26.11.2008
Anti-impérialisme et libération nationale
Patrice LUMUMBA, 6 mois au pouvoir

"Un jour, l’histoire aura son mot à dire, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseigne
à l’ONU, à Washington, Paris ou Bruxelles, mais l’histoire qu’on enseignera dans
les pays libérés du colonialisme et de ses marionnettes. L’Afrique écrira
sa propre histoire. Une histoire faite de gloire et de dignité".
(Patrice Lumumba)
Quelques jours après avoir obtenu, le 30 juin 1960, son indépendance de la Belgique, le pays longtemps appelé Congo Belge et destiné à devenir le Zaïre fut livré au chaos, déchiré par des conflits entre différents individus, tribus et groupes politiques pour établir leur domination ou leur indépendance.
Les élections législatives furent remportées en mai 1960, par le Mouvement National Congolais (MNG) présidé par LUMUMBA, et en juin il fut donc nommé Premier ministre par le roi des belges, alors que plus tard, Kasa-Vubu, sera élu Président de la république de ce pays.
Le 23 juin 1960, Patrice Émery Lumumba devint donc le premier premier ministre du Congo indépendant. Il appelait à la libération aussi bien économique que politique de son pays, et ne refusait pas le contact avec les pays socialistes.
Lumumba commença par décréter l'africanisation de l'armée et doubla la solde des soldats, ce qui rendait impossible le contrôle du gouvernement congolais par l’ex-puissance coloniale. La Belgique, qui voulait protéger ses investissements massifs dans les minerais répond par l'envoi de troupes pour protéger ses ressortissants au Katanga (la région minière) et soutient la sécession de cette région menée par Moïse Kapenda Tshombé. Le 11 juillet, la province de Katanga, qui abrite le gros des gisements de cuivre, de cobalt, d’uranium, d’or et d’autres minerais du Congo, annonça en effet qu’elle faisait sécession. La Belgique apporta donc son soutien à l’indépendance du Katanga, prévoyant les avantages qui en découleraient : ses investissements seraient à l’abri dans un pays minuscule, qui ne devrait ni rendre de comptes, ni payer de taxes au gouvernement central de Léopoldville. De plus, le leader du Katanga, Moise Tshombe faisait preuve d’un intérêt tout particulier pour les investissements des Belges.
Les Etats-Unis, de leur côté, conscients des vastes richesses mises en jeu, et obsédés, comme d’habitude, par la lutte contre le « communisme » entreprirent également de contrôler la situation politique sur place. Le directeur de la CIA, Allen Dulles prédit « une prise de contrôle communiste aux conséquences désastreuses […] pour les intérêts du monde libre » et débloqua un fond d’urgence de 100 000 dollars pour remplacer le gouvernement de Patrice Lumumba par un « groupe pro-occidental ». Le président Eisenhower décréta qu’il serait « très difficile, sinon impossible de négocier avec Lumumba », et que ce dernier représentait « une menace pour la paix et la sécurité dans le monde ». Rien que ça ! Un ancien petit employé des postes de la jungle congolaise à la tête d’un pays exsangue représentait donc une grave menace pour un pays comme les Etats-Unis qui détenait pourtant le pouvoir d’anéantir, en quelques heures, toute velléité de rébellion dans la plupart des régions du monde.
Bien évidemment, une vaste campagne de presse menée aux Etats-Unis vint appuyer cette idée que les soviétiques par l’entremise de Lumumba étaient sur le point de mettre la main sur le Congo et que le monde entier courait un grave danger. Il faut dire que c’étaient surtout les intérêts financiers au Katanga de certains hauts fonctionnaires de l’administration américaine qui couraient alors un grave danger.

Les Etats-Unis soutinrent donc l’intervention militaire belge au Katanga au nom de la paix et de la stabilité du monde. Seulement, l’intervention des Belges fut particulièrement violente et meurtrière, ce qui amena l’ONU, notamment sous la pression de nombreux pays du bloc afro-asiatique, d’exiger le retrait des belges et leur remplacement par les forces de l’ONU. Cependant, on vous le donne en mille, les responsables de l’opération des Nations Unies au Congo étaient tous américains. Il faut dire que Lumumba n’avait pas non plus les faveurs de l’ONU dont il avait ouvertement critiqué la politique par trop pro-occidentale.
