21.05.2008

Les petits bourgeois de 68

par Stéphane (E&R) - paru sur Interférences

Un petit texte bien senti sur mai 68. Je fais des commentaires à la suite.

Mai 68, révolte bourgeoise et révolution sexuelle

par Stadtmitte

"Mon cher journal, tout a commencé comme ça : les garçons voulaient le droit de rendre visite aux filles dans les dortoirs".

C'est ainsi que pourrait débuter le récit des "événements" de mai 68 : un journal de petite hippie prépubère et un peu conne... Mais ils se sont pris au sérieux ; et les autres aussi.

Le 8 janvier 68 offre aux garçons, l'occasion de lancer une première salve pour obtenir ce "droit" : le ministre de la jeunesse et des sports, inaugurant tranquillement sa piscine sur le campus de Nanterre se fait apostropher par un petit rouquin grassouillet, un tantinet halluciné : "J'ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse. 600 pages d'inepties! Vous ne parlez pas des problèmes sexuels des jeunes !" On aura reconnu l'ineffable Daniel Cohn-Bendit, dans sa panoplie de peine-à-jouir, et qui réclame des livres pour s'en sortir.

On a les frissons que l'on peut...

Une revendication bourgeoise déguisée en rébellion, voila tout l'esprit de mai 68... Quoi de plus naze, en effet que d'obtenir un droit, pour aller voir les filles! Il me semble bien plus excitant de s'introduire en cachette dans le dortoir, avec la complicité d'une jeune fille longtemps désirée! Même pour un instant! Voila quelque chose de piquant! Voila des souvenirs pour plus tard! Mais là, ce que veut l'autre "juif-allemand", c'est pouvoir tranquillement tirer la langue au concierge en venant voir sa copine...Sans risque. A défaut de copine, il le fera aux C.R.S interdits de réagir...On a les frissons qu'on peut, et je ne peux m'empêcher de penser que quelques années avant, mon grand-père, à peine plus âgé que lui, combattait en Indochine, puis en Algérie, comme commando-para, et qu'il affichait 17 Croix de guerre, la médaille militaire, la légion d'honneur (obtenue en 1999, plus de 30 ans après les événements) et 5 blessures, soit 17 trous dans le corps, à la fin de sa carrière...

Je pense aussi aux réprouvés de l'OAS, et à Dominique Venner, qui fut le témoin étonné de cette révolution sans mort...Vraiment, on a les frissons qu'on peut!

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08.05.2008

MAI 68 - Les étudiants et le gauchisme

LES ETUDIANTS ET LE GAUCHISME 

 

« …un marxiste doit, pour juger une situation, se fonder sur le réel et non sur le possible »
«  Fonder une tactique prolétarienne sur des désirs, c’est la tuer. »
(Lénine, Œuvres, t. 24) 

« le bolchevisme s’est constitué, a grandi et s’est aguerri au cours d’une lutte de longues années contre l’esprit révolutionnariste petit-bourgeois qui frise l’anarchisme ou fait quelque emprunt et qui, pour tout ce qui est essentiel, déroge aux conditions et aux nécessités d’une lutte de classe prolétarienne conséquente »
(Lénine, La maladie infantile du communisme, 1920)

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       Voici à suivre des extraits d’un livre de Claude Prévost probablement difficile à trouver aujourd’hui et qui s’intitule « les étudiants et le gauchisme ».
L’auteur, membre de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) s’intéresse à l’opportunisme de gauche qui s’est étendu, dans les années 60, au milieu étudiant.
Le livre, publié peu après les évènements de mai 68, analyse en profondeur le gauchisme étudiant dans tout ce qu’il a de préjudiciable pour la lutte prolétarienne. Prévost prend au sérieux cette contestation globale de 68 dans le sens où elle a représenté une étape nouvelle dans la lutte des classes. En revanche il n’est pas très tendre envers les forces gauchistes qui ont alors entravé le développement du combat révolutionnaire. Cependant, il ne rejette pas tout en bloc et va même jusqu’à trouver dans cette révolte étudiante des ferments intéressants pour les luttes à venir, à condition bien évidemment de débarrasser un « noyau sain » du délire spontanéiste et de la pose anarchisante.

