésotérique, le ta'wîl, et de la doctrine métaphysique de l'Identité suprême, Tawhîd. La notion de ma'sûm, fréquente dans ces organisations et, en général, dans la Shîa, notion relative à la double prérogative de l'ismâ, ou infaillibilité doctrinale, et de l'impossibilité, pour les chefs, les Imams visibles et invisibles, et les mujtahid, d'être entachés de faute, correspond à l'attitude d'une race demeurée intacte et formée par une tradition d'un niveau supérieur non seulement à l'hébraïsme, mais aussi aux croyances qui conquirent l'Occident. » (RMM, 341-342)

Lire la suite: http://www.voxnr.com/cc/d_evola_s_eu/EpVklyAluVzJtnvcDI.shtml

 

 


25.08.2008

Néo-fascisme et idéologie du désir

 

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Dans cet ouvrage, le travail de Michel Clouscard consiste à dévoiler la collusion du libéralisme et de la pensée freudo-marxiste en vue d’imposer à la société française le nouveau mode de production capitaliste lié au marché du désir. Lorsque paraît « Néo-fascisme et idéologie du désir », les théories freudo-marxistes sont très à la mode et Clouscard s’empressera de montrer qu’elles ne sont qu’une caution libertaire du libéralisme. En effet, sous couvert de produire une rupture avec la société de consommation, la pensée freudo-marxiste présentée comme émancipation transgressive s’avèrera n’être qu’une des conditions majeures du développement de cette même société de consommation. En effet, son escamotage des rapports de classe témoignera d’une profonde allégeance à la nouvelle société du capitalisme avancé et à la nouvelle exploitation que cette dernière opère sur le prolétariat. La fonction première de cette idéologie du désir fut donc de briser la société traditionaliste et de promouvoir de nouvelles conduites libidinales, ludiques et marginales qui, tout en prétendant lutter contre lui, permirent la relance et l’expansion du capitalisme. Il s’est agi de cacher une terrible réalité : le redéploiement du capitalisme, loin d’intégrer le prolétariat à cette nouvelle société, n’a fait que l’en exclure encore un peu plus pour permettre à la classe dominante et notamment à la nouvelle petite-bourgeoisie, celle dont font partie les adeptes du freudo-marxisme, une nouvelle consommation libertaire et parasitaire. Les uns (le prolétariat) produisent le superflu, les autres (bourgeoisie, petite-bourgeoisie), grâce à l’exploitation de cette production, consomment le superflu. L’idéologie du désir, servant donc les intérêts de ceux qui la portent et la promeuvent, se charge de faire la publicité pour cette consommation parasitaire et ses nouvelles conduites qui impliquent le gaspillage.

Le freudo-marxisme est donc la proposition d’une forme particulière, d’un modèle particulier se proclamant universel et normatif et qui permet de gérer les moeurs d’une façon libertaire et progressiste pour camoufler l’oppression économique. C’est une révolution économico-esthétique qui systématise « la consommation transgressive pour atteindre la croissance maximale, implanter la réaction par le désordre moral, dissoudre les institutions de la Nation pour que le fonctionnement des multinationales devienne à la fois infrastructure et superstructure, seule instance productrice de la marchandise et du style de sa consommation, pour qu’enfin esthétique, marchandise, éthique soient une seule et même chose et règnent sur les individus massivement schizophrénisés, livrés aux dispersions transcendantales et aux participations panthéistes, par le plus fantastique déploiement de médias, de jeux, de drogues et de fêtes. »


Domrémy.

retrouvez la fiche de lecture de livre ICI

 

04.08.2008

Nous et les autres

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Le texte qui suit est une synthèse de l’ouvrage d’Alain de Benoist accompagnée de quelques commentaires. Il ne suit pas l’ordre chronologique de l’ouvrage mais rassemble en  quelques grands ensembles les idées qui y sont développées.

 

Alain de Benoist, Nous et les autres, Editions KRISIS, 2006

note de lecture proposée par Domrémy (E&R)

♦♦♦♦♦

 

 

  

Introduction : la modernité libérale

« Le sujet désengagé est un être indépendant, en ce sens que la personne doit trouver en elle ses raisons d’être essentielles et ne doit plus se les  laisser dicter par un ordre plus vaste auquel il appartient. » p. 15

Avec la pensée libérale et individualiste, c’est un nouveau sujet qui apparaît : un sujet indépendant et désengagé qui construit son identité à partir de sa seule intériorité. La modernité amène donc avec elle une problématique de l’identité. Les individus affranchis des circonstances de leur naissance doivent trouver des repères, doivent se réaliser eux-mêmes en dehors de tout héritage.