Ainsi, malgré les demandes répétées de Lumumba, les forces de l’ONU ne firent rien pour arranger la situation sur place. Lumumba demanda l’intervention de l’ONU qui envoya des troupes partout sauf au Katanga, et refusa de s’opposer à "l’indépendance" du Katanga dont elle n’ignorait pas l’illégalité. Les combats meurtriers continuèrent donc et le gouvernement de Lumumba dû même faire face à un second soulèvement dans une autre province du pays. Dans ce climat de confusion et de chaos, le président du Congo, Joseph Kasavubu décida de congédier Lumumba. Il faut dire que la CIA faisait, à coup de billets verts, un travail de persuasion remarquable auprès des politiques congolais. Seulement ce travail devait avoir ses limites puisque Lumumba, s’il n’avait plus les faveurs du président désormais entretenu par la CIA, bénéficiait du soutien affirmé du parlement congolais encore majoritairement indépendant. Lumumba fut tout de même démis de ses fonctions et sans pouvoir officiel continua malgré tout la résistance avec le soutien de nombreux congolais. Le parlement fut tout près de voter sa restitution lorsque Mobutu, numéro un de l’armée, prit le pouvoir au cours d’un putsch conçu par les Américains et assigna à résidence les dirigeants congolais.
Pendant cette période confuse où Lumumba n’avait plus réellement de pouvoir, « la CIA et les hauts responsables de l’administration américaine ont continué à le considérer comme une menace ». On disait que « son talent et son dynamisme seuls lui ont permis de rétablir sa position à chaque fois qu’elle semblait ruinée », que « c’était un orateur envoûtant, capable de convaincre les foules massives de passer à l’action », que « si on lui permettait de parler à un bataillon de l’armée congolaise, il en ferait ce qu’il voudrait au bout de cinq minutes ». (Rapport pour le sénat américain de la Commission d’Etude sur les opérations gouvernementales liées aux activités , 20 novembre 1975)
Fin septembre, un scientifique de la CIA, le Dr Sidney Gottlieb, arriva au Congo avec une « substance biologique mortelle » destinée à tuer Lumumba. Le virus censé engendrer une maladie mortelle indigène au Congo, voyagea dans la valise diplomatique. L’évolution des évènements au Congo voulut que le virus ne fût jamais utilisé, car le bureau congolais de la CIA ne put recruter un « agent de confiance dans l’entourage de Lumumba » avant la péremption de la substance biologique.
Pendant quelque temps, Lumumba fut protégé contre Mobutu par l’ONU, qui se voyait contrainte, compte tenu de l’intense pression internationale, de prendre quelques distances avec Washington. Ainsi, en octobre, son lieu de résidence est encerclé et il est maintenu en résidence surveillée. Mais fin novembre, craignant pour sa vie, il essaye de s’enfuir afin de gagner Stanleyville alors aux mains de ses partisans. Il ne réussit pas et est rattrapé par les soldats de Mobutu, frappé et molesté en présence de troupes ghanéennes de l’ONU, qui restent impassibles sur ordre de leurs supérieurs. Le 1er décembre, il est donc arrêté et emmené par les troupes de Mobutu. Un câble de la CIA, daté du 28 novembre, indique que l’Agence a participé à la chasse à l’homme. Le câble évoque la collaboration du bureau local de la CIA avec le gouvernement congolais pour installer des barrages routiers, et la mobilisation de troupes pour bloquer un itinéraire qui aurait pu permettre à Lumumba de s’échapper.
Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito sont donc détenus un temps au camp militaire de Thysville sur ordre de Mobutu. Le 17 janvier 1961, ils sont transférés à Élisabethville et ainsi livrés par Mobutu aux mains de leur ennemi numéro un Moise Tshombe, chef de la province du Katanga. Ils seront conduits dans une petite maison sous escorte militaire où ils seront ligotés, humiliés et torturés par les responsables katangais comme Moïse Tshombé, Munongo, Kimba, Kibwe, Kitenge mais aussi les Belges Gat et Vercheure. Ils seront fusillés le soir même par des soldats sous le commandement d’un officier belge. Mais, des documents secrets officiels belges, maintenant déclassifiés, dont la lecture ne laisse pas de doutes sur le fait que c’est bien la Belgique qui porte la plus grande responsabilité dans l’assassinat de Lumumba. Le comte Harold d’Aspremont Lynden, ministre belge des Affaires africaines et proche du roi Baudouin, n’écrivait-il pas le 5 octobre 1960 que l’objectif principal à poursuivre dans l’intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique est évidemment l’élimination définitive de Lumumba ? Ce sont des Belges, précise De Witte, qui ont dirigé toute l’opération du transfert de Lumumba au Katanga, jusqu’à sa disparition et celle de son corps. La Belgique était en effet le seul pays à avoir reconnu le Katanga comme état indépendant et sa petite armée était dirigée par des officiers belges. Le lendemain, une opération sera menée par des agents secrets belges pour faire disparaître dans l'acide les restes des victimes découpées auparavant en morceaux. Leurs dépouilles ne seront donc jamais retrouvées.