Claude Prévost, décédé en 1992, a notamment été critique littéraire à l’Humanité.

La lecture de l’ouvrage me conforte dans l’idée qu’en 68, grâce à la complicité des idiots utiles que furent les anarcho-spontanéistes et autres libertaires gauchisant, il s’est agi pour le pouvoir bourgeois de devancer la révolution prolétarienne pour précisément ne plus à l’avenir la rendre possible.

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Mais ces derniers [les étudiants] ont tort d’oublier que lorsqu’elle affronte la classe ouvrière, la violence policière franchit une étape supplémentaire : c’est à Sochaux et non au Quartier Latin que la police a ouvert le feu.

[…] redonner à certains le sens des proportions, pour souligner au sein de quelle classe sociale le grand capitalisme voit ses ennemis irréductibles.

Ne connaissant pas le prolétariat réel, une partie importante des étudiants s’en forge un selon ses désirs. Elle cherche une classe ouvrière qui lui renvoie l’image de sa condition étudiante et, ne la trouvant pas, accuse la classe ouvrière de dénaturer son rêve. Les idéologues anti-communistes prennent alors le relais.

Ensuite la relation établie entre le savoir et le pouvoir part d’un fait objectif […] : il y a un lien évident du savoir au privilège et le savoir apporte une légitimation supplémentaire au pouvoir. En un sens, il est vrai que plus on est éduqué, plus on est puissant. A condition d’être déjà puissant.

[…] qu’on voie surtout dans la société les « relations autoritaires », ce qui occulte la réalité, c’est-à-dire les rapports d’exploitation.

Mais même s’ils ont lutté par grandes masses, la plupart des étudiants de gauche, malgré leurs aspirations à l’alliance avec les ouvriers, n’ont pas rompu avec l’individualisme : au mieux, ils ont substitué, à ce qu’on pourrait appeler par redondance « un individualisme individuel », un « individualisme de groupe » dont l’anarchisme fut souvent l’expression.

C’est pourquoi la révolte [étudiante] reste frappée du sceau des privilèges acquis. Par exemple, la vindicte contre la société de consommation exprime une attitude de privilégié de la consommation.
[…]
L’ascétisme est une variante de la morale aristocratique, car pour renoncer à avoir, il faut posséder et posséder beaucoup.

Les graffitis, le vandalisme n’indignent le pouvoir que parce qu’il croit y déceler l’annonce d’une rupture des fils de la bourgeoisie avec leur classe. Encore cette indignation est-elle plus feinte que réelle. D’une part, elle est employée, orchestrée, à des fins politiques évidentes, d’autre part, la couche dirigeante est suffisamment habituée au gaspillage pour que ces potlaches de voitures ou de matériel de bureau ne l’affectent pas outre mesure.
En revanche ces accès de destruction rituelle scandalisent les couches moyennes laborieuses, notamment les paysans, qui savent le prix des choses, et la classe ouvrière qui sait que toute marchandise est le produit d’un travail.
[…]
C’est justement parce qu’ils n’idolâtrent pas la marchandise qu’ils ne voient aucune raison de tourner contre elle une fureur sacrée.
[…]
Les iconoclastes restent des croyants. Dans le cas présent, ils se comportent comme le seigneur féodal qui conduit la chasse à courre à travers les blés du manant. Car lorsqu’on regarde deux photos juxtaposées, l’une du Centre Censier après l’occupation, l’autre d’un atelier Renault pendant la grève on est frappé du contraste : dévastation d’un côté, ordre impeccable de l’autre, au point que selon le vœu exprimé par le vieux leader révolutionnaire qu’est Benoît Frachon il n’a pas dû, à la reprise, manquer « un seul boulon ». D’un côté l’arbitraire destructeur de privilégiés qui se conduisent en propriétaires de droit divin d’une richesse constituée grâce au travail de la classe ouvrière, de l’autre une classe qui veille au patrimoine national qu’elle rêve de remettre à la nation, parce qu’elle est authentiquement révolutionnaire.