 

Construction de l’identité
 

S’interrogeant sur les déterminismes qui concourent à la formation de l’identité, AdB rappelle que si une identité peut être choisie (credo de la modernité), ce choix ne peut s’affranchir de l’influence d’une identité héritée. Dans ce même ordre d’idée, il ajoute que l’homme étant un animal social, l’identité est tributaire des relations interpersonnelles au sein d’une communauté d’appartenance. Ainsi : « Même si je me veux citoyen du monde, je ne peux exprimer cette option qu’en étant d’abord citoyen d’une partie du monde. Même si je m’éprouve comme n’étant de nulle part, je ne peux l’exprimer qu’à partir de quelque part. » L’identité est donc dialogique, elle se fonde  à partir du rapport à l’autre. D’où la nécessité de maintenir les différences ; d’où la nécessité de respecter les identités des autres.

Avec cette notion d’identité héritée, on pourrait penser qu’AdB essentialise l’identité. Il n’en est rien.  Pour lui, l’identité est dynamique, dialectique. Elle procède d’un choix [commentaire : un choix que je qualifierais de « conditionné »]. En effet, parmi les éléments qui nous sont donnés (naissance, histoire, langue…), nous avons à choisir ceux qui nous paraissent les plus importants, ceux qui sont plus déterminants que d’autres. Nous établissons des priorités. L’identité relève donc d’un choix subjectif [commentaire : il faudrait ici préciser que choix subjectif ne signifie pas choix libre ; que derrière ce choix subjectif il y a encore un arrière plan objectif ! On ne peut décidément pas échapper à tout héritage ! Et poser donc plus généralement la question du libre-arbitre – mais là c’est un autre sujet]. Choix subjectif parmi des critères objectifs. L’identité est donc en partie une histoire qu’on se raconte. Mais certains de ces critères relèvent tellement de l’être qu’ils ne laissent que peu de place à une évaluation et à une sélection par le désir (on pense ici à la langue héritée). Il n’empêche qu’il y a toujours un choix subjectif et donc AdB rejette tout essentialisme qui tendrait à figer l’identité en une substance immuable. Il dit même que cet essentialisme conduit tout droit au repli identitaire et à une sorte d’égoïsme, d’individualisme de groupe. Les individus sont alors dans le culte de la Mêmeté et ce repli ethnocentrique va alors de pair avec une homogénéisation du monde. [commentaire : AdB veut sans doute parler ici de la concurrence avec les autres communautés et de la volonté de domination qui peut accompagner ce repli

 

Problèmes actuels

Quelles sont les conséquences de cette nouvelle donne en matière de construction identitaire ?

 

Identités particulières et République 

La modernité a donné lieu à une identité plus englobante : l’identité nationale. Celle-ci se base sur un « savoir commun » qui comporte une part de fantasme (l’histoire qu’on se raconte). Mais quoi qu’en disent les critiques de l’identité nationale, cette histoire qu’on se raconte semble indispensable à la vie du groupe. Seulement, l’histoire de l’identité nationale c’est aussi celle du jacobinisme républicain face aux identités particulières. Sur cette question, AdB, s’il condamne l’assimilationnisme de type jacobin, semble se cantonner dans une situation intermédiaire qui prône le non empiètement d’une identité sur l’autre.  Il préconise une loi commune grâce à laquelle l’identité nationale se construirait sur les identités particulières, englobant ces dernières sans pour autant porter atteinte à leur existence.

[commentaire : AdB est à la fois opposé à tout jacobinisme et en même temps reconnaît la nécessité d’une identité plus englobante. Sur cette question, il reste finalement au stade des généralités et bien souvent on ne voit pas comment dans les faits se traduit cette articulation des identités particulières avec l’identité nationale ; la réponse reste en suspens. Cette absence de développement est probablement liée au format du livre qui s’apparente plus à un opuscule qui ouvre à la problématique de l’identité plutôt qu’à une somme qui traiterait exhaustivement le sujet]

 