Plusieurs de ses partisans seront exécutés dans les jours qui vont suivre, avec la participation de militaires, ou mercenaires belges. Tshombé lance alors la rumeur selon laquelle Lumumba aurait été assassiné par des villageois. Ceci déclenche une insurrection parmi la population paysanne, qui prend les armes sous la direction de Pierre Mulele au cri de « A Lumumba » ou « Mulele Mai » : les paysans conquièrent près de 70 % du Congo avant d’être écrasés par l’armée de Mobutu.
En fait, assassiné à 36 ans, Lumumba a passé six ans de militantisme et six mois au pouvoir. Durant sa courte vie et encore sa plus courte « carrière » politique, Patrice Emery Lumumba aura tout synthétisé : la prise de conscience de l'oppression coloniale dans ses aspects les plus brutaux, ceux de l'administration belge ; la volonté d'indépendance, exprimée dans un défi sans concession ; le refus de tous les particularismes régionaux ou tribaux ; la méfiance à l'égard d'une « bourgeoisie nationale » trop prompte à se substituer au colonisateur ; le rêve d'une Afrique unie solidaire des autres mouvements de libération du Tiers Monde ; enfin, la coalition contre lui des petits traîtres locaux ainsi que des grands intérêts privés et publics étrangers.
Patrice Lumumba est depuis lors un symbole de l’anti-impérialisme reconnu à travers l’Afrique et le reste du Tiers monde. Comble de l’ironie ou du cynisme, Mobutu lui-même le consacra héros national en 1966 finit par construire un mémorial en l’honneur de sa victime. Le retour d'Égypte de sa femme Pauline et de ses enfants fut considéré comme un événement national. Le jour de sa mort, le 17 janvier, est un jour férié au Congo-Kinshasa.
- Stef Domrémy-Peyral -
Source principale : Les guerres scélérates, William Blum, Paragon, 2004.
Autres sources : http://www.sankurufoundation.org/patrice_lumumba.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrice_Lumumba
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04.03.2008
La France et le multiculturalisme
_____par Stéphane (E&R Aquitaine)_______________________________
Lorsqu’on aborde la question du multiculturalisme, il convient de distinguer deux phénomènes : l’immigration et la revendication régionaliste. Ce sont en effet deux sujets qui interrogent l’identité d’une nation ainsi que son unité.
De plus, il faut avant toute chose rappeler que le multiculturalisme est comme tant d’autres « -ismes », un courant de pensée, une sorte de programme politique. C’est un modèle de société issu du libéralisme anglo-saxon qui fait le choix de reconnaître au sein d’une société donnée une pluralité de cultures dont les spécificités sont fondées sur l’ethnicité et doivent être prises en compte par l’Etat.
Ainsi, concernant le phénomène de l’immigration, on constate que certains pays qui, comme le Canada, se sont bâtis historiquement sur l’immigration et qui en leur fondement sont multiculturels, ont inscrit le multiculturalisme dans la loi et donc, par souci d’égalité et de justice, la discrimination positive qui va avec (1). Face à ces cas qui relèvent d’un choix naturel, on trouve des pays comme la France pour lesquels le multiculturalisme est clairement subi et même contraire à leurs principes politiques.
14:09 Publié dans Conférences-Textes-Discours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : multiculturalisme, identité, nation, discrimination, république, laïcité
01.01.2008
La France et le multiculturalisme
Lorsqu’on aborde la question du multiculturalisme, il convient de distinguer deux phénomènes : l’immigration et la revendication régionaliste. Ce sont en effet deux sujets qui interrogent l’identité d’une nation ainsi que son unité.
De plus, il faut avant toute chose rappeler que le multiculturalisme est comme tant d’autres « -ismes », un courant de pensée, une sorte de programme politique. C’est un modèle de société issu du libéralisme anglo-saxon qui fait le choix de reconnaître au sein d’une société donnée une pluralité de cultures dont les spécificités sont fondées sur l’ethnicité et doivent être prises en compte par l’Etat.