Roger Vailland, dans Le Surréalisme contre la Révolution […] rappelle qu’au sortir des violences des années vingt, le fils de petit-bourgeois, n’ayant d’autre alternative que végéter ou se mettre au service du grand capital, préfère dans beaucoup de cas vivre en marge et cultiver la dérision. Ce n’est pas un hasard si un familier de Cohn-Bendit loue son humour et « son sens de la dérision ». (1)

Le goût du scandale, dont on ne peut nier la fécondité poétique à l’époque du premier surréalisme, tend à devenir de plus en plus un passe-temps de jeunes oisifs, un procédé commode de défoulement. Un militant du « 22 mars » explique qu’une assemblée de son mouvement a passé une heure à faire « Meuh » et il commente (à mon avis judicieusement) :

« Eh bien, il y avait des types qui avaient envie de se défouler, d’introduire le non-sens et on l’a introduit pendant une heure (2) »

 Je n’éprouve aucune indignation moralisante à l’égard de ce comportement, inutile de le dire, mais je suis sceptique quant à ses vertus politiques. Le chahut est le témoignage d’une soumission à un rituel ; le « chahuteur » essaie de nier magiquement l’autorité, mais il n’en menace pas les fondements. Là encore le sacrilège est sacralisant. Un commentateur admiratif rappelle les « débuts » de Cohn-Bendit :

« Chacun se souvient de ses facéties en 1967, à Nanterre, quand il faisait « cocorico » en plein cours, pour démontrer l’absurdité de ce qu’on lui enseignait. (3) »

Le panégyriste ajoute que du « chahuteur » au « théoricien » d’aujourd’hui un grand chemin a été parcouru. Moins qu’il me semble, si l’on se rappelle que le chahut est la conduite typique de l’irresponsable. Conduite faussement libérée et libératrice, conduite serve.

 

Pour Hegel comme pour le marxisme, travail et culture sont liés. Pour des fils de maîtres, ce lien n’est pas immédiat : ainsi s’expliquent peut-être leurs multiples refus, dont le moindre n’est pas, pour beaucoup, le « refus de toute idéologie », refus qui en vérité les ouvre largement à l’idéologie dominante et à ses sous-produits […].

Mais le fait est là : quand on parle à des étudiants gauchistes d’un guet-apens et d’un piège, ils restent incrédules. Ils ne connaissent pas par exemple, le rôle que la provocation a joué dans l’histoire du mouvement ouvrier, ni à quel point la police avait imprégné tout le mouvement anarchiste à la fin du siècle dernier. Ils ont peine à croire au machiavélisme et on serait presque tenté de dire que ce sentiment les honore. Mais il faut aller plus loin. Issus de la bourgeoisie, ils ont tout naturellement tendance à minimiser la « noirceur » de leur classe d’origine. Leur révolte antipaternelle n’est pas si forte qu’ils acceptent l’idée que, pour réprimer le mouvement ouvrier, leurs pères soient prêts à tout

Ce n’est pas leur terrorisme ingénu d’enfant qui trépigne parce qu’on lui a cassé son jouet qui nous détournera de nos tâches, en particulier de celle qui consiste à les gagner à la lutte commune qu’il leur faudra bien reprendre, une fois calmés.

Enfin quand il [Cohn-Bendit] rejette le drapeau national, il nuit à l’intérêt de la classe ouvrière. Il s’agit là d’une question tout à fait fondamentale. La classe ouvrière en elle-même et dans ses combats représente l’intérêt national. Elle ne laisse pas la grande bourgeoisie confisquer le drapeau tricolore.