Communautarisme et République

C’est moins le phénomène communautariste qui gêne AdB que la naissance en son sein de communautés imposées, de communautés factices. Il fustige ainsi les « caricatures d’appartenance » et le fait que du droit à la différence on glisse vers souvent vers le devoir d’appartenance. Sur cette question, la position d’AdB est claire. Pour lui, le communautarisme ne menace aucunement la République et n’affaiblit pas la Nation. Il est un symptôme logique du « jacobinisme ambiant », du dysfonctionnement de la République. C’est le délitement de la République qui produit le communautarisme et non l’inverse.[commentaire 1 : nous sommes ici dans l’histoire de « qui de l’œuf ou de la poule ? »]
[commentaire 2: lorsque AdB parle de la République, veut-il dire ici « la neutralité libérale inhérente au modèle républicain » ? Est-ce que AdB sous entend que ce dysfonctionnement, ce délitement est inscrit dans les « gênes » du modèle républicain ou simplement que ce modèle est dévoyé ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?]
[commentaire 3 : AdB semble favorable à un fédéralisme du type des Länder allemands et hostile à tout centralisme du pouvoir. La question est de savoir à quel moment une politique fédéraliste donnant de plus en plus en plus d’autonomie aux entités régionales ne cache pas un projet de balkanisation tendant à affaiblir l’Etat-nation et à conduire à une situation d’inégalité entre les composantes de celui-ci]

Ceci étant dit, AdB fait la distinction entre les groupes identitaires et les groupes d’intérêt (les lobbys), maintenant que seuls les seconds sont une menace pour la République [commentaire : le problème est que certains groupes identitaires sont de véritables groupes d’intérêt et qu’ils entrent en concurrence les uns avec les autres. AdB élude la question du jeu des rapports de force entre ces communautés et le préjudice de cette concurrence pour la République]
 

Destruction de l’identité

C’est le problème actuel majeur. Dans un monde dominé par un seul grand récit, celui du Marché, les frontières disparaissent, les « chez soi » n’existent plus, les langues nationales sont appauvries, les différences s’estompent. Une grande partie des critères qui président à la construction de l’identité sont donc mis à mal. Dans ce monde dominé par le Marché, le symbolique et le sens qui en découle sont éradiqués ; l’identité particulière, enracinée ne vaut rien. En lieu et place de l’identité charnelle et spirituelle, la société marchande impose les marques, les logos, les panoplies identitaires qui ne sont que des segments de marché. La part du choix « subjectif » dans la construction de l’identité n’a jamais été aussi forte puisque les individus peuvent désormais puiser à des sources artificielles et éloignées de toute réalité humaine. Et le phénomène est particulièrement délétère puisque cette liquidation de tout garant symbolique détruit du même coup tout ce qui faisait lien entre les individus et qui constituait un élément décisif dans le processus identitaire. A partir de là, c’est un mécanisme implacable qui est en route puisqu’il engendre une véritable mutation anthropologique.

 

♦♦♦♦♦

retrouvez cette note de lecture au format Word dans la rubrique Livres/LECTURES

02.07.2008

Le capitalisme de la séduction

Voici un petit pdf de 10 pages avec des morceaux choisis de cette oeuvre essentielle de la bibliothèque d'Egalité et Réconciliation.

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CLOUSCARD - Le capitalisme de la séduction.pdf

(clic droit pour enregistrer) 

 L'auteur lors d'un de ses rares passages à la télé, si ce n'est le seul : 

Apostrophes
A2 - 26/03/1982


Clouscard.
envoyé par Reyvilo

08.05.2008

MAI 68 - Les étudiants et le gauchisme

LES ETUDIANTS ET LE GAUCHISME 

 

« …un marxiste doit, pour juger une situation, se fonder sur le réel et non sur le possible »
«  Fonder une tactique prolétarienne sur des désirs, c’est la tuer. »
(Lénine, Œuvres, t. 24) 

« le bolchevisme s’est constitué, a grandi et s’est aguerri au cours d’une lutte de longues années contre l’esprit révolutionnariste petit-bourgeois qui frise l’anarchisme ou fait quelque emprunt et qui, pour tout ce qui est essentiel, déroge aux conditions et aux nécessités d’une lutte de classe prolétarienne conséquente »
(Lénine, La maladie infantile du communisme, 1920)

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       Voici à suivre des extraits d’un livre de Claude Prévost probablement difficile à trouver aujourd’hui et qui s’intitule « les étudiants et le gauchisme ».
L’auteur, membre de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) s’intéresse à l’opportunisme de gauche qui s’est étendu, dans les années 60, au milieu étudiant.
Le livre, publié peu après les évènements de mai 68, analyse en profondeur le gauchisme étudiant dans tout ce qu’il a de préjudiciable pour la lutte prolétarienne. Prévost prend au sérieux cette contestation globale de 68 dans le sens où elle a représenté une étape nouvelle dans la lutte des classes. En revanche il n’est pas très tendre envers les forces gauchistes qui ont alors entravé le développement du combat révolutionnaire. Cependant, il ne rejette pas tout en bloc et va même jusqu’à trouver dans cette révolte étudiante des ferments intéressants pour les luttes à venir, à condition bien évidemment de débarrasser un « noyau sain » du délire spontanéiste et de la pose anarchisante.