Ainsi, concernant le phénomène de l’immigration, on constate que certains pays qui, comme le Canada, se sont bâtis historiquement sur l’immigration et qui en leur fondement sont multiculturels, ont inscrit le multiculturalisme dans la loi et donc, par souci d’égalité et de justice, la discrimination positive qui va avec (1). Face à ces cas qui relèvent d’un choix naturel, on trouve des pays comme la France pour lesquels le multiculturalisme est clairement subi et même contraire à leurs principes politiques.
Immigration et discrimination positive
Concernant la discrimination positive on pourrait dire qu’à ceux qui réclament le droit à la différence pour des motifs identitaires (à bien distinguer de l’exigence de droits sociaux !), la République Française doit répondre qu’elle est tenue d’être indifférente à la différence. Si des français blancs, comme par exemple les activistes du Bloc Identitaire, ou des français noirs, représentés entre autres par le CRAN, ou des français juifs, soutenus par le CRIF, ou encore des français gays, défendus par Act Up, réclament ce droit à la différence, selon les lois de la République leurs exigences doivent rester lettres mortes sinon nous serions en présence d’une pratique discriminatoire et la neutralité ethnoculturelle de l’Etat ne serait pas respectée.
On peut également mentionner ici un effet pervers de la discrimination positive. Elle est censée corriger des différences de traitement en aval qu’une égalité des chances en amont n’a pu empêcher (2). Or, on commence à s’apercevoir que l’instauration de la discrimination positive en France ne viserait en fait qu’à se substituer à l’égalité des chances, constituant ainsi une solution de facilité teintée de clientélisme et ajustable selon les besoins et les intérêts du moment (des droits pour certains à des moments donnés) ; facilité qui au final dispenserait l’Etat de faire tout ce qu’il faut pour réellement garantir une égalité des chances pour tous (ou donc plutôt des droits pour tous). La discrimination positive, outil d’une politique multiculturaliste, est donc clairement un danger pour l’égalité des chances, c’est une régression qui menace la cohésion de la nation française en entérinant une forme de démagogie clientéliste, démagogie qui vise avant tout à masquer l’abandon de tout projet social (ou socialiste pourrions-nous dire) et à dissimuler la destruction de la République française et de ses fondements. (3)
Conséquence perverse de cette politique : appauvrir la pertinence de la revendication. Par exemple, une ouvrière noire ne se sentira plus de cette façon opprimée par son patron mais par son voisin qui, bien qu’ouvrier comme elle, cumule l’inconvénient d’être un homme et d’être blanc, ce qui aujourd’hui selon la doxa féministo-antiraciste vous range dans la catégorie des salauds qui oppriment les femmes. La méthode consiste donc dans la réalisation d’un morcellement des revendications de façon à les rendre minoritaires et concurrentielles et ceci par la satisfaction conditionnelle de certaines d’entre elles, c’est-à-dire par l’octroi circonstanciel de privilèges à certains au détriment des autres. C’est évidemment une très bonne façon de gommer la dimension sociale des problèmes et d’y substituer des causes relevant de la race, du sexe, de la religion, de la classe d’âge, de la culture, des pratiques sexuelles – éléments qui certes sont des facettes des problèmes qui secouent notre société mais qui dans la plupart des cas ne peuvent être érigées en ferments prédominants au détriment de la plus forte et la plus prégnante discrimination qui traverse notre société : la discrimination de classe.
Le régionalisme
En ce qui concerne le phénomène du régionalisme, le souci de cohésion de la nation implique également un traitement de cette question à l’aune des valeurs de la République. Il est possible de respecter et de prendre en compte certaines revendications régionalistes car, à l’instar des revendications communautaires il ne s’agit pas de les exclure absolument, mais cela doit se faire dans la mesure où ces revendications ne font pas le jeu du morcellement de la nation et de l’affaiblissement de l’Etat. La France s’est patiemment employée tout au long de son histoire à rendre possible cette unité et cette cohérence, on ne voit pas pourquoi à cause de malveillants apôtres du « diviser pour mieux régner », elle devrait aujourd’hui détruire cette communauté nationale.
Il est tout à fait légitime que des régions du territoire français, sentant leur identité menacée et ayant le sentiment d’une espèce de « colonisation » de leur terre, luttent pour la défendre (4). Simplement, parmi les deux voies d’opposition qui s’offrent à elles, celle ressortissant de l’articulation d’une spécificité (d’une identité individuelle) avec une identité nationale (identité collective) semble préférable à celle envisageant la sécession pure et simple vis-à-vis de la nation française.