Marx et Lénine nous ont mis en garde, maintes et maintes fois, contre la propension de la petite-bourgeoisie, spécialement la petite-bourgeoisie intellectuelle, à la phrase et à la pose ultra-révolutionnaires, anarchisantes et pseudo-romantiques.

Claude Prévost, Les étudiants et le gauchisme, Editions Sociales, 1969.

(1) Remarque personnelle : on peut dire qu’aujourd’hui il est possible de concilier tous ces statuts : se mettre au service du grand capital en étant payé pour cultiver la dérision et ceci tout en arborant à peu de frais le costume du marginal. Il suffit de regarder ici du côté de tous les faux-rebelles rémunérés par le pouvoir, notamment du côté de tous les experts de la dérision façon Canal Plus ou Charlie Hebdo – soupapes de sécurité dans un simulacre de démocratie.
(2) Ce n’est qu’un début, enquête dirigée par Philippe Labro pour la collection Edition spéciale (Denoël, 1968)
(3) Ibid

01.12.2007

Les petits bourgeois de 68

par Stéphane (E&R) - paru sur Interférences

Un petit texte bien senti sur mai 68. Je fais des commentaires à la suite.

Mai 68, révolte bourgeoise et révolution sexuelle

par Stadtmitte

"Mon cher journal, tout a commencé comme ça : les garçons voulaient le droit de rendre visite aux filles dans les dortoirs".

C'est ainsi que pourrait débuter le récit des "événements" de mai 68 : un journal de petite hippie prépubère et un peu conne... Mais ils se sont pris au sérieux ; et les autres aussi.

Le 8 janvier 68 offre aux garçons, l'occasion de lancer une première salve pour obtenir ce "droit" : le ministre de la jeunesse et des sports, inaugurant tranquillement sa piscine sur le campus de Nanterre se fait apostropher par un petit rouquin grassouillet, un tantinet halluciné : "J'ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse. 600 pages d'inepties! Vous ne parlez pas des problèmes sexuels des jeunes !" On aura reconnu l'ineffable Daniel Cohn-Bendit, dans sa panoplie de peine-à-jouir, et qui réclame des livres pour s'en sortir.

On a les frissons que l'on peut...

Une revendication bourgeoise déguisée en rébellion, voila tout l'esprit de mai 68... Quoi de plus naze, en effet que d'obtenir un droit, pour aller voir les filles! Il me semble bien plus excitant de s'introduire en cachette dans le dortoir, avec la complicité d'une jeune fille longtemps désirée! Même pour un instant! Voila quelque chose de piquant! Voila des souvenirs pour plus tard! Mais là, ce que veut l'autre "juif-allemand", c'est pouvoir tranquillement tirer la langue au concierge en venant voir sa copine...Sans risque. A défaut de copine, il le fera aux C.R.S interdits de réagir...On a les frissons qu'on peut, et je ne peux m'empêcher de penser que quelques années avant, mon grand-père, à peine plus âgé que lui, combattait en Indochine, puis en Algérie, comme commando-para, et qu'il affichait 17 Croix de guerre, la médaille militaire, la légion d'honneur (obtenue en 1999, plus de 30 ans après les événements) et 5 blessures, soit 17 trous dans le corps, à la fin de sa carrière...

Je pense aussi aux réprouvés de l'OAS, et à Dominique Venner, qui fut le témoin étonné de cette révolution sans mort...Vraiment, on a les frissons qu'on peut!

La révolution bourgeoise dirigée par les Rouges

Mai 68 n'est qu'un gros ballon de baudruche. Il n'y a pas d'esprit révolutionnaire ; il y a un esprit revendicateur. Un esprit mendiant, pas conquérant.

Un esprit issu des situationnistes, préoccupés eux aussi de guérir la misère sexuelle et intellectuelle des étudiants. Suite à une émeute due à l'emprisonnement de militants trotskystes, Mai 68 explose réellement. On connait l'histoire...