Claude Prévost, décédé en 1992, a notamment été critique littéraire à l’Humanité.

La lecture de l’ouvrage me conforte dans l’idée qu’en 68, grâce à la complicité des idiots utiles que furent les anarcho-spontanéistes et autres libertaires gauchisant, il s’est agi pour le pouvoir bourgeois de devancer la révolution prolétarienne pour précisément ne plus à l’avenir la rendre possible.

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Mais ces derniers [les étudiants] ont tort d’oublier que lorsqu’elle affronte la classe ouvrière, la violence policière franchit une étape supplémentaire : c’est à Sochaux et non au Quartier Latin que la police a ouvert le feu.

[…] redonner à certains le sens des proportions, pour souligner au sein de quelle classe sociale le grand capitalisme voit ses ennemis irréductibles.

Ne connaissant pas le prolétariat réel, une partie importante des étudiants s’en forge un selon ses désirs. Elle cherche une classe ouvrière qui lui renvoie l’image de sa condition étudiante et, ne la trouvant pas, accuse la classe ouvrière de dénaturer son rêve. Les idéologues anti-communistes prennent alors le relais.

Ensuite la relation établie entre le savoir et le pouvoir part d’un fait objectif […] : il y a un lien évident du savoir au privilège et le savoir apporte une légitimation supplémentaire au pouvoir. En un sens, il est vrai que plus on est éduqué, plus on est puissant. A condition d’être déjà puissant.

[…] qu’on voie surtout dans la société les « relations autoritaires », ce qui occulte la réalité, c’est-à-dire les rapports d’exploitation.

Mais même s’ils ont lutté par grandes masses, la plupart des étudiants de gauche, malgré leurs aspirations à l’alliance avec les ouvriers, n’ont pas rompu avec l’individualisme : au mieux, ils ont substitué, à ce qu’on pourrait appeler par redondance « un individualisme individuel », un « individualisme de groupe » dont l’anarchisme fut souvent l’expression.

C’est pourquoi la révolte [étudiante] reste frappée du sceau des privilèges acquis. Par exemple, la vindicte contre la société de consommation exprime une attitude de privilégié de la consommation.
[…]
L’ascétisme est une variante de la morale aristocratique, car pour renoncer à avoir, il faut posséder et posséder beaucoup.

Les graffitis, le vandalisme n’indignent le pouvoir que parce qu’il croit y déceler l’annonce d’une rupture des fils de la bourgeoisie avec leur classe. Encore cette indignation est-elle plus feinte que réelle. D’une part, elle est employée, orchestrée, à des fins politiques évidentes, d’autre part, la couche dirigeante est suffisamment habituée au gaspillage pour que ces potlaches de voitures ou de matériel de bureau ne l’affectent pas outre mesure.
En revanche ces accès de destruction rituelle scandalisent les couches moyennes laborieuses, notamment les paysans, qui savent le prix des choses, et la classe ouvrière qui sait que toute marchandise est le produit d’un travail.
[…]
C’est justement parce qu’ils n’idolâtrent pas la marchandise qu’ils ne voient aucune raison de tourner contre elle une fureur sacrée.
[…]
Les iconoclastes restent des croyants. Dans le cas présent, ils se comportent comme le seigneur féodal qui conduit la chasse à courre à travers les blés du manant. Car lorsqu’on regarde deux photos juxtaposées, l’une du Centre Censier après l’occupation, l’autre d’un atelier Renault pendant la grève on est frappé du contraste : dévastation d’un côté, ordre impeccable de l’autre, au point que selon le vœu exprimé par le vieux leader révolutionnaire qu’est Benoît Frachon il n’a pas dû, à la reprise, manquer « un seul boulon ». D’un côté l’arbitraire destructeur de privilégiés qui se conduisent en propriétaires de droit divin d’une richesse constituée grâce au travail de la classe ouvrière, de l’autre une classe qui veille au patrimoine national qu’elle rêve de remettre à la nation, parce qu’elle est authentiquement révolutionnaire.