En effet, la stratégie de l’Union Européenne (qui rappelons le au passage n’est que le cheval de Troie des multinationales mondialistes) est de flatter les revendications régionalistes afin de les satisfaire à terme par une autonomie illusoire plus proche de celle la réserve indienne américaine que d’une réelle indépendance et d’une souveraineté effective. Ce simulacre d’autonomie ne fera ainsi que masquer leur plus profonde aliénation aux tenants du pouvoir. De plus, à l’instar du multiculturalisme communautariste qui dévoie la lutte de classes verticale au profit d’une lutte intercommunautaire horizontale, le régionalisme communautariste vise à remplacer une solidarité nationale, en principe plus apte à résister au rouleau compresseur mondialiste, par une concurrence interrégionale horizontale qui facilité la main mise et le contrôle sur les régions par un pouvoir supranational qui à terme veut faire d’elles ses provinces.
Les défenseurs de ce qu’il convient désormais d’appeler « Europe des régions » ou les « Euro-régions », arguent du fait que le rééquilibrage se fait grâce à des subventions et des aides ponctuelles, une sorte de coup de pouce s’apparentant à une discrimination positive (on choisit à tel moment d’aider telle région pour tel projet).
Simplement un mécanisme redistributif neutre provenant d’un « pot » mis en commun par les membres d’une même communauté nationale est évidemment préférable à un donateur supranational impersonnel dont la générosité n’est évidemment pas inconditionnelle et qui comme dans toute forme de charité aliène son destinataire à son bon samaritain.
Pour poursuivre sur cette autre forme de discrimination positive qu’est l’Europe des régions, on peut ajouter que le choix des catégories (ou des régions) auxquelles elle s’adresse est laissé à la discrétion des gouvernants (ou des technocrates apatrides) qui, plus encore que lorsqu’ils étaient tenus à la neutralité, peuvent désormais choisir en fonction de leur intérêt du moment de favoriser tel ou tel groupe, de pratiquer un genre de clientélisme qui choisit de favoriser tel ou telle baronnie sur des critères qu’on devine relever de l’échange de bons procédés pour ne pas dire du proxénétisme.
De la même façon, dans cette optique d’un déchargement des responsabilités de l’Etat sur les régions, des français d’une région en crise ne pourraient recevoir le soutien de leurs compatriotes des autres régions qui elles se portent mieux, au motif que chaque région joue désormais pour sa pomme en se moquant du sort des autres. Cette gestion ultra-rationnalisée du territoire aboutit en fait à la loi du plus fort et du plus riche et au creusement des inégalités entre les citoyens français.
Si un peuple d’une région s’estime victime d’injustice et qu’il estime devoir être protégé, qu’il le fasse au nom de l’injustice en générale et au nom de solidarité avec les autres peuples lésés.
De plus c’est à l’Union Européenne qu’il faut s’en prendre aujourd’hui et non aux Etats-nations moribonds. Ce n’est pas la langue française mais l’anglais qui menace d’araser les cultures. Ainsi, il convient de revendiquer et sa langue spécifique et la langue française. Contractualiser avec l’Union Européenne, c’est s’aliéner à une technostructure encore plus délétère que l’Etat-nation, technostructure dont l’ambition est de créer des identités de carte postale.
Il s’agit également de se méfier de la récupération des revendications identitaires par des groupes qui entendent avant tout défendre leurs intérêts de classe : une certaine bourgeoisie régionale peut ainsi lutter contre une autre bourgeoisie jacobine au nom du droit à la différence pour avoir tout simplement sa part du gâteau, c’est-à-dire faire main basse sur le patrimoine qu’elle prétend défendre. La revendication économique ou commerciale prend alors le pas sur la revendication politique et identitaire et au final le développement et la prospérité éventuellement gagnée ne profiteront qu’aux notables locaux et non au peuple tout entier. Il faut donc ici bien voir de qui émanent les revendications et à qui profitera le crime.
Si à titre d’exemple la Corse réclame plus de protection, qu’elle le fasse pour la France toute entière. De plus, ce désir d’autonomie donne souvent l’impression que l’on veut les avantages mais qu’on refuse les inconvénients (faire partie de la communauté nationale confère des droits et des avantages mais exige aussi des devoirs). La revendication culturelle et identitaire ne doit pas se faire au détriment de la solidarité économique. A l’instar de l’ouvrière noire qui se sent plus opprimée par son voisin blanc que par son patron, le citoyen corse se sent plus opprimée par la France que par les capitalistes de Bruxelles. La haine des ethnonationalistes envers l’Etat-nation les jette dans les bras des cyniques technocrates de Bruxelles. Battons-nous donc ensembles- continentaux bretons, niçois, alsaciens et insulaires corses-, sous la bannière de la nation française pour sauver ce qui peut l’être. Le combat prioritaire en 2008 est celui du modèle français contre le modèle d’outre-atlantique.