Plutôt qu'une révolution, ce fût une grosse fête d'un mois, qui, paradoxalement aura des répercussions énormes. Mai 68, c'est une poignée d'étudiants, de petits bourgeois en mal d'aventure guidés par des mouvements crypto-marxistes redoutablement efficaces. Efficaces pour manipuler les plus simples, les fils-à-papa naïfs et les gentils hippies ; mais aussi pour former en sous-main des éléments plus durs, ultra-disciplinés, prêts à s'installer dans les leviers du pouvoir. Si Mai 68 a pris une telle ampleur, c'est uniquement le fait de ces formations rouges. Mai 68, se symbolise par un baba-cool souriant et peace-and-love, en première année de philo, qui ne pense qu'à rejoindre les filles au dortoir. C'est un déguisement : lorsqu'il arrache la perruque, enléve le masque, et tombe le pat' d'eph', il reste un garçon froid et déterminé ; le rictus calculateur remplace le sourire niais. Lui, il a un réseau ; il est prêt à toutes les violences... à condition qu'on ne le voit pas. En attendant il est cool et gentil... copain avec tout le monde. C'est ça les gauchos.

L'inversion des valeurs

Après la fête, les structuralistes prennent le relai. Ils imposent leur vision contestataires de la société. Là se situe le début réel de l'inversion des valeurs dont nous sommes aujourd'hui victimes. C'est le régne con-con des slogans débiles. L'individualisme forcené érigé en modéle de société, l'égalitarisme, le rejet des valeurs familiales, l'antimilitarisme, l'anticléricalisme, le rejet de tous les tabous au nom de la "réalisation personnelle", et surtout la déresponsabilisation. Maintenant et pour longtemps : "c'est la faute à la société"...
Evidemment, la lutte se fait pour le bien être des individus. Ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, ne sont pas d'autres individus dont il faut respecter les opinions, mais "des affreux fasssistes"!
En ce qui nous concerne, mai 68 est surtout à la base de la fameuse "Libération sexuelle"...
"Jouissez sans entrave", etc. Liberté sexuelle, culte du corps et de l'apparence sont de rigueur. En 1971, le front homosexuel d'action révolutionnaire déclare dans "Tout!" de avril 71 : "Nous nous sommes fait enculer par des Arabes.[NDLR : et alors? c'est meilleur?] Nous en sommes fiers et nous recommencerons!"
Ses slogans : "Nos trous du cul sont révolutionnaires!" ; "on n'est jamais trop pédé" ; "garez vos culs, voilà les pédés"...

Quatre ans plus tard, les mouvements homos ne réclament plus la tolérance à leur égard : EUX, sont normaux! Le malade, bien sur ..."C'est la société"! Une société malade de ses tabous délirants, sexuellement frustrée ; une société, simplement, qui rappelle -déjà- "les heures les plus sombres..." Voila un exemple très typique d'inversion des valeurs propre aux marxistes. C'est un système fondé sur l'autoculpabilisation de l'interlocuteur. Rapidement, ces mouvements s'élargissent et prennent une place croissante dans les médias, imposant leur vision de l'homosexualité : perverse, intolérante, agressive, sans rapport avec les homosexuels normaux. Ceux qui vivent leur vie sans déranger personne, et qui estiment -à juste titre- que ce qui se passe dans leur lit ou ailleurs ne regarde qu'eux!

Du droit du corps à disposer de lui même"...

Au nom du droit à disposer de son corps, les MLF réclament le droit à la pilule, le droit à l'avortement,et déclarent la lutte des sexes! Ceci parce que nos chères frustrées estiment que la possibilité d'une grossesse est une entrave à leur liberté sexuelle. Il y a discrimination par rapport à l'homme! De même, elles "refusent la domination masculine dans les rapports sexuels". C'est la guerre des sexes! Comment leur faire comprendre que c'est naturel?! Sans parler du machisme méditerranéen, qui est une exagération, une petite dose d'affrontement n'est pas désagréable dans la relation homme/femme. Tout dépend des caractères! Et je doute qu'une fille apprécie d'avoir à ses côtés une petite lopette efféminée ! Enfin, moi je dis ça...