Roger Vailland, dans Le Surréalisme contre la Révolution […] rappelle qu’au sortir des violences des années vingt, le fils de petit-bourgeois, n’ayant d’autre alternative que végéter ou se mettre au service du grand capital, préfère dans beaucoup de cas vivre en marge et cultiver la dérision. Ce n’est pas un hasard si un familier de Cohn-Bendit loue son humour et « son sens de la dérision ». (1)

Le goût du scandale, dont on ne peut nier la fécondité poétique à l’époque du premier surréalisme, tend à devenir de plus en plus un passe-temps de jeunes oisifs, un procédé commode de défoulement. Un militant du « 22 mars » explique qu’une assemblée de son mouvement a passé une heure à faire « Meuh » et il commente (à mon avis judicieusement) :

« Eh bien, il y avait des types qui avaient envie de se défouler, d’introduire le non-sens et on l’a introduit pendant une heure (2) »

 Je n’éprouve aucune indignation moralisante à l’égard de ce comportement, inutile de le dire, mais je suis sceptique quant à ses vertus politiques. Le chahut est le témoignage d’une soumission à un rituel ; le « chahuteur » essaie de nier magiquement l’autorité, mais il n’en menace pas les fondements. Là encore le sacrilège est sacralisant. Un commentateur admiratif rappelle les « débuts » de Cohn-Bendit :

« Chacun se souvient de ses facéties en 1967, à Nanterre, quand il faisait « cocorico » en plein cours, pour démontrer l’absurdité de ce qu’on lui enseignait. (3) »

Le panégyriste ajoute que du « chahuteur » au « théoricien » d’aujourd’hui un grand chemin a été parcouru. Moins qu’il me semble, si l’on se rappelle que le chahut est la conduite typique de l’irresponsable. Conduite faussement libérée et libératrice, conduite serve.

 

Pour Hegel comme pour le marxisme, travail et culture sont liés. Pour des fils de maîtres, ce lien n’est pas immédiat : ainsi s’expliquent peut-être leurs multiples refus, dont le moindre n’est pas, pour beaucoup, le « refus de toute idéologie », refus qui en vérité les ouvre largement à l’idéologie dominante et à ses sous-produits […].

Mais le fait est là : quand on parle à des étudiants gauchistes d’un guet-apens et d’un piège, ils restent incrédules. Ils ne connaissent pas par exemple, le rôle que la provocation a joué dans l’histoire du mouvement ouvrier, ni à quel point la police avait imprégné tout le mouvement anarchiste à la fin du siècle dernier. Ils ont peine à croire au machiavélisme et on serait presque tenté de dire que ce sentiment les honore. Mais il faut aller plus loin. Issus de la bourgeoisie, ils ont tout naturellement tendance à minimiser la « noirceur » de leur classe d’origine. Leur révolte antipaternelle n’est pas si forte qu’ils acceptent l’idée que, pour réprimer le mouvement ouvrier, leurs pères soient prêts à tout

Ce n’est pas leur terrorisme ingénu d’enfant qui trépigne parce qu’on lui a cassé son jouet qui nous détournera de nos tâches, en particulier de celle qui consiste à les gagner à la lutte commune qu’il leur faudra bien reprendre, une fois calmés.

Enfin quand il [Cohn-Bendit] rejette le drapeau national, il nuit à l’intérêt de la classe ouvrière. Il s’agit là d’une question tout à fait fondamentale. La classe ouvrière en elle-même et dans ses combats représente l’intérêt national. Elle ne laisse pas la grande bourgeoisie confisquer le drapeau tricolore.

Marx et Lénine nous ont mis en garde, maintes et maintes fois, contre la propension de la petite-bourgeoisie, spécialement la petite-bourgeoisie intellectuelle, à la phrase et à la pose ultra-révolutionnaires, anarchisantes et pseudo-romantiques.

Claude Prévost, Les étudiants et le gauchisme, Editions Sociales, 1969.

(1) Remarque personnelle : on peut dire qu’aujourd’hui il est possible de concilier tous ces statuts : se mettre au service du grand capital en étant payé pour cultiver la dérision et ceci tout en arborant à peu de frais le costume du marginal. Il suffit de regarder ici du côté de tous les faux-rebelles rémunérés par le pouvoir, notamment du côté de tous les experts de la dérision façon Canal Plus ou Charlie Hebdo – soupapes de sécurité dans un simulacre de démocratie.
(2) Ce n’est qu’un début, enquête dirigée par Philippe Labro pour la collection Edition spéciale (Denoël, 1968)
(3) Ibid