Identité et nomadisme
La volonté de rééquilibrage rationalisé du système multiculturaliste aboutit donc à l’extrême inverse : un relativisme dangereux dénué de principe unificateur qui induit un processus absurde courant sans cesse après l’égalité sans jamais pouvoir l’atteindre. Dans l’histoire il y aura en effet toujours un groupe pour se sentir lésé. Mais peut-être est-ce précisément le but de ce mécanisme aporétique? Ne plus avoir affaire à des mouvements de masse soudés par ce que les psychanalystes appelleraient un Grand Sujet mais à des groupes minoritaires fruits de micro conformismes et dont les membres convergent autour de valeurs légitimes, dans le cas du régionalisme, mais de valeurs moins légitimes, dans le cas d’un communautarisme relevant de la couleur de la peau, des pratiques sexuelles, du genre voire de la façon de se déplacer en milieu urbain - convergences qui relèvent plus ici de la niche marketing que d’une réelle identité culturelle et sociale. La pertinence même de ces catégories est politiquement sujette à caution : en effet qu’est-ce que « les femmes » ? Qu’est-ce « les gays » ? Qu’est –ce que la « communauté noire » ? Ce sont des catégories réductrices basées sur un critère. Se définir avant tout comme gay ou comme juif ou comme skater est d’une pauvreté affligeante et sclérosante alors que se définir comme français implique une richesse identitaire autrement plus globale et riche. Partant, l’existence de communautés fondés sur la nationalité parait plus concevable : la communauté chinoise, la communauté russe, la communauté portugaise – sachant que la France est avant tout le pays de la communauté française, lapalissade qu’il n’est pas inutile de rappeler.
Dans tous les cas, il suffit ensuite de mettre en concurrence les intérêts de ces groupes ou de ces régions et le tour est joué, la division règne.
On peut même envisager que ceux qui auront les moyens, la possibilité et la lâcheté de se mettre dans le camp du plus fort et du plus riche, choisiront sans scrupules de changer de communauté et de territoire ou de cumuler dans leur caddie identitaire les appartenances qui lui conviennent et qui l’avantagent, tout ceci donc au gré de leurs intérêts. Par exemple si le type du juif-homosexuel-urbain-travaillant des les médias et résidant à Paris ou le type de la beurette-lesbienne-urbaine-travaillant dans le social et résidant en Bretagne sont porteurs, il sera pertinent de se rapprocher le plus possibles de ces types plutôt que de celui moins porteur du catholique-hétérosexuel-rural-travaillant à l’usine et résidant dans le Nord-Pas-de-Calais. Le nomade consumériste et hédoniste faisant fi de toute intériorité, de tout sentiment profond d’appartenance et qui se retrouve dans des communautés totalement factices et fluctuantes est bien le citoyen déshumanisé et désaffilié de demain. Dans un relativisme et une indifférenciation généralisés, en touristes consommateurs, les citoyens-concurrents se battront, se prostitueront pour obtenir les faveurs du plus fort et du plus riche dans une lutte qui, du fait de la limitation des places disponibles, tournera inexorablement à la guerre civile.
Un Etat neutre ?
Face à cette perspective peu réjouissante, l’issue est donc bien la réhabilitation de l’Etat-nation. En effet, la seule communauté qui vaille c’est la communauté nationale car elle fait fi des appartenances particulières, non qu’elle les rejette mais elle leur est tout simplement d’une neutralité bienveillante. Tout autre manière d’envisager l’attache communautaire rapproche du tribal, du clanique. S’il n’y a pas cohabitation de toutes les communautés sous l’égide d’un grand principe unificateur, nous allons précisément vers cette atomisation du peuple et donc à terme à des tensions dangereuses pour la paix civile.
Partant de là et pour en revenir où nous sommes partis – multiculturalisme et Etat républicain neutre – l’examen des changements de notre société et le constat des limites et des dévoiements de cette laïcité intransigeante, il est bon de se demander si premièrement, une neutralité ethnoculturelle totale est possible voire souhaitable – est-il possible et pertinent d’effacer tout matière historico-culturelle et de retirer de l’Etat toute référence à l’identité française et à ses racines historico-culturelles et religieuses. La France fille de la Révolution doit-elle oublier qu’elle fut aussi fille aînée de l’Eglise ?