L'égalité homme/femme. Le but de ces MLF n'est pas de revendiquer une "égalité" dans les salaires, ou dans l'embauche, ou l'éducation. Il s'agit d'identifier la femme à l'homme. Un reflexe de gouine frustrée, en somme. Elles ne veulent plus reconnaître la naturelle répartition des rôles dans la société. Surtout, elles rejettent ce qui fait la spécificité de la femme. Il peut pourtant sembler évident que différence ne signifie en rien infériorité.

L'idéologie mène à tout...

Quant au terme de révolution sexuelle, il ne signifie rien. Les gens n'ont pas attendu Mai 68 pour "jouir sans entrave". Simplement, et c'est plus sain, ils ne se répandaient pas partout. Il y a une évolution notable des médias face aux comportements sexuels, mais ceux-ci ont toujours existé. Mai 68 fait état d'une crise de la sexualité chez les jeunes bourgeois du microcosme étudiant parisien. Ils voulaient des livres pour apprendre. Voila la révolution : au marxiste, il faut un manuel, une doctrine à suivre pas-à-pas. Ailleurs, on peut en parler à un confident, à un parent. On peut, selon la thèse nietzchéenne du dépassement, braver ses peurs et expérimenter...Comme quoi les idéologies mènent à tout!

En bref, homos "enculés" par des Arabes et fiers de l'être, donc quelque part, ethnomasochistes, inversion des valeurs, mouvements féministes et égalitaristes débiles, décadence des moeurs et de l'esprit... Dès mai 68 tout est en place pour mener droit à cette société dégènèrée où nous vivons.Pas de quoi être fier. Aujourd'hui, les petits bourgeois soixante huitards sont devenus de gros bourgeois ; les jeunes cons, des vieux cons, ou pour mieux dire, des beaufs! Bientôt, ils disparaîtront de la scène. En attendant qu'ils claquent, profitons-en pour leur cracher une dernière fois à la gueule!

(Stadtmitte – Mai 68, révolte bourgeoise et révolution sexuelle, revue Elements)

 









Commentaire :

Si globalement cette charge contre 68 m'apparaît tout à fait justifiée, son auteur visiblement d'une culture d'extrême droite n'a pas pris soin de faire la distinction entre communistes et trotskystes. Les termes "Rouges" ou "formations rouges" ou "marxistes" pourraient laisser entendre que sont également désignés ici les communistes de l'époque. On comprendra aisément qu'un tel distinguo soit apparu peu opportun à un pamphlétaire d'extrême-droite. Or, il faut bien préciser que les communistes furent extrêmement méfiants vis-à-vis des anarcho-utopistes et autres spontanéistes de 68 et que leurs implications dans les évènements furent conditionnelles et beaucoup plus réfléchies que l'action improvisée des sorbonnards susmentionnés. La raison en est simple : le Parti Communiste Français était un mouvement politique ouvriériste, politiquement bien organisé et avec un corpus et une stratégie solide ;les soixanthuitards étaient des petits bourgeois et des fils à papa dont la revendication primitive fut l'instauration de la mixité dans les dortoirs étudiants, ils étaient finalement peu organisés et leur patchwork idéologique, dans lequel tout devenait politique (donc plus rien ne l'était), ne témoignait pas d'une profonde et solide vision politique. De surcroît ils étaient animés d'une condescendance confinant au mépris envers l'ouvrier français qui selon eux se cantonnait trop à la défense de ses droits sociaux et était trop rigide pour participer à leur chahut émancipateur et à leur fête libératrice. De nombreux ouvrages écrits par des militants communistes d'alors témoignent d'un tel clivage entre partisans de l'ordre (les ouvriers) et ceux du désordre (les étudiants), tel ce "les étudiants et le gauchisme" de Claude Prévost dont j'ai déjà livré ici quelques extraits.