Deuxièmement, est-il légitime que le bafouement de cette neutralité se fasse très souvent au détriment du christianisme et par exemple en faveur de l’islam ou du judaïsme. Des exemples parmi d’autres : dans toutes les cantines scolaires de France on respecte les prescriptions alimentaires du Coran mais on n’est plus tenu de servir du poisson le vendredi et par ailleurs on interdit à une association caritative de servir une soupe destinée aux chrétiens ; on fait appel aux deniers publics pour construire des mosquées pendant que toute une partie de notre patrimoine hérité du christianisme est laissé à l’abandon. Est-ce la meilleure façon d’assurer la cohérence et l’harmonie du peuple français ? Quant à l’attention toute particulière portée par nos gouvernants à la communauté juive, je renvoie à l’ouvrage de Jean Robin intitulé « La judéomanie », livre qui dénonce le favoritisme « perpétré » à l’encontre de cette communauté et les privilèges que L’Etat censé être neutre lui a accordé depuis 30 ans.
La nation
Si la mise en harmonie des spécificités n’est pas chose aisée le pire ce serait de renoncer à la faire. Pour y parvenir il est bon de garder à l’esprit quelques principes. Comme à l’échelle mondiale, une uniformisation à l’échelle nationale est absolument à éviter. Concernant les régions, il est nécessaire de reconnaître l’enracinement sans pour autant abandonner le ciment de la nation, c’est-à-dire la langue commune, le territoire commun, une histoire et une culture commune. Cet héritage est un moyen autrement plus fort et plus noble de donner du sens à l’existence collective des individus que de miser sur une nation dont le seul but est d’avoir les yeux rivés sur le taux de croissance et dont la seule aspiration est de soumettre ses individus abstraits car sans mémoire à une Union Européenne technocratique et sans âme. Cette seconde possibilité froide et inhumaine est pourtant celle qui est en train d’être appliquée.
Concernant les immigrés, il semble évident que pour être intégrés à la nation et devenir français, il leur faut sacrifier un peu plus leur enracinement, leurs origines que ne sont obligés de le faire les français. Ces derniers ayant déjà effectué ce sacrifice en acceptant la langue commune, le territoire commun et en ayant déjà participé à l’histoire et à la culture du pays qui les a vus naître et dont ils ont déjà reçu ou transmis l’héritage. Le problème aujourd’hui réside dans des positions de repli ou d’abandon qui font voler en éclat l’unité nationale. Repli identitaire excessif de certains régionalistes et de certaines communautés immigrées face au phénomène inverse qui consiste en l’arasement de tout héritage et qui donne une telle similitude dans la façon d’être au monde entre un jeune sous-prolétaire de banlieue et un jeune bourgeois de province, tous délivrés de toute attache et de tout repère, tous déculturés et tous inévitablement voués à épouser la religion dominante, celle des vêtements de sport, du rap et du business, c’est-à-dire celle du Marché. Rappelons ici qu’un des fils de notre président est producteur de hip-hop et s’habille comme une caillera de banlieue.
Face à ces phénomènes totalement divergents et tendant vers les extrêmes (une conséquence politique qui sera en l’occurrence une révision à terme de la loi de 1905 et sûrement pas pour le meilleur), il semble donc opportun de remettre sur pied des repères. Ne doutons pas que ces repères soient ceux relevant de la réaffirmation d’une identité française et de ses principes politiques afférents. Est-il vraiment besoin de rappeler que la France est par définition un pays européen majoritairement de race blanche, de religion catholique et de culture gréco-latine ? Faut-il rappeler la primauté de la langue française, rappeler que le couple hétérosexuel reste le meilleur modèle pour une société qui veut perdurer ? Il semble qu’il le faille quitte à se faire taxer de facho par les cons. Ne pas avoir peur donc d’affirmer que l’apologie du métissage et du déracinement est un intégrisme dangereux pour la cohésion de notre pays car métissage n’est pas synonyme d’universel. Redire, sans exclure les autres cultures et les autres religions, la primauté de la culture française sur toutes les autres, ceci parce que tout simplement et que cela déplaise à certains citoyens du monde cette culture est née et s’est forgée au fil des siècles dans un territoire qui s’appelle La France. Et à ceux qui avancent à juste titre le fait que la population de la France a changé et qu’elle ne sait plus très bien qui elle est, ni où elle va et qu’ainsi il faut de nouveau trouver les moyens de faire cohabiter harmonieusement cette multitude de cultures et d’identités sur le même sol, on pourrait demander s’ils ont une meilleure solution que celle qui consiste à donner du sens et des repères à cette cohabitation. Une France comme projet commun de solidarités communautaires multiples ne peut se faire que si au-dessus de ces solidarités existe ce qu’on appelle la Nation. Et pour que cette Nation, incarnation du bien commun et de l’intérêt général, existe, il faut qu’elle ait un contenu. Non pas un contenu fait d’un principe hégémonique annihilant toutes les identités spécifiques, mais un cadre, un Grand Référent en commun, une conscience commune qui motive la volonté de vivre ensemble.
L’idéologie dominante
Mais voilà, l’idéologie dominante est à l’opposé. On ne compte plus à gauche comme à droite ces laudateurs de l’immigration en tant que richesse culturelle, ces balayeurs de la nation, idiots utiles et lucides cyniques qui propagent l’idée d’un apport culturel extérieur bénéfique alors que les seuls apports extérieurs que la France ait reçus ces dernières décennies sont une islamisation rampante, une américanisation virale et la confiscation de ses terres et de son littoral par des retraités anglais ou allemands. Le seul Grand Sujet dont les valeurs peuvent contrecarrer ce processus destructeur qu’est la marchandisation de tous les secteurs de notre existence est donc bien celui qui affirme la primauté d’une identité française, d’une identité collective forte et en cohérence avec l’histoire de notre pays. Au nihilisme des valeurs et à une société vidée de tous repères humains la seule réponse à apporter est une réponse porteuse de valeurs fondamentales qui donnent du sens à l’existence. Le choix d’un individu déraciné, vidé de toute charge culturelle et identitaire et ne vivant que pour lui-même (ou pour son petit clan) ne semble pas être un gage de coexistence harmonieuse des membres d’une nation. Une société ne peut exister qu’en étant porteuse de sens, sens qui ne peut provenir que d’un partage collectif d’un sentiment d’appartenance et qui se réalise dans la poursuite de l’intérêt général et dans une relation dialogique entre les individus.
Si c’est contre la domination de ce modèle que luttent les chantres du multiculturalisme alors on peut dire que tout simplement ils luttent contre la France et servent volontairement ou involontairement la sujétion de notre Nation à l’idéologie du Marché et au matérialisme hédoniste qui en est sa traduction. Nous les invitons donc à la quitter notre chère France si elle ne leur plait pas.
Enfin, à ceux qui s’arc-boutent sur leurs identités locales de peur d’être submergés par la domination culturelle d’un jacobinisme ultra-centralisé, il est bon de rappeler que l’Etat français n’est plus qu’un des bras armé du mondialisme et de son mode de vie américanisé. Ce n’est donc pas pour sa disparition qu’il faut lutter mais bien pour sa résurrection, pour qu’il redevienne l’Etat souverain qui permettra au peuple et aux peuples de France d’exister à nouveau. L’urgence est que cet Etat-nation, construction politique doublée d’une réalité ethnoculturelle, ressuscite pour le meilleur, qu’il devienne de nouveau la courroie de transmission d’un héritage et le garant de l’existence d’un véritable creuset national. Sans cela, je crains fort qu’il soit difficile d’éviter le pire.
1. La politique fédérale du Canada, renvoyant chaque citoyen à sa communauté d’origine, doit donc instituer une discrimination visant à réaliser dans tous les secteurs de la société une égalité démographique en fonction de ces différentes communautés.
2. Il conviendrait également de revenir ici sur cette notion d’égalité des chances à laquelle serait préférable une égalité des droits dans toutes les étapes de l’existence des individus – car une égalité des chances, si elle donne au départ autant de chances de gagner quelle que soit l’origine des individus, elle ne les protège pas entièrement de la malchance et nous savons qu’il sera toujours plus facile pour certains de pallier cette malchance alors que d’autres devront en subir intégralement les fâcheuses conséquences.
3. Mr Bobo disait bien l’autre jour « Surtout touche pas à mon pote gay ou à mon pote noir ! Quant aux acquis sociaux de mon pote blanc et ouvrier…en fait j’en ai pas de pote comme ça ! Mais vous croyez vraiment que ça existe encore ?! »
4. Ici, il faut également bien distinguer d’une part, des revendications légitimes parce que procédant d’une réalité identitaire objective éprouvée par l’histoire (et doublée aussi il est vrai d’un récit plus subjectif) et d’autre part, des revendications plus fantasmées parce que relevant d’une pure subjectivité, d’une narration que les individus se font à eux-mêmes ou pire d’une narration que des sollicitudes étrangères ont intérêt à leur faire intégrer.
14:06 Publié dans Conférences-Textes-Discours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : multiculturalisme, identité, nation, discrimination, république, laïcité