Ailleurs dans le texte de Stadtmitte, on trouve en revanche des termes beaucoup plus appropriés pour désigner les organisations d'étudiants petit-bourgeois de 68 à commencer par "trotskystes" mais également "crypto-marxistes" ou "gauchos". C'est donc la présence dans un même texte de termes apparemment voisins mais désignant des réalités bien distinctes qui nécessitait cette mise au clair afin d'éviter les amalgames.

Ensuite, un petit bémol serait à apporter concernant les acquis sociétaux qui ont fait suite à 68. On peut, à titre d'exemples, difficilement rejeter sur le principe le droit à la pilule et à l'avortement. Si là encore on ne peut qu'adhérer à la charge contre les féministes ou les mouvements de pédés, il n'en demeure pas moins que ces avancées furent dans leur conception des bienfaits. Que leurs fonctions initiales aient été par la suite travesties et mis au service du nouveau capitalisme post-68 est une autre affaire.

On peut simplement arguer du fait que ces mesures sociétales n'auraient peut-être pas eu besoin de 68 pour être mises en oeuvre, elles se seraient faites de toute façon. On peut alors suggérer que c'est peut-être d'abord parce qu'elles furent stimulées et formulées par les anarcho-spontanéistes de 68 puis plus tard gérées par les mêmes alors aux manettes du pouvoir qu'elles ont connu un destin "malheureux" (comme celui de la femme devenue depuis esclave-objet au service du Marché). On peut également, sur le plan social, concéder quelques effectives augmentations de salaire consécutives à 68, mais ce sont bien évidemment et comme toujours les fils à papa qui dans l'histoire s'en sont le mieux sortis.

Enfin, une petite précision sur les situationnistes que l'auteur de l'article associe sans réserve aux acteurs de 68. Si ce mouvement a effectivement participé aux évènements, plusieurs éléments doivent nous faire réfléchir sur la teneur de cette implication. Rappeler d'abord que les situs étaient très minoritaires par rapport aux trotskards, anars, maos et autres althussériens et structuralistes et que leur activisme est bien antérieur à 68. Ce sont d'ailleurs certains de leurs slogans "à la mode" et avant-gardistes qui ont séduit les étudiants et qui n'ont pas manqué d'être récupérés par ceux-ci.

On peut ajouter que leur critique de la société était beaucoup plus radicale puisque c'était aussi une critique de la modernité. Les étudiants de 68, pour la plupart déjà culturellement gagnés par le spectaculaire marchand (qu'ils appelleront la culture- prière ici de sortir son revolver) et son égoïsme hédoniste subséquent, ne rêvaient eux que de modernité, que d'Amérique pourrions-nous dire.

Il faut aussi considérer à part la figure singulière que fut Guy Debord et en particulier son évolution ultérieure beaucoup plus intéressante que la trajectoire des autres soixanthuitards, qui pour le coup se sont eux révélés comme les animateurs et les profiteurs de la société du spectacle - pendant que la pensée de Debord dans un élan quasi-aristocratique et une marginalité toujours plus prononcée se faisait apologue d'une violence sous-prolétarienne, flirtant même avec le terrorisme européen des années 70.On peut discuter de cette option dénuée de tout compromis et confinant à un nihilisme pur et radical - nihilisme actif - qui met- comme celui du mouvement punk avant sa mort en 1978. Cependant, cette option reste sans conteste une antithèse d'un autre un nihilisme qu'on pourrait dire bourgeois, un nihilisme passif -qui se fait mettre- , aquoiboniste et hédoniste dans lequel prime la satisfaction de son petit moi, nihilisme dont parmi les adeptes se trouvent les descendants des soixanthuitards.

un slogan peint à l'époque par le libéral-libertaire Patrick Devedjian
 
 
[ndlr : les articles publiés par les membres d'E&R Aquitaine, même s'ils n'entrent pas fondamentalement en contradiction avec les idées défendues par le mouvement, ne prétendent pas pour autant représenter à 100% la ligne officielle  d'Egalité et Réconciliation